Yaoundé - 13/11/2019

Journal africain d'informations sanitaires, environnementales et de développement durable

Couverture santé universelle : les conditions de la réussite au Cameroun

D’après le Groupe technique national intersectoriel, le Cameroun doit avoir des infrastructures adéquates et le plateau technique doit être uniforme sur l’ensemble des formations sanitaires pour la réussite de la couverture santé universelle.  

« Nous allons poursuivre nos efforts, afin de faire bénéficier à nos populations des soins de santé de qualité et accessibles à tous. C’est dans cette optique que j’ai donné au Gouvernement l’instruction de parachever les réflexions relatives à la mise en place progressive de la Couverture Santé Universelle », a déclaré, le Chef de l’Etat Camerounais dans son discours à la Nation, le 31 décembre 2017.

Pour concrétiser ce vœu du Président Paul Biya, un Groupe technique national intersectoriel, présidé par les Ministres de la Santé Publique et du Travail et la Sécurité Sociale a été créé en 2015 avec pour mission principale de conduire le processus et faire des propositions au Gouvernement sur les différents aspects de ce système. Dans une approche participative et apprenante, plusieurs études et analyses ont été réalisées depuis 2015 avec des étapes clés de validation technique. Quatre ans  après, la synthèse des travaux révèle que le Cameroun doit investir sur l’uniformité du plateau technique de ses formations sanitaires. Un dossier de recrutement du personnel technique devrait y être adossé soit à travers l’Etat, soit par contractualisation directe avec les structures locales.

Prochaines étapes…

A en croire le Groupe technique national, un projet de Loi a été finalisé et est en attente d’adoption depuis 2016. Outre la Loi,  il faudra créer une structure nationale de gestion de la Couverture Santé Universelle, définir le palier de contribution des populations, élaborer un dossier d’investissement pour la mise à niveau des infrastructures et du plateau technique des Centres de Santé Intégrés (CSI), Centres Médicaux d’Arrondissement (CMA), Hôpitaux de District (HD), faire le ciblage de personnes pauvres extrêmes et indigentes et  élaborer un plan de communication.

Après cette étape, l’organe de gestion devra gérer l’affiliation/Immatriculation des assujettis, élaborer des Conventions-Cadres avec les acteurs partenaires (ordres professionnels, société civile, Collectivités territoriales décentralisées, etc.), signer des contrats d’accréditation avec les prestataires de soins et de services et mettre en place mise en place d’un Système de Gestion et d’Information.

Comprendre la couverture santé universelle

La Couverture Santé Universelle est donc la situation dans laquelle toutes les personnes et toutes les communautés bénéficient des services de santé dont elles ont besoin sans se heurter à des difficultés financières. « Parvenir à une couverture sanitaire universelle en assurant la sécurité financière des patients est fondamental pour atteindre les objectifs sanitaires des Objectifs de développement durable (ODD) ». Pour cela, il faut un système de santé solide, efficace et bien géré; des soins à un coût abordable; l’accès aux médicaments et technologies médicales; des personnels de santé en nombre suffisant, bien formés et motivés.

« Plus spécifiquement, la CSU englobe la gamme complète des services de santé essentiels de qualité, qu’il s’agisse de la promotion de la santé, de la prévention, des traitements, de la réadaptation et des soins palliatifs. Elle permet à tout un chacun d’avoir accès aux services s’occupant des causes les plus importantes de morbidité et de mortalité et elle garantit que la qualité de ces services soit suffisamment bonne pour améliorer la santé des personnes qui en bénéficient », explique André Francis NTOUMBA, Economiste, Enseignant-Chercheur et Assistant de recherche à l’Institut Panel Africa. « Elle englobe tous les éléments du système de santé c’est-à-dire les systèmes de prestation des services, les personnels de santé, les établissements, les réseaux de communication, les technologies de la santé, les systèmes d’information, les mécanismes d’assurance de la qualité, ainsi que la gouvernance et la législation », précise l’Economiste.

Les méandres de la CSU

Selon une enquête du BIT, le Cameroun ne dispose pas de système d’assurance maladie pour l’ensemble de la population, ni pour le secteur formel, ni pour le secteur informel. C’est pour pallier ce déficit, qu’un système de mutuelles d’assurance santé s’est développé, ainsi que quelques programmes dispersés à travers le pays.  Le document estime que le nombre de mutuelles d’assurance santé en 2009 était de 158, alors qu’elles étaient au nombre de 9 en 2000.  Celles-ci couvraient 2% de la population en 2009.

Face aux nombreux scandales qui ont écorné ces dernières années l’image du système de santé du pays, le gouvernement a décidé de lancer un projet de couverture santé universelle, dont le coût est estimé à 1300 milliards de Francs CFA, pour un budget général de 4513 milliards de Francs CFA. Le 16 mars 2018, l’Iraddac (Initiative de recherches et d’analyses pour le développement durable en Afrique centrale), une ONG de la place, a d’ailleurs organisé un colloque à Yaoundé pour analyser les enjeux et les perspectives de la couverture santé universelle au Cameroun. En fait, il s’agit de remettre à plat tout le système des soins pour 185 interventions et maladies. Pour les autorités, la CSU va permettre de remettre de l’ordre dans le système de santé.

Mobilisation internationale

Le 23 septembre 2019, une réunion de haut niveau sur la couverture sanitaire universelle se tiendra à l’Assemblée générale des Nations Unies. Intitulée « Couverture sanitaire universelle: œuvrer ensemble pour un monde en meilleure santé », cette réunion réunira des chefs d’État, des dirigeants politiques et du secteur de la santé, des responsables de l’élaboration des politiques et des défenseurs de la couverture sanitaire universelle pour plaider en faveur de la santé pour tous. La couverture sanitaire universelle signifie que chacun puisse avoir accès, au moment et à l’endroit où il en a besoin, aux services de santé dont il a besoin sans être confronté à des difficultés financières. Fortement ancrée dans les soins de santé primaires, la couverture sanitaire universelle est l’une des grandes priorités de l’OMS et constitue l’un des objectifs du triple milliard (lien). L’OMS travaille avec les États Membres, ses partenaires et d’autres acteurs clés pour aider les pays du monde entier à parvenir plus rapidement à la couverture sanitaire universelle.  La réunion visera à obtenir des engagements financiers et politiques des pays et à soutenir les investissements dans le domaine de la santé. Elle s’attachera à accélérer les progrès en direction de la couverture sanitaire universelle, y compris l’accès aux services de santé essentiels, tels qu’une une main-d’œuvre qualifiée, la protection contre les risques financiers et l’accès pour tous à des médicaments et vaccins sûrs, efficaces, de qualité et abordables. La réunion aboutira à une déclaration politique sur la couverture sanitaire universelle, négociée par les États Membres et approuvée par les chefs d’État.

Joseph MBENG BOUM

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