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Sœur Jacqueline Yéngue: la Foi et la Science unies pour protéger la vie

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Dans le paysage scientifique camerounais, des profils atypiques tracent parfois les sillons les plus innovants. Le 2 juin dernier, à l’Université de Yaoundé I, Sœur Jacqueline Félicité Yéngué a franchi une étape majeure en soutenant avec brio sa thèse de doctorat/PhD en Parasitologie et Écologie. Plus qu’une simple distinction académique, ce titre vient couronner une décennie de recherches acharnées sur un fléau silencieux : la toxoplasmose.

Au cœur de ses travaux, menés au sein du Laboratoire d’Immunologie et de Microbiologie du Centre International de Référence Chantal BIYA (CIRCB), Sœur Jacqueline Yéngué s’est attaquée aux limites du diagnostic classique de la toxoplasmose. Cette maladie, causée par Toxoplasma gondii, est une menace réelle pour les femmes enceintes, pouvant entraîner des conséquences dramatiques pour le fœtus.
En étudiant 541 patientes dans sept formations sanitaires des régions du Centre et du Littoral, la chercheuse a mis en lumière une réalité jusque-là sous-estimée : un taux de portage de l’ADN du parasite de 54,71 %. « Il s’agit du premier rapport de détection moléculaire de l’ADN du parasite chez les femmes enceintes au Cameroun », souligne-t-elle avec humilité. Son apport scientifique est crucial : elle démontre, preuves à l’appui, que la sérologie seule ne suffit plus et que l’intégration de la biologie moléculaire (PCR) est désormais une nécessité impérieuse pour fiabiliser le dépistage prénatal au Cameroun.
Si la rigueur scientifique est le socle de ce doctorat, le parcours de Sœur Jacqueline Yéngué est tout aussi fascinant. Née en 1966 à Biboumha, cette religieuse de la Congrégation des Sœurs Servantes de Marie de Douala (CSSMD) a su, tout au long de son existence, conjuguer les exigences de la foi et de la recherche.


Après un Baccalauréat série D en 1990 et ses premiers vœux religieux en 1994, elle s’est formée à l’exigence scientifique au Mali, avant de revenir servir son pays. Enseignante de SVT, économe, responsable d’internats et d’hôpitaux catholiques, Sœur Jacqueline a toujours été au plus près des besoins des populations. C’est avec cette même détermination qu’elle a repris ses études en 2014, enchaînant un DEA à l’Université de Douala, puis le long marathon doctoral entre 2016 et 2026.


Le 28 juin 2026, quelques jours seulement après sa soutenance, Sœur Jacqueline fêtait ses 60 ans. Un double accomplissement qui la laisse pensive et reconnaissante. « Le Seigneur a fait pour moi des merveilles, Saint est son nom », confie-t-elle, citant le Magnificat.
Cette réussite est aussi une victoire collective. Sœur Jacqueline tient à exprimer sa gratitude envers ses mentors, notamment le Pr Alexis Ndjolo, le CIRCB, ses soutiens financiers : la Congrégation des Sœurs de Notre Dame de Mont Réal et la Fondation Ngassa ; ainsi que les 541 femmes enceintes qui, par leur coopération, ont rendu cette avancée scientifique possible.


Aujourd’hui, Docteur Jacqueline Yéngué ne s’arrête pas là. Son étude pointe vers une urgence : l’harmonisation des méthodes de diagnostic de la toxoplasmose au Cameroun. Avec la rigueur de la chercheuse et le cœur de la religieuse, elle continue d’œuvrer pour que la science soit, au quotidien, un bouclier pour la vie des mères et des enfants camerounais.
Thomas Michel ANANA BETILENE

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