Du 14 au 18 octobre 2026, le Cameroun lance une campagne nationale contre la rougeole et la rubéole. Face à 120 districts en épidémie et plus de 9 500 cas confirmés, l’objectif est de vacciner gratuitement 95 % des enfants de 9 à 59 mois, notamment dans le Centre, pour stopper la transmission.
Dès ce mercredi et ce, jusqu’au 18 octobre prochain, le Cameroun déploie une campagne nationale de suivi destinée à vacciner les enfants de 9 à 59 mois. Face à la persistance d’épidémies sévères et à une couverture vaccinale encore insuffisante, cette mobilisation conjointe du ministère de la Santé publique et du ministère de l’Éducation de base vise à protéger les plus jeunes et à stopper définitivement la transmission communautaire à travers tout le pays et particulièrement dans la région du Centre.Une résurgence épidémique alarmante à l’échelle nationaleDepuis le début de l’année 2026, la situation épidémiologique liée à la rougeole inquiète fortement les autorités sanitaires camerounaises.
Le pays enregistre une hausse critique des épidémies localisées, touchant désormais 120 districts de santé répartis dans les dix régions du territoire national. Les chiffres récents traduisent toute la gravité de la menace avec un total de 9 568 cas confirmés de rougeole répertoriés dans les communautés et les formations sanitaires, dont un cumul de 9 369 cas enregistrés à la fin de la 33ᵉ semaine épidémiologique, ainsi que 18 décès officiellement déplorés.
La dynamique de propagation s’est fortement accélérée, le nombre de districts de santé entrés en phase épidémique grimpant à 122 en 2026, contre 67 en 2025 et 28 en 2024. De surcroît, avant le lancement de cette grande campagne nationale, seuls 25 % des districts en épidémie, soit 30 districts, avaient pu bénéficier d’une riposte vaccinale ciblée. Cette persistance des flambées s’explique principalement par l’accumulation au fil des ans d’enfants non ou insuffisamment immunisés. Bien que la couverture pour la première dose du vaccin combiné rougeole-rubéole (RR1) ait atteint 85 % en 2025, celle de la deuxième dose (RR2) stagne à 70 %, un niveau largement inférieur au seuil recommandé de 95 % indispensable pour interrompre la transmission du virus. Il convient de souligner que 76 % des cas confirmés de rougeole concernent des enfants non vaccinés, la tranche d’âge la plus frappée étant celle des 24 à 59 mois.
Un enjeu crucial dans le Centre : protéger la communauté éducativeÀ l’occasion de la rentrée scolaire, la forte concentration d’enfants dans les écoles maternelles, les garderies et les établissements primaires accroît considérablement le risque de propagation des virus. C’est pour parer à ce danger sanitaire que le ministre de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie, et le ministre de l’Éducation de base, le Pr Laurent Serge Etoundi Ngoa, ont signé un communiqué conjoint appelant à une mobilisation générale des parents, des tuteurs et des responsables d’établissements.
Dans la région du Centre comme sur l’ensemble du territoire national, les objectifs fixés par le Programme élargi de vaccination (PEV) et ses partenaires stratégiques tels que l’OMS, l’UNICEF, Gavi, le CDC et l’IFRC sont tirés vers le haut. L’ambition est d’engager au moins 90 % des parents et de vacciner au moins 95 % des enfants âgés de 9 à 59 mois contre la rougeole et la rubéole. Pour réussir ce pari, la stratégie prévoit la mobilisation d’au moins 80 % des autorités administratives, politiques, traditionnelles et religieuses, ainsi que le soutien complet de 100 % des radios communautaires et des acteurs digitaux afin de relayer les informations officielles et de contrecarrer la désinformation.
Une vaccination gratuite, sûre et accessibleLe vaccin combiné rougeole-rubéole reste le seul moyen efficace et éprouvé pour prévenir ces maladies graves susceptibles d’entraîner de lourdes complications respiratoires, neurologiques ou des malformations congénitales chez le nouveau-né. Face à ces risques, les autorités publiques rassurent l’opinion sur la disponibilité en quantité suffisante des stocks de vaccins dans toutes les formations sanitaires et les postes de vaccination.
L’administration des doses est entièrement gratuite, prise en charge par le gouvernement dans le cadre du PEV.Alors que la campagne se déroule du 14 au 18 octobre 2026, les parents et éducateurs de la région du Centre sont vivement invités à vérifier le carnet de vaccination de leurs enfants et à se rendre sans délai dans les centres de santé ou auprès des équipes vaccinales déployées sur le terrain.
Interview : « Arrêter la circulation du virus et réduire la morbidité »

Dans un entretien exclusif, le coordonnateur du Programme élargi de vaccination pour la région du Centre fait le point des préparatifs et parle des objectifs de la campagne.
La campagne de vaccination contre la rougeole et la rubéole démarre ce 14 octobre. Comment est-ce que la région du Centre s’organise ?
Pour organiser une telle campagne, un ensemble d’éléments indispensables a été mis en place. Tout a commencé avec la note conjointe signée le 7 septembre par le ministre de la Santé publique, Dr Manaouda Malachie, et le ministre de l’Éducation de base, Pr Laurent-Serge Etoundi Ngoa. Ce document informait la communauté qu’à cette époque, le pays faisait face à de nombreux cas de rougeole avec plusieurs districts de santé en épidémie et près de 18 décès enregistrés sur l’ensemble du territoire.
Le communiqué annonçait en réponse l’organisation d’une campagne de vaccination de suivi contre la rougeole et la rubéole du 14 au 18 octobre. Depuis cette annonce, nous avons engagé des préparatifs de la base au sommet. La microplanification s’est déroulée dans les aires de santé et les formations sanitaires de toute la région du Centre. Après consolidation et validation de ces plans, nous avons renforcé les capacités des cadres régionaux, puis formé les équipes des districts de santé, qui ont à leur tour formé le personnel des aires de santé, incluant les vaccinateurs-enregistreurs et les mobilisateurs sociaux.
Ce processus de formation en cascade est aujourd’hui totalement achevé.En parallèle, de nombreuses activités de communication et de plaidoyer ont été menées. Une réunion de plaidoyer présidée par le gouverneur a réuni l’ensemble des parties prenantes et des sectoriels en charge d’encadrer notre cible, principalement les enfants de 9 à 59 mois. Des réunions de plaidoyer se sont également tenues dans les districts de santé, accompagnées de rencontres d’engagement communautaire dans les zones où la réticence était la plus forte. Une réunion spéciale s’est tenue avec les acteurs du secteur de l’éducation, car la majorité des enfants de 3 à 4 ans se trouvent déjà dans les écoles maternelles. Nous avons formé les équipes techniques sur la gestion des données ainsi que sur la gestion financière, tout en distribuant des supports de communication comme des flyers et des affiches.
La mobilisation sociale porte-à-porte a été lancée pour sensibiliser les parents sur la maladie, la vaccination et les sites retenus durant les 12 et 13 octobre, avant l’entrée en jeu des équipes de vaccination et l’administration des premières doses le 14 octobre. C’est une préparation complexe sur laquelle nous avons insisté afin que chaque maillon de la chaîne garantisse une campagne de qualité.C’est combien d’enfants ciblés sur quelle population et quels sont les objectifs ?L’objectif général dans la région du Centre est d’arrêter la circulation du virus et de réduire la morbidité et la mortalité qui y sont liées. Plus spécifiquement, il s’agira d’informer plus de 90 % des parents sur la campagne et les interventions délivrées, et de vacciner au moins 95 % des enfants de 9 à 59 mois avec le vaccin anti-rougeoleux et rubéoleux.
La campagne vise également à gérer efficacement les vaccins mis à disposition à tous les niveaux, à assurer la surveillance des maladies évitables par la vaccination, à prendre en charge tous les cas de manifestations post-vaccinales indésirables, et à rattraper 80 % des enfants de 3 à 59 mois perdus de vue ou non vaccinés. Concernant les chiffres, nous avons un total de plus de 1,2 million d’enfants à vacciner pour environ 1,3 million de doses de vaccins qui vont être déployées sur toute l’étendue de la région du Centre.
En parlant spécifiquement des zones rurales, des zones un peu occupées, quelles sont les dispositions qui ont été prises pour que la vaccination soit effective de ce point de vue ?
Les campagnes de vaccination étant des activités menées régulièrement, la dernière remontant à juillet, nous nous appuyons sur la démarche de microplanification de la base au sommet. Ce sont les vaccinateurs qui, sur le terrain au sein de leur communauté, identifient les zones, les cibles, les obstacles, les moyens de locomotion ainsi que les besoins financiers et logistiques précis, allant des motos aux porte-vaccins, réfrigérateurs, accumulateurs de froid et sacs poubelles.
Cette microplanification réalisée par les agents opérationnels de santé avec l’appui des mobilisateurs sociaux est consolidée successivement au niveau de l’aire de santé, du district, de la région puis du niveau national. Cela permet de constituer l’ensemble des ressources nécessaires à la mise en œuvre.
En comparant cette planification de terrain avec les ressources approuvées par le PEV central, on constate une excellente adéquation, ce qui nous assure que les acteurs disposent de toutes les ressources nécessaires pour atteindre les objectifs assignés par le programme.











