Face au manque de réponses concrètes du gouvernement et à l’échec des négociations avec le ministère de la Santé, le Syndicat autonome des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes du Sénégal intensifie son bras de fer. Un débrayage massif de 72 heures paralyse les hôpitaux publics à travers tout le pays.
Le blocage s’envenime dans le secteur de la santé publique sénégalais. Après une première mobilisation de 48 heures observée les 23 et 24 septembre derniers, qui avait enregistré un taux de participation de près de 100 % selon la direction syndicale, le SAMES monte d’un cran. Réuni en session extraordinaire élargie le 25 septembre pour évaluer l’impact du premier arrêt de travail, le Bureau exécutif national du syndicat a décrété un nouveau mot d’ordre de grève de 72 heures consécutives, du lundi 28 au mercredi 30 septembre 2026, sur l’ensemble du territoire national.
Une prolongation face au verrou étatique
A l’origine de cette décision de prolonger le mouvement, l’organisation dénonce l’absence de volonté réelle de l’Etat de satisfaire sa plateforme revendicative globale. Les démarches et consultations engagées auprès du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique n’ont débouché sur aucune avancée satisfaisante, poussant les professionnels à accentuer le rapport de force.
Les motifs de grief des praticiens sont à la fois statutaires, financiers et matériels. Les médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes réclament avant tout l’application stricte des protocoles d’accord signés par le passé. Le syndicat exige la mise en place d’un statut particulier pour les corps de la santé, garantissant un plan de carrière revalorisé, de meilleures conditions de recrutement, le relèvement des pensions de retraite et la revalorisation du point indiciaire. A cela s’ajoute le versement des indemnités dues, notamment les primes de logement, de risque et la prime COVID.
Au-delà des carrières, les demandes portent sur l’amélioration globale du système de soin. Le mouvement réclame la modernisation urgente des plateaux techniques, le renforcement des effectifs et des équipements dans des infrastructures souvent vétustes, ainsi que des mesures concrètes concernant la formation et la sécurité des personnels soignants, particulièrement touchés par de récentes agressions.
Ce nouvel épisode s’inscrit dans un contexte récurrent de contestation sociale au Sénégal. Depuis plusieurs années, le secteur public est secoué par un bras de fer permanent entre l’Etat et les syndicats de santé, en raison d’engagements budgétaires non tenus et d’un manque criant de moyens matériels, particulièrement marqué dans les régions éloignées de la capitale.
Sur le terrain, la prolongation de cette grève de trois jours entraîne des conséquences très lourdes pour la population. Le système public de santé se trouve massivement paralysé, bien qu’un service minimum soit rigoureusement observé conformément aux consignes du syndicat. Seules les urgences vitales, les banques de sang et les services de réanimation restent fonctionnels.
En revanche, l’ensemble des consultations externes et des interventions chirurgicales non urgentes sont totalement suspendues. Cette situation contraint les usagers à un report massif vers les structures privées ou les hôpitaux militaires, des établissements qui se retrouvent rapidement saturés sous cette pression inédite. En durcissant la durée du débrayage, les dirigeants du SAMES entendent maintenir la cohésion de leurs membres et forcer le gouvernement à apporter des réponses concrètes pour dénouer la crise.









