Porté par une prévalence du VIH en baisse à 2,6 %, le Centre International de Référence Chantal Biya (CIRCB) cible désormais les co-pathologies, la résistance aux antirétroviraux et amorce un virage crucial vers l’autofinancement de sa recherche.
C’est un rendez-vous hautement stratégique qui s’est ouvert le mardi 14 juillet 2026 au siège du Centre International de Référence Chantal Biya (CIRCB) situé au quartier Melen à Yaoundé. Réuni pour sa 24e session ordinaire, le Conseil Scientifique de l’institution s’est fixé pour double objectif d’évaluer la production scientifique du premier semestre et de fixer de nouvelles orientations face aux mutations de la pandémie du VIH/SIDA et des pathologies associées au Cameroun.
Une prévalence en net recul et le nouveau défi de la chronicité
L’annonce majeure de ce conseil réside dans la confirmation de la baisse progressive de la prévalence du VIH au Cameroun. Alors qu’elle dépassait les 3 % il y a une dizaine d’années, elle se stabilise aujourd’hui à environ 2,6 %, une victoire scientifique et de santé publique validée notamment par de grandes enquêtes de terrain comme le projet CAMPHIA.
Toutefois, ce succès redéfinit la nature même du combat. Comme le souligne le Professeur Alexis Ndjolo, Directeur Général du CIRCB : « Le problème n’est plus au niveau du diagnostic mais au niveau de la chronicité de cette pathologie ». Les patients vivant de plus en plus longtemps grâce à l’efficacité des traitements antirétroviraux, le défi réside désormais dans leur suivi à très long terme et la gestion des complications métaboliques ou immunitaires associées.
L’arsenal scientifique déployé contre les co-pathologies et les résistances
Pour garantir une baisse drastique de la morbidité, le CIRCB déploie ses experts et ses plateaux techniques de pointe sur les pathologies périphériques qui gravitent autour du VIH : hépatites virales (notamment l’hépatite B chez les adolescents sous traitement), cancers, tuberculose, mais aussi des maladies infectieuses émergentes ou réémergentes à l’instar de la Dengue, du Cytomégalovirus (CMV) chez les femmes enceintes et du papillomavirus (HPV).
Parallèlement, la question de la résistance du virus aux traitements de nouvelle génération comme les régimes basés sur le Dolutegravir est au centre des attentions scientifiques. Face à ces menaces, le CIRCB se positionne plus que jamais comme un éclaireur indispensable pour les prescripteurs cliniques et les populations.
Autonomie financière : le grand défi de l’ère post-subventions
Au-delà des aspects purement médicaux, cette 24e session qui s’achève ce mercredi 15 juillet 2027 aborde une mutation structurelle décisive. Face à une mobilisation de plus en plus complexe des subventions étatiques administratives traditionnelles, le CIRCB est contraint de réinventer son modèle économique.
Le budget adopté en début d’année par le conseil d’administration devra désormais s’appuyer en priorité sur la capacité des chercheurs à capter des financements extérieurs et des fonds compétitifs internationaux à travers leurs propres projets de recherche. Une transition cruciale pour garantir la pérennité et la souveraineté de la recherche scientifique camerounaise face aux grands défis sanitaires de demain.
Réaction
« Vingt ans après sa création, le CIRCB est plus vivant, plus actif et plus indispensable que jamais »

« Je me rappelle encore l’inauguration du CIRCB il y a une vingtaine d’années. Depuis, les changements ont été immenses. Le Centre a commencé modestement pour devenir aujourd’hui une institution majeure, apportant une contribution inestimable à la recherche clinique au Cameroun et, plus largement, en Afrique centrale. Il convient de rappeler que le CIRCB est le plus grand centre de recherche sur le VIH dans la sous-région, fournissant des données cruciales qui permettent aux administrations et aux pays voisins de cartographier et de comprendre précisément l’évolution de l’épidémie.
Le paysage de la maladie a d’ailleurs profondément changé. En 2006, le VIH/SIDA était une épidémie foudroyante qui causait des milliers et des millions de décès chaque année. Aujourd’hui, grâce à la généralisation des traitements antirétroviraux, nous parvenons à maintenir les patients en vie à très long terme. Au Cameroun, les données épidémiologiques montrent désormais que la majorité des personnes vivant avec le VIH ont plus de 40 ans. Ce sont des patients qui ont contracté le virus il y a 10 ou 15 ans et qui, grâce à l’efficacité des thérapies et du suivi médical, continuent de vivre.
Cependant, la nature des défis cliniques a évolué en termes de qualité de vie. Le VIH induit une inflammation chronique qui, même lorsqu’elle est contrôlée, multiplie par trois à six le risque de développer des pathologies graves. Les causes de mortalité ont ainsi changé : les patients ne meurent plus principalement de l’immunodéficience sévère comme par le passé, mais de comorbidités métaboliques, de problèmes cardiaques ou de cancers liés à d’autres virus, tels que les hépatites B et le papillomavirus. De plus, il ne faut pas oublier qu’en Afrique, personne n’a encore été guéri définitivement du VIH ; toutes les personnes infectées le restent à vie sous traitement. C’est pourquoi une alliance étroite entre la recherche, la clinique et le monde politique est indispensable pour maintenir l’attention sur ces nouveaux enjeux de santé.
Face à cette transition épidémiologique, le CIRCB a su faire évoluer ses cibles et moderniser ses priorités. Le virus demeure un problème majeur de santé publique,
et le Centre continue de surveiller l’efficacité des traitements en réalisant près de 1 000 tests de résistance par an, soit le volume le plus important de toute l’Afrique centrale sous-régionale. En même temps, pour prévenir la mortalité périphérique des patients, le Centre a intégré à ses recherches l’étude et la prise en charge de l’hépatite B, du papillomavirus et des autres comorbidités. Vingt ans après sa création, le CIRCB est ainsi plus vivant, plus actif et plus indispensable que jamais ».









