Ce samedi 3 octobre 2026, plus de 8 000 manifestants se sont rassemblés devant l’usine du géant de l’agrochimie Syngenta, à Saint-Pierre-la-Garenne (Eure). L’objectif est clair : dénoncer le fléau des intrants toxiques et un modèle d’exportation dont l’Afrique est aujourd’hui la première victime.
L’ambiance est grave mais déterminée au cœur de la Normandie. À l’appel d’une cinquantaine d’organisations dont Les Soulèvements de la Terre, la Confédération paysanne et des collectifs de victimes, des milliers de citoyens, agriculteurs et militants ont fait le siège symbolique du site industriel de Syngenta. Dans le cortège, les pancartes martèlent un slogan devenu universel : « Pesticides : ni ici, ni ailleurs ».
Si la contestation prend racine dans l’Eure, ses échos traversent les océans. Cette mobilisation inédite par son ampleur s’inscrit dans une journée d’action internationale coordonnée simultanément en Suisse, en Angleterre et en Autriche. Au centre des revendications figure le ciblage explicite d’un « double standard » commercial révoltant : la fabrication sur le sol européen, par des multinationales comme Syngenta, Bayer, BASF ou Corteva, de substances chimiques interdites en Europe en raison de leur dangerosité, pour être vendues aux pays du Sud, l’Afrique en tête.
Un continent sous perfusion chimique et sanitaire
L’Afrique subit de plein fouet les ravages de ce marché asymétrique. Plus de 81 000 tonnes de pesticides bannis par l’Union européenne sont exportées chaque année vers le Sud. Sur le continent africain, où environ 60 % des produits vendus sont classés « hautement dangereux » par l’OMS, l’absence d’équipements de protection adéquats sous le climat tropical transforme la manipulation de ces substances en tragédie quotidienne.
Selon une étude publiée en septembre 2026 par le réseau Pesticide Action Network (PAN), le Burkina Faso détient un triste record mondial, avec 84 % de ses travailleurs agricoles victimes d’intoxications aiguës chaque année. Outre ces chocs immédiats, les molécules toxiques contaminent plus de 50 % des cours d’eau analysés et imprègnent jusqu’à 80 % des sols de 29 pays africains. S’ajoutent à ce tableau l’effondrement des insectes pollinisateurs (-60 % en 10 ans en Afrique de l’Ouest) et un piège financier dramatique : l’endettement permanent des familles paysannes, contraintes d’acheter semences brevetées et paquets chimiques, au détriment de leur propre souveraineté alimentaire.
La riposte s’organise face à l’impunité
« On veut montrer qu’on peut s’opposer collectivement pour réinventer d’autres manières de faire de l’agriculture », expliquait Adrien, un manifestant venu de Bretagne. Une volonté d’alternatives qui prend de la force sur le terrain africain.
Face à cette vulnérabilité extrême, la transition agroécologique s’accélère. Des milliers de producteurs se tournent vers la régénération des sols, le compostage et le développement de bio-intrants locaux à base d’extraits végétaux comme le neem. Sur le plan institutionnel, des organismes comme le Comité inter-États des Pesticides d’Afrique Centrale (CPAC) durcissent les interdictions de substances toxiques aux frontières.
En convergeant ce 3 octobre face aux usines européennes, organisations paysannes du Nord et du Sud rappellent que la bataille contre l’agrochimie est globale. Mettre fin à l’exportation de risques sanitaires vers le continent africain n’est plus seulement une exigence écologique, mais une obligation de justice internationale.









