Yaoundé - 13/11/2018

Journal africain d'informations sanitaires, environnementales et de développement durable

Interview : Dr Patrick Békoulé, Directeur Général de l’Hôpital de Référence de Sangmélima

« Nous invitons les populations riches ou pauvres à venir découvrir l’hôpital ils ne seront pas déçus ».

Monsieur le Directeur, quelques mois après votre installation, quelle est la situation de l’Hôpital que vous dirigez ?

Dr Patrick Sylvestre Békoulé.

Merci de me donner l’opportunité de parler de l’hôpital de référence de Sangmélima dont j’ai la charge depuis février 2018. Depuis ma prise de fonction à cette date, j’ai identifié quatre problèmes majeurs à s’avoir : Le problème des effectifs pléthoriques, le problème des recettes en bernes, le problème des dépenses démesurés et la  très faible fréquentation de  l’hôpital. S’agissant du personnel, nous sommes passés de 137 personnes à 44 personnes recrutées par l’hôpital ce qui fait une baisse  de 60%, 70%. En ce qui concerne les dépenses, nous avons enregistré une baisse des dépenses au premier semestre 2018 de presque 30%  et nous avons enregistré 100% de recette ce qui veut dire que les recettes ont doublé par rapport à la même période de 2017. Cette augmentation des recettes est due à plusieurs facteurs. Déjà nous avons améliorés l’accessibilité financière de l’hôpital en baissant les hospitalisations et les coûts de prestation. Nous avons assuré l’approvisionnement en médicaments et intrants au niveau du laboratoire pour que les patients qui viennent puissent bénéficier des services et trouver satisfaction. Nous avons également sécurisé les recettes au niveau de la morgue et même au niveau des hospitalisations qui n’étaient pas comptabilisées.  Après six mois  d’effort, il y a lieu de s’en féliciter. Et le constat est que si nous continuons nous pouvons atteindre les objectifs.

 Pouvons-nous  connaitre le taux de  fréquentation  de cette formation sanitaire ?

La fréquentation en termes de consultations est d’une trentaine à une soixantaine par mois. Mais à période comparable. Car pendant les vacances par exemples, il y a baisse, et pendant la période cacaoyère ça augmente. Nous constatons qu’il y a eu une nette évolution par rapport aux mêmes périodes l’année dernière. Cela se vérifie au niveau des recettes parce qu’au premier semestre de 2017,  l’hôpital a eu 38 millions de FCFA. Or, au premier semestre de 2018 on a eu 75 millions de FCFA.

Monsieur le Directeur,  c’est quoi les besoins immédiats?

Nous voulons l’augmentation en provisionnement des intrants. Vous savez quand un hôpital n’a pas de médicaments, c’est comme une voiture sans carburant. Nous avons encore des efforts à faire pour qu’il n’y ait plus jamais de rupture de stocks. Et pour cela nous devons travailler en bonne intelligence avec les financiers qui parfois ne comprennent  pas que dans un hôpital il y a les urgences. Ce qui appauvri la pharmacie. Nous avons même  le laboratoire qui n’a pas de réactif.

 

Quelles sont les motivations qui vous amènent à organiser cet évènement ?   

J’ai constaté un certain malaise, et fidèle à la politique du vivre ensemble prônée par le chef de l’Etat son excellence Paul Biya, j’ai pensé organiser une rencontre avec les populations afin de savoir comment faire pour améliorer les relations entre l’hôpital et les riverains. Aujourd’hui, il y a eu plusieurs échanges en termes de parole, des civilités et même des cadeaux.  Après cette rencontre nous pensons et nous espérons que le malaise a été dissipé. Ce malaise avait un impact sur l’hôpital ; un malade de perdu c’est beaucoup. Nous ne pouvons pas continuer avec ce problème, il n’est pas normal qu’il y ait des histoires qui n’ont pas de fondement et qui  ne font pas  avancer l’hôpital.

Par le passé, des problèmes de quotes-parts et de spécialistes  ont été décriés. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Actuellement, les quotes-parts sont payées chaque mois. Mais pour faire le lien avec l’irrégularité des spécialistes, qui travaillent environ deux fois par semaine et qui veulent les quotes-parts entières. Parfois, ça crée quelques tensions mais on leur fait comprendre que quelqu’un qui travaille une ou deux jours par semaine ne peut pas avoir le même nombre de quotes-parts que celui qui travaille normalement tout le mois. En fait, les quotes-parts sont payées régulièrement. Nous continuions à travailler avec eux tout en les demandant de faire les efforts d’être constamment là.  Bien plus nous restons ouvert et nous informons les patients  en consultation du jour de  la disponibilité des spécialistes à l’hôpital.

Comment mobiliser les  spécialistes sur place à l’hôpital ?

Quand vous êtes un fonctionnaire, vous êtes sensé aller dans votre poste de travail. Nous n’avons pas de concession particulière à faire à ceux qui ne viennent pas au travail. Bon on les encorde quand même quelques dérogations. L’espace pour la recherche par ce qu’il y a ceux qui sont enseignants. Mais on les exige à être constamment à l’hôpital pour remplir leur tâche.

Monsieur le Directeur, y a-t-il des difficultés pouvant entraver le  démarrage de l’hôpital 100%?

L’hôpital a déjà démarré à 100%. Mais  bien entendu, il y a les problèmes comme actuellement le scanner est en panne. En fait on a les problèmes de maintenance. Quand vous avez un bel édifice comme celui-ci, c’est la maintenance qui fera problème. Dont le plus grand problème ici et dans beaucoup d’autres structures en Afrique c’est la maintenance. Mais nous essayons de faire des efforts.

Y a-t-il un plan de développement élaboré par l’hôpital ?   

Tout ce que nous faisons là c’est le plan de développement. Le plan que j’ai maintenant, c’est la maintenance et le renouvellement de tous les équipements. Pour le réaliser nous invitons l’élite locale à  contribuer pour l’atteinte des objectifs de l’hôpital. Tant sur le plan financier que sur le plan des procédures administratives pour nous faciliter la tâche.

L’hôpital de référence de Sangmélima est-il un hôpital accessible à tout le monde ?

C’est une très bonne question qui me permet de redire que l’hôpital de référence de Sangmélima n’est pas réservé à une catégorie de personne. C’est un hôpital qui appartient à tous les camerounais qu’ils soient riches ou pauvres. Malgré la grande architecture ultra moderne, il faut dire que les prix sont normalement comme dans d’autres hôpitaux. Nous sommes un hôpital de deuxième catégorie et nos prix sont comparables à ceux d’une formation sanitaire de la même équivalence. Que les populations sachent qu’on ne vient pas l’hôpital seulement quand on veut déjà mourir ; on peut vacciner ici, soigner le paludisme et bien d’autres maladies. On  peut faire l’opération du cerveau, du fémur. Nous invitons les populations riches ou pauvres à venir découvrir l’hôpital elles ne seront pas déçues.

L’hôpital de référence de Sangmélima.

L’hôpital de référence de Sangmélima a-t-il une particularité qui pourra attirer les populations d’autres horizons ?   

Cet établissement hospitalier a des atouts. C’est d’abord un hôpital ultra moderne, il est bien équipé et se trouve dans une zone calme, la vie n’est pas chère. Donc un patient qui veut se faire opérer dans un milieu où il n’y a pas de bruit, les prix sont plus abordables qu’à Yaoundé et Douala et l’environnement est sain, le climat est moins agressif et il fait bon vivre. Il y a même des atouts pour un tourisme médicale tant au niveau national qu’au niveau sous régional. Enfin, je voudrais dire au camerounais, et aux patients que l’hôpital de référence de Sangmélima est fonctionnel. Il dispose actuellement un certain nombre de disponibilité en examens de laboratoire et en examens de radiologie. Les efforts sont faits pour la maintenance, le bloc opératoire est de qualité avec des coûts moins élevés.

Interview réalisée par Désiré Dieudonné EFFALA

 

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