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ASTUCE SANTE

Santé sexuelle : La salive n’est pas un lubrifiant

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De nombreux jeunes utilisent la salive comme lubrifiant de fortune lors des rapports sexuels. Les experts de la santé alertent sur cette pratique dangereuse, qui perturbe le microbiote vaginal, favorise les infections et accroît les risques de transmission d’infections sexuellement transmissibles.

Il est 23 heures, quelque part dans un quartier populaire de Douala. L’air est lourd, chargé d’humidité et de promesses. Deux corps se cherchent dans la pénombre d’une chambre exiguë. Le désir est là, brûlant, impérieux. Mais un détail absurde vient tout gripper : l’absence de lubrifiant. Le geste furtif : un doigt humecté de salive, un frottement rapide et l’acte s’engage, dans une précipitation qui nie au corps de la femme le temps de sa propre préparation. Cette scène, des milliers de fois répétée chaque nuit au Cameroun et ailleurs en Afrique, est devenue un rituel banalisé. « La salive est gratuite, rapide, et elle a plus de saveur que les trucs des Blancs », nous confie Djobna, 24 ans, étudiante, un sourire complice sur les lèvres. Roméo, lui, interpelle : « L’envie est là, c’est sec, on fait comment ? C’est naturel, rien de chimique. » L’argument fait mouche, car il touche à l’intime, au tabou, à l’urgence du plaisir. « Le lubrifiant est cher, pourtant la salive est gratuite. Et le goût est aussi différent. C’est inexplicable », s’emballe Charles. « La salive a plus de saveur que les trucs des Blancs là », crache Djobna, provocatrice. « La salive est très rapide ! Il n’y a pas assez de temps pour chercher le lubrifiant », coupe Ateba, comme une évidence. Face à cette insouciance, quelques voix s’insurgent, à l’instar de Michelle : « Moi, je n’ai jamais toléré la salive, ci hein. Dans les fesses de qui ? C’est trop sale et dégoûtant. »

Mais la machine est lancée, alimentée par le fantasme et l’urgence. « Des fois, c’est le

fantasme de l’amour. En fait, quand tu es excité et surtout quand tu es avec la bonne personne, ça te donne cette envie-là d’utiliser la salive à la place du lubrifiant », lâche Gentil, un sourire en coin. Et Lydie de poser le constat implacable de la rue : « Les gens pendant les rapports sexuels sont souvent pressés, et vous pouvez vous retrouver à tirer un coup par-ci par-là et vous ne marchez pas avec le lubrifiant. Et ils vont directement mettre la salive. »

Pourtant, cette légèreté populaire se heurte brutalement à la rigueur implacable des blouses blanches, non sans contradictions internes. D’un côté, le Pr Élie Nkwabong, gynécologue-obstétricien au CHU de Yaoundé, alerte sur un terrain miné : le pH de la salive, neutre (autour de 6,5 à 7), saccage l’acidité protectrice du vagin (4 à 5), détruisant la flore et ouvrant grand la porte aux infections. Plus grave encore, il brandit la menace virale : « Imaginons le cas où un homme est porteur de types viraux comme le HPV 16 ou 18 au niveau de sa gorge en raison d’une sexualité orale. Le simple fait d’introduire sa salive peut transmettre ce virus au niveau des parties génitales et constituer un risque futur pour la partenaire. »

Une vision alarmiste que nuance habilement Bolivar Dekou Fobasso, Secrétaire Exécutif d’AfriYAN Cameroun : « Sur le plan scientifique, le danger le mieux documenté n’est pas la transmission directe des IST pour lesquelles les preuves manquent, mais le déséquilibre du microbiote vaginal, source de vaginoses et de candidoses. » Toutefois, le tableau s’assombrit tragiquement dans le contexte camerounais : le cancer du col de l’utérus demeure la première cause de décès par cancer chez les femmes au pays, fauchant près de 1 800 vies par an. En fragilisant le terrain vaginal, la salive devient le complice silencieux de la persistance du HPV. Un constat partagé par le Dr Eyetemou Miguel, pharmacien, qui rappelle que la salive, dépourvue de consistance, s’évapore en un instant, provoquant micro-lésions, brûlures et favorisant la propagation de l’herpès ou de la gonorrhée.

Mais entre les discours scientifiques et la réalité des lits, la fracture sociale est béante. Pour des milliers de jeunes femmes, s’offrir un lubrifiant pharmaceutique relève du luxe inaccessible ou de l’humiliation publique face à des pharmaciens moralisateurs. Alors, piégées entre la précarité, le silence culturel et la pression du partenaire, elles subissent dans leur chair les conséquences de ce “lubrifiant du pauvre”. Les témoignages s’achèvent dans la douleur : « Je déteste la salive, je n’accepte jamais cela, je suis très sensible. Ça me donne des démangeaisons », tranche Diana. Mais pour d’autres, prisonnières de l’ignorance et de la fatalité, le piège se referme dans un murmure : « Avec la salive, c’est doux jusqu’à… Je ne peux pas laisser », soupire Paule, ignorant que ce plaisir immédiat hypothèque, jour après jour, leur intégrité et leur vie.

« Rapport sexuel : la salive n’est pas un lubrifiant

Pr Nkwabong Élie

Souvent utilisée par habitude ou méconnaissance, la salive est formellement déconseillée comme lubrifiant intime. Dans cet entretien, le professeur Nkwabong Élie, chef du service de Gynécologie et Obstétrique du CHU de Yaoundé, détaille les dangers de cette pratique : inadaptation du pH vaginal, perturbation de la flore intime, douleurs pendant les rapports (dyspareunies) et risque accru de transmission d’infections sexuellement transmissibles (IST) telles que l’herpès, l’hépatite B ou le HPV.

Professeur, est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Je suis le professeur Nkwabong Elie, Professeur Titulaire de gynécologie et obstétrique, chef du service de gynécologie et obstétrique du CHU de Yaoundé.

Merci, professeur, de nous accorder cet entretien. Pour commencer, une vidéo circule sur la toile dans laquelle certaines personnes affirment que la salive utilisée comme lubrifiant pendant les rapports sexuels est un lubrifiant et par conséquent bénéfique pour la femme à cause de son pH. Est-ce que la salive est un lubrifiant ?

Pour répondre à cette question, même si la salive est parfois utilisée comme lubrifiant, il faut préciser que ce n’est pas un lubrifiant vaginal. Le rôle physiologique de la salive est d’humidifier le bol alimentaire pour permettre qu’on l’avale aisément. La salive contient des enzymes, comme l’amylase salivaire, qui aident à la digestion. Pour ce qui concerne les rapports sexuels, le corps humain a

été très bien conçu. Il existe ce qu’on appelle les préliminaires. Pendant cette phase, la femme produit elle-même sa propre lubrification grâce à l’excitation. C’est un mécanisme naturel parfaitement adapté. Il suffit que les hommes prennent un peu de temps, soient patients, et qu’ils ne soient pas trop pressés dans l’acte, mais qu’ils passent d’abord par les préliminaires. Lorsque la femme s’est auto-lubrifiée, non pas avec de la salive mais grâce à l’excitation, tout se passe bien. Je pense que les hommes sont souvent trop pressés et négligent les préliminaires. Le pH vaginal est un pH acide, autour de 4 à 5, alors que la salive a un pH neutre autour de 7. Ce n’est donc pas un pH adapté à la muqueuse vaginale.

D’un point de vue biomécanique, pourquoi la salive est-elle totalement inadaptée comme substitut aux sécrétions vaginales naturelles ?

Je vous l’ai déjà dit : le pH n’est pas le même, et les substances contenues dans la salive ne sont pas adaptées à l’environnement vaginal. Naturellement, la salive n’a pas été conçue pour cela. Ce n’est pas son rôle. La salive peut même favoriser la contamination par les streptocoques du groupe A.

Est-ce que la salive peut être un vecteur de maladies sexuellement transmissibles lorsqu’elle est introduite dans le vagin ?

C’est possible. Il y a des personnes qui pratiquent la sexualité orale et qui peuvent avoir certains microbes dans la salive. Ils peuvent avoir des agents pathogènes dans la cavité buccale, et lorsqu’ils introduisent leur salive, ils peuvent transmettre ces microbes à la femme. J’ai cité par exemple l’hépatite virale B. Je peux en citer d’autres : chlamydia, gonococcie si le partenaire masculin pratique habituellement la sexualité orale et si la salive est appliquée directement avec la bouche. En présence de microlésions dans la bouche, le partenaire masculin est aussi à risque s’il pratique le cunnilingus. Même en cas de simples microlésions buccales ou de pathologies parodontales non apparentes, il existe un risque de transmission de pathogènes comme le virus de l’herpès ou le papillomavirus.

Pour terminer, concernant l’utilisation de la salive comme lubrifiant, est-ce que cela protège la femme contre les infections sexuellement transmissibles ?

Pas du tout, la salive ne protège pas contre les infections sexuellement transmissibles. Au contraire, la salive peut être vectrice d’IST. Par exemple, je vous ai cité l’hépatite B, le HPV, le virus de l’herpès, et même certaines bactéries comme le tréponème responsable de la syphilis. Il y a des personnes qui ont des angines syphilitiques, donc la syphilis dans la bouche, et la salive peut permettre la transmission de ces germes. Donc la salive ne protège pas contre les IST, bien au contraire, elle favorise plutôt leur transmission chez la femme.

Marie Chantale FAIDA

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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