Yaoundé - 14/11/2018

Journal africain d'informations sanitaires, environnementales et de développement durable

Entretien : « Nous sommes déjà à plus de 80 bébés »

Pr Jean Marie Kasia, Administrateur directeur général du Centre Hospitalier de Recherche et d’Application en Chirurgie Endoscopique et Reproduction Humaine (Chracerh)

Comment se sont déroulées les césariennes de ce matin ?

Pr Jean Marie Kasia, Dg du Chracerh

La maman des jumeaux a subi une césarienne pas évidente parce que  d’abord c’est une grossesse qu’elle a eu après une fécondation in vitro, deuxièmement, c’est une grossesse gémellaire chez une femme qui a été  multi-opérée et dans des conditions assez difficiles. Il en ressort le phénomène du problème de la qualité de ce tuyau. Ce qui s’est passé, c’est que le médecin qui l’a opéré était vraiment dans l’urgence, une urgence vitale. Il fallait tout faire pour sauver cette femme. Ce qui a créé des adhérences à l’intérieur au point où, j’en suis certain, le jeune homme qui a dû l’opérer parce qu’il était trop jeune après, l’anatomie  était méconnaissable.

La preuve, la vessie qui est normalement, pratiquement dans l’appendice, plus-bas s’est retrouvée  au niveau du nombril. Ce qui fait que cette patiente a présenté une rétention urinaire permanente pour des raisons qu’on ne connaissait pas, depuis le 6ème mois. C’est une patiente originaire de la région de l’Est. De là, elle est revenue nous voir et à ce moment on s’est rendu compte  qu’il fallait mettre en place une sonde pour la soulager et ça été le cas. Mais garder une sonde urinaire pendant 03 mois, jusqu’à la fin de la grossesse, ce n’est pas une chose aisée. Après ça, il y a eu  de temps en temps des infections qui s’installent. Nous, on a un dilemme qui est d’amener cette grossesse à terme ; cette grossesse qui était pratiquement désirée. Il n’était pas possible pour nous de laisser cette femme là, perdre son bébé. Donc, on  a été très proche d’elle jusqu’à la fin de la grossesse et à 37 semaines  et demie, on a décidé de faire une césarienne après s’être rassuré de la maturité de ses bébés.  Et les bébés, la maman se portent très bien, l’intervention s’est bien terminée. Mais il a fallu  que l’on retrouve l’anatomie normale dans le petit bassin, savoir où sont les intestins. Et ils étaient aussi collés à la vessie, collés à l’utérus. Et tout ceci était remonté au-dessus du nombril. Ce qui fait qu’elle avait reçu une incision basse pour faire jolie mais à un moment donné, nous étions obligés de décaler un peu cette intervention pour remonter, rechercher et trouver la vessie.

Qu’en est-il de l’objectif de 100 bébés à faire naître par la fécondation in vitro ?

Je pense que la fin d’année 2018 sera toute joyeuse. J’espère que la première Dame sera heureuse de voir tous ces bébés. Ce matin seulement on va sortir 04 bébés de femmes en provenance de plusieurs coins du Cameroun. La deuxième par exemple, elle vient du Sud-Ouest, la mère des jumeaux de l’Ouest et la troisième vient de l’Est. Donc, c’est le véritable « vivre ensemble » ici. L’action et la réalisation ont été justement fait pour que tous les camerounais de tout bord puissent en profiter. Nous sommes déjà à plus de 80 bébés. D’autres sont en gestation mais d’ici le mois de décembre, avant l’arbre de noël, nous leur aurons fais toutes accouchées.

Quels sont vos objectifs ?

Il y a 03 pôles de référence ici. On a l’aspect diagnostic et traitement de la stérilité dont la fécondation in vitro (Fiv) en fait partie puisque la chirurgie endoscopique règle une partie du problème. Nous avons aussi la chirurgie endoscopique pelvienne. C’est-à-dire, nous tentons de transformer la chirurgie à ventre ouvert pour que la chirurgie endoscopique prenne plus de place du fait des avantages que cette chirurgie procure à notre population. Notre tendance actuelle est de développer au maximum, de techniques chirurgicales endoscopiques qui ont tendance maintenant dans les pays européens à être pratiquer par bon nombre  et dans toutes les spécialités ont commence déjà à le faire. Donc, nous aussi dans la gynécologie, nous voulons développer le plus loin possible pour inverser la tendance pour qu’on fasse pratiquement moins de 10% de chirurgies à ventre ouvert pour plus de 80% de chirurgies à ventre fermé puisque cela à plus davantage, c’est plus économique, et les résultats sont probants. Notre 3ème mission, c’est de faire en sorte  qu’on traite bien les cancers gynécologiques. Le premier traitement de ces maladies, c’est d’abord la chirurgie. Il ne faut pas que l’on se leurre. Après il y a les 02 traitements d’appoint qui sont la chimiothérapie et la radiothérapie. Donc, au départ, il faut opérer. Je ne dis pas qu’il faut tout opérer parce qu’il y a des cas où franchement quand vous êtes  arrivé trop tard,  ce n’est pas la peine de penser que la chirurgie va résoudre le problème. Mais dans la plupart des cas, on fait la chirurgie que ce soit le sein ou le col de l’utérus. Et après, on voit puisqu’on fait des bilans  d’extraction pour voir si la maladie est déjà à un autre niveau. Là ça peut être en fonction de la sensibilité de cette tumeur à la chimiothérapie. Donc je crois que  la mise en place de cette structure avait aussi pour mission la cancérologie.

La cancérologie nous interpelle maintenant à penser au traitement complémentaire que sont la chimiothérapie qui se fait déjà et la radiothérapie qui nous pose des problèmes. Je crois que la Première Dame est sur cette question puisqu’elle nous titille tous les jours et nous demande de développer des coopérations pour nous aider à avoir une multitude de radiothérapies qui s’occupent vraiment de ces problèmes.  C’est une grande question qui est aujourd’hui abordée dont je pense qu’on va trouver une semi-solution puis qu’elle réussit son coup avec son mari et je pense que là aussi si Dieu nous prête quelques jours de vie, on va tenter en espérant d’y arriver, de trouver aussi une solution dans ces problèmes là.

Quels sont vos objectifs à long terme ?

L’idée c’est de former le maximum de jeunes pour qu’ils puissent continuer parce qu’à un moment donné, il faut que les jeunes prennent la relève et que le travail continue. Ce Centre est un grand cadeau du couple présidentiel qui a offert cette structure à la santé de la femme. C’est vrai qu’on y voit seulement la Fécondation In Vitro mais ce centre prend en charge toute la santé de la femme.

Interview réalisée par Carole AMBASSA

 

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