Les punaises de lit ne transmettent pas de maladie à la personne qu’elles piquent. Cependant, les punaises de lit peuvent créer des lésions cutanées appelées papules œdémateuses après chaque piqûre. Susciter des troubles du sommeil, de l’anxiété, de l’insécurité, de l’isolement social et l’exacerbation de troubles psychiques existants.
Comme une onde de choc, Daouda Ousmanou, sous-préfet d’arrondissement de Yaoundé II, informe les chefs traditionnels de 3e degré des quartiers Briqueterie Centre 1, Briqueterie Ouest et Briqueterie Centre II, de la présence des punaises de lits dans la plupart des ménages du quartier éponyme. Le communiqué signé le 7 décembre par l’administrateur civil fait le tour des réseaux sociaux comme un parfum d’été. En effet, jusqu’ici, nous savions que les nuisibles comme les rats et les rongeurs transmettent des maladies aux humains. Qu’en est-il de la punaise de lit dont parle le sous-préfet d’arrondissement de Yaoundé II ?
D’après Morgane Le Bail, les punaises de lit, appelées familièrement « puces de lit », sont des insectes brunâtres, visibles à l’œil nu, qui se nourrissent la nuit et de sang humain. La punaise de lit est un insecte nocturne hématophage de l’ordre des Hemiptera et de la famille des Cimicidae. Deux Hemiptera sont connus : Reduviidae responsable de la maladie de Chagas (Trypanosoma cruzi) et Cimicidae responsable des pestes. Les deux sexes sont hématophages, ce qui fait la particularité des punaises de lit. Deux types de punaises de lit mordent l’homme : Cimex Lectularius et Cimex Hemipterus. La première est localisée dans les zones tempérées, le deuxième est tropical. Les punaises de lit sont des insectes très résistants qui peuvent survivre pendant plus de 12 mois sans nourriture. Notez qu’un seul de ces insectes peut vous piquer jusqu’à 90 fois en une nuit, augmentant les risques de transmission de maladie.
Les punaises sont attirées par les vibrations du corps
Le corps de la punaise de lit, dépourvu d’ailes, a une forme ovale, aplatie et mesure de 4 à 7 mm. De couleur brunâtre, l’insecte gonfle après un repas sanguin et prend alors une teinte plus foncée. En piquant, elle injecte par le biais de sa salive des produits analgésiques, anticoagulants et vasodilatateurs pour faciliter l’aspiration du sang. Un repas dure 10 à 20 minutes chez la punaise adulte, moins longtemps chez la nymphe. Après avoir piqué, l’insecte passe environ sept jours sans se nourrir. Les punaises sont attirées par les vibrations, la chaleur, les odeurs de l’hôte et le dioxyde de carbone (CO2). En revanche, une fois l’insecte nourri, ces mêmes facteurs deviennent des répulsifs, ce qui explique pourquoi les punaises ne restent jamais sur un hôte après l’avoir piqué.
Le développement complet s’effectue en 40 à 70 jours.
Le développement de la punaise passe par trois phases : l’œuf, la nymphe et l’adulte. Chaque femelle adulte pond deux à cinq œufs par jour, soit 200 à 500 œufs au cours d’une vie. De couleur blanche, les œufs mesurent 1 mm de long et éclosent entre 4 et 10 jours après l’accouplement. La nymphe a le même aspect que l’adulte, mais de taille plus petite. Le passage du stade de mue aux stades suivants est conditionné par un repas sanguin et se fait tous les 3 à 7 jours. Le développement complet s’effectue en 40 à 70 jours, selon la possibilité de se nourrir et les conditions du milieu, notamment d’humidité et de température. Cependant, une fois adultes, les punaises de lit fuient la lumière. Elles se cachent donc dans les coins sombres et sont actives seulement la nuit. Elles se retrouvent le plus souvent dans les chambres à coucher où elles se nourrissent du sang des dormeurs. Le jour, les punaises se concentrent surtout au pourtour du matelas ou près de celui-ci, restant ainsi à proximité de leur hôte.
La punaise peut également se faufiler dans tout objet (sac, vêtement, meuble) permettant un déplacement sur une plus longue distance. Ceci peut donc contribuer à la propagation des punaises dans un quartier, une ville, un pays ou entre les pays. La dissémination des punaises de lit peut donc se faire sur de petites distances par une dispersion active, mais aussi sur de grandes distances par un transport passif par l’intermédiaire des humains (avions, trains…). Ainsi, dans les immeubles d’habitation, le turn-over rapide des locataires dans un logement est un facteur de risque de dissémination des punaises autant que la surpopulation et l’insalubrité.
En Grande-Bretagne et surtout en Angleterre, la situation est alarmante
Réapparues depuis une dizaine d’années dans la plupart des grandes villes, les punaises de lit représentent actuellement une réelle nuisance. Les punaises de lit sont des insectes connus depuis l’Antiquité. En effet, selon le Pr IZRI, « les punaises sont sur l’homme depuis la nuit des temps, depuis qu’ils vivaient dans les grottes », « de tout temps, il y en a toujours eu et partout, c’était cosmopolite ». Après la Seconde Guerre mondiale, les punaises de lit avaient quasiment disparu des pays occidentaux du fait de l’amélioration des conditions sanitaires ainsi que de l’action rémanente de l’insecticide dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT). Elles sont réapparues depuis une dizaine d’années aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord (particulièrement en Californie, Floride, Michigan, Caroline du Nord, N-Y, Texas, Washington pour les États-Unis et Montréal et Toronto pour le Canada), en Asie et en Australie.
La réapparition des punaises, le Pr IZRI l’explique notamment par « (…) la désindustrialisation en France » mais aussi par « (…) après les années 1960, la période d’immigration intense, la disparition des colonies et les rapatriements : les gens ont ramené des poux, des punaises, des maladies (…) ». Il justifie également cette réémergence par la récupération de meubles déjà utilisés : « Les gens pauvres vont récupérer les meubles qui ont été jetés dans la rue, probablement car ils étaient parasités par des punaises ; ce qui entraîne une re-prolifération des punaises », mais aussi par « un développement extraordinaire des voyages : la France est la première destination touristique mondiale ».
Peu de chiffres sont encore disponibles mais quelques exemples peuvent, tout de même, être cités pour illustrer leur propagation : En Australie, les infestations ont augmenté de + 400 % entre la période 2001-2004 et la période 1997-2000. En Amérique du Nord, depuis 2006, un registre a été mis en place sur Internet afin de recenser le nombre d’infestations dans les différentes villes et localiser les quartiers touchés. Par exemple, à New-York, selon le registre, 4490 déclarations ont été enregistrées à ce jour. Il est ensuite possible de cliquer sur la carte interactive pour identifier les quartiers infestés. Mais ce site n’est pas encadré, il est libre d’accès et non officiel.
Concernant le Canada, une étude de l’université de Montréal montre que 2,8 % des ménages montréalais auraient eu des punaises de lit au cours de l’année 2011. À Toronto, 31 % des centres de sans-abris seraient infestés. De même, en Grande-Bretagne et surtout en Angleterre, la situation est alarmante. En effet, depuis l’année 2000, les cas d’infestation s’accroissent d’environ 25 % par an à Londres. Dans certains quartiers, les équipes municipales de désinsectisation interviennent plus de 2000 fois par an. Le registre précédemment cité pour l’Amérique du Nord est d’ailleurs en train d’être déployé au niveau de la Grande-Bretagne. Les données ne sont donc pas encore disponibles.
Impacts sur la santé et la qualité de vie
Les punaises de lit ne transmettent pas de maladie à la personne qu’elles piquent. Cependant, des études probantes ont démontré qu’une infestation non contrôlée d’un domicile ou d’un lieu public peut engendrer des impacts notables sur la santé physique et mentale de ses occupants. Certaines personnes sont allergiques aux piqûres de punaise. C’est à cause d’une molécule que l’on trouve dans leurs nombreuses déjections à proximité des nids et dans la literie de la maison appelée “histamine” (de la famille des cytokines). C’est cette molécule qui provoque des réactions allergiques aux symptômes variables : gonflement de la peau sur la zone piquée, gêne respiratoire, démangeaisons. Ces symptômes doivent bien entendu vous alerter et vous inviter à consulter un médecin rapidement. Par ailleurs, quand on se gratte, on irrite la peau et on peut permettre à une bactérie de se développer. On désinfectera les piqûres quotidiennement et on consultera un médecin si la peau s’infecte. Il y a notamment un risque d’infection au staphylocoque doré. Un bien vilain microbe…
Entre autres, les punaises de lit peuvent créer des lésions cutanées appelées papules œdémateuses après chaque piqûre. On remarque souvent une ponction centrale au site d’inoculation. Susciter des troubles du sommeil, de l’anxiété, de l’insécurité, de l’isolement social et l’exacerbation de troubles psychiques existants. Par ailleurs, le manque de sommeil constitue une des principales causes de l’obésité. Moins vous dormez, plus vous avez envie de manger. En effet, votre corps cherche à compenser ce manque par des aliments caloriques.
Les intervenants de la santé doivent donc être vigilants devant les troubles psychologiques qui accompagnent régulièrement une infestation, notamment chez les populations vulnérables. Par ailleurs, l’utilisation inappropriée d’insecticides peut causer des problèmes de santé chez les occupants et les exterminateurs. Les propriétaires et les locataires sont particulièrement à risque lorsqu’ils décident d’épandre eux-mêmes les insecticides.
Selon la définition de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) (1952), «La santé publique est la science et l’art de prévenir les maladies, de prolonger la vie et d’améliorer la santé et la vitalité mentale et physique des individus, par le moyen d’une action collective concertée visant à assainir le milieu, lutter contre les maladies, enseigner les règles d’hygiène personnelle, organiser des services médicaux et infirmiers en vue d’un diagnostic précoce et du traitement préventif des maladies, mettre en œuvre des mesures sociales propres à assurer à chaque membre de la collectivité un niveau de vie compatible avec le maintien de la santé ». Cette définition montre bien qu’un problème de santé publique ne concerne donc pas seulement la santé physique et les maladies mais aussi la santé et la vitalité mentale.
Elvis Serge NSAA










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