La campagne de soins en néphrologie, ophtalmologie et neurologie est en cours depuis hier au Centre Hospitalier Régional de Ngaoundéré. L’objectif affiché par la direction est de rapprocher les soins de pointe des populations de la région et au-delà.
Pour cette énième campagne organisée par la directrice du CHR de Ngaoundéré, docteur Fadimatou Altibé, les patients viennent des régions de l’Adamaoua, de l’Est et même du Tchad voisin. Tous sont animés d’un seul objectif, recouvrer la santé et vaquer à ses occupations normalement. C’est le cas du jeune Abdoulaye, venu de Garoua-Boulaï dans la région de l’Est Cameroun. Victime d’un traumatisme crânien depuis 7 mois, il affirme avoir du mal à recouvrer sa santé. Après avoir fait le tour des formations sanitaires de sa région, il déclare être rassuré depuis l’accueil. « Il y a 7 mois, j’ai été victime d’une agression au cours de laquelle, on m’a frappé avec le marteau à la tête. La plaie s’est cicatrisée mais j’ai toujours mal. Je viens d’être reçu par le neurologue et je suis confiant que je vais rentrer d’ici en santé », explique-t-il avec un sourire en coin, car séduit par l’accueil et le personnel de l’établissement. Comme lui, Blanche Tobio s’est retrouvée au CHR pour des consultations ophtalmologiques. « Ce qui m’a motivée à participer à cette opération, c’est parce que de plus en plus, nous consommons beaucoup de chimiques. Nous sommes sujets de beaucoup de maladies qui attaquent différents systèmes de notre corps. Et ne dit-on pas qu’une personne bien importante, un malade qui s’ignore. J’ai voulu participer à la campagne pour déceler tout problème potentiel de ma vision. Je suis satisfaite », raconte-t-elle au sortir du bureau de l’ophtalmologue.
Pendant cinq jours, jusqu’au 25 septembre, des spécialistes venus notamment de Yaoundé et de Douala se mobilisent aux côtés des équipes médicales du CHRN. La campagne cible particulièrement des domaines dans lesquels l’offre de soins spécialisés demeure limitée dans la région, notamment la neurologie, la néphrologie et l’ophtalmologie.
Pour de nombreux patients, l’accès à ces spécialités implique habituellement des déplacements vers d’autres grandes villes du pays, avec des coûts supplémentaires et
des contraintes importantes pour les familles. En faisant venir les spécialistes à Ngaoundéré, le CHRN entend ainsi rapprocher les compétences médicales des populations et faciliter leur prise en charge.
Des objectifs clairs
« Au moins 300 patients sont attendus au cours de cette campagne », indique la directrice. Alors que la première journée est à moitié au moment où nous quittions les lieux, plus de 60 patients étaient déjà reçus dans les 3 pôles de soins. Ce qui augure l’atteinte des résultats, comme l’affirme la directrice. Les patients viennent des différents départements de l’Adamaoua, mais également d’autres localités du pays et même des pays voisins.
Cette initiative intervient dans un contexte marqué par la nécessité de renforcer l’offre de soins spécialisés dans les régions éloignées des grands centres urbains. La présence temporaire de spécialistes constitue également une occasion pour les professionnels de santé locaux de bénéficier d’échanges d’expériences et de renforcer leurs pratiques.
À travers cette campagne, le Centre hospitalier régional de Ngaoundéré affiche ainsi sa volonté de répondre davantage aux besoins sanitaires des populations. Pour la direction de l’établissement, l’enjeu est de permettre aux patients de bénéficier, autant que possible, d’une expertise spécialisée sans avoir à parcourir de longues distances.
Jusqu’au 25 septembre, le CHRN sera donc au cœur d’un dispositif exceptionnel de consultations spécialisées, avec l’ambition de recevoir plusieurs centaines de patients et de contribuer à améliorer l’accès aux soins dans l’Adamaoua. En octobre, la direction rassure de ce qu’une campagne pour l’opération gratuite de la cataracte sera organisée afin de permettre aux couches défavorisées de bénéficier de ces interventions.
Interview : « Nous comptons au mois de novembre prendre en charge gratuitement ».

Quels sont les objectifs de cette campagne ?
Cette campagne spécialisée a pour objectif de rapprocher les spécialistes de la population. Donc nous avons fait venir les spécialistes de Douala, le neurologue et puis l’ophtalmologue de Yaoundé et le neurologue est sur place ici pour cette campagne, à l’occasion de cette campagne. Vous savez que déjà il y a assez de spécialités, surtout la neurologie et la neurologie c’est des spécialités rares et souvent mal connues alors qu’il y a des réels problèmes. Et dans toute la région, nous n’avons pas de neurologue. Et le neurologue ici c’est celui qui s’occupe de tous les problèmes de nerfs, nerveux, le cerveau et tout, des cas qu’on peut citer, l’épilepsie par exemple. Vous savez qu’habituellement en épilepsie on pense que c’est souvent dû au mauvais sort ou aux esprits ou à des choses d’une autre dimension. Donc le neurologue permet d’expliquer cela, de comprendre pourquoi cette personne convulse tout le temps, perd connaissance et tout, pourquoi parfois des mouvements anormaux et certains aussi souffrent de problèmes de paralysie, de faiblesse musculaire et tout et même de douleurs parfois insupportables, inexpliquées qui peuvent être d’origine nerveuse. Donc ça c’est pour la neurologie. Mais maintenant l’ophtalmologie, vous savez, on dit que l’œil c’est la vie, le premier contact, c’est-à-dire tout de suite, ça nous permet de savoir où on est, qu’est-ce qu’on fait là, quels sont les risques qu’on s’expose, ça nous permet d’identifier. Donc la vue est très importante, donc ça permet de regarder toutes les différentes pathologies qui pourraient affecter les yeux et parfois quand on a mal, on ne voit pas bien, on passe le temps à forcer pour lire, on peut avoir mal à la tête, à la nuque et tout. Donc nous avons des équipements assez spécialisés qui permettent de diagnostiquer cela.
C’est aussi l’occasion pour nous de roder nos machines qui parfois sont restées longtemps en arrêt ou parfois sous-utilisées. Ça nous permet également de les roder et de renforcer les capacités du personnel sur place parce que quand ces spécialistes viennent, nos personnels apprennent également. Donc c’est aussi une occasion d’échanger l’expérience et un transfert de compétences. Donc c’est une campagne spécialisée parce que c’est des spécialités de pointe que nous avons ciblées et par rapport aux besoins aussi réels. On ne peut pas faire des campagnes de plusieurs spécialités ou de toutes les spécialités donc il faut toujours cibler et progressivement changer le mois prochain et ainsi de suite. Donc l’idée c’est de rendre accessible, les réductions sont faites, de rapprocher également ces services de la population afin que tout le monde en bénéficie.
Quelles sont les maladies ciblées à cette campagne ?
Les maladies ciblées pour la neurologie, c’est l’épilepsie, c’est-à-dire des convulsions, quelqu’un qui tombe, s’évanouit ou commence à faire des gestes assez bizarres. C’est également de faiblesse musculaire, de paralysie, de douleurs de céphalée, des douleurs inexpliquées, donc tout ce qui peut être d’origine nerveuse. Et pour l’ophtalmologie, c’est tous les problèmes liés à la vision, à l’œil, à la vue, à cet organe-là. Et pour la néphrologie, c’est tout ce qui concerne le rein. Nous savons que le rein est très important, c’est lui qui filtre toutes les impuretés, qui permet de nettoyer le corps. Donc ce rein et qui aussi, à travers également l’hypertension, parce que le rein aussi, lorsqu’il est malade, il peut aussi engendrer une hypertension, les chiffres tensionnels élevés. Ça peut avoir des conséquences aussi, parce que lorsqu’on a le diabète aussi, le rein peut en souffrir, et ainsi de suite. Donc, en gros, c’est ce type de pathologies, sans se limiter, parce que la liste, n’est pas exhaustive. Le choix de ces pathologies, la neurologie, parce que c’est une spécialité mal connue, qui n’est pas très connue dans la région, et qui a aussi beaucoup de connotations autres, c’est-à-dire dans les savoirs et même la perception. Par exemple, l’épilepsie, on va dire que c’est souvent soit une malédiction, ou c’est un sort qu’on lui a lancé, ou c’est un autre esprit qui entre dans son corps, bref, il y a beaucoup d’explications et de perceptions des pathologies liées à cela. Donc, c’est également l’occasion de déconstruire, d’expliquer à la population que oui, on peut avoir l’épilepsie, mais ce n’est pas un problème de sorcellerie, de ceci, ça peut se soigner à l’hôpital. On peut avoir l’AVC, ce n’est pas forcément qu’on a été giflé par un esprit, mais c’est bien un vaisseau dans la tête qui
s’est bouché, et puis ça a paralysé le côté-là, et puis voici. Pour la neurologie, c’est ça. Et la vue, vous savez que vraiment, lorsque on ne voit pas, on est exposé à des accidents, on ne sait pas où on se trouve, on est un peu perdu, et ça peut aussi traduire à des échecs scolaires, c’est-à-dire l’enfant, on a l’impression qu’il ne comprend pas, mais parce qu’il ne voit pas, il ne sait pas ce qui est au tableau, on se dit qu’il est lent. Ça affecte la vie de tous les jours. Et là, il faut aussi, c’est l’occasion aussi de parler des problèmes, de les sensibiliser pour que chacun prenne soin de son rein, que chacun consomme beaucoup d’eau, un litre et demi, deux litres, en fonction de son âge et d’autres. Et aussi dépister de l’hypertension, parce que vous avez constaté qu’à l’accueil, on prend les paramètres, on prend le poids, on sensibilise aussi sur les autres problèmes de santé, du poids et d’autres. Vous savez, la maladie ne prend pas rendez-vous.
Certe, c’est court, mais il faut bien commencer quelque part. Alors, les activités, c’est d’abord le dépistage des différentes pathologies neurologiques, néphrologiques et même ophtalmologiques. Et puis, ce sont des cas qui ont besoin d’une prise en charge particulière. C’est une prise en charge. Et il y a des appareils.
Nous avons des appareils pour l’exploration fonctionnelle. L’électroencéphalogramme. C’est-à-dire qu’on va fixer des électrodes sur la tête pour savoir comment le cerveau fonctionne, comment il se comporte, pour expliquer des mouvements anormaux, des cas d’épilepsie et tout. Et également, pouvoir mesurer la force musculaire. Quand quelqu’un vient, le muscle ne bouge pas, c’est un peu faible et tout, pour comprendre pourquoi est-ce qu’il n’y a plus de force dans ses muscles. Et l’œil aussi. On a tous des appareils, tous les enseignements qu’il faut pour apprécier la qualité de la vue. Vous savez, on peut voir, mais on ne voit pas bien. Donc, ça permet d’apprécier. Et puis, quand on a des problèmes oculaires, on peut avoir des céphalées inexpliquées. Quand vous avez un enfant, chaque jour, il vous dit qu’il a mal à la tête, il n’arrive pas à se concentrer. Ça permet également de régler cela. Et l’œil, comme on dit, c’est un sens qui nous permet de nous repérer.
De manière chiffrée, quels sont les objectifs ?
Le chiffre, nous avons fixé le cap à environ 100 patients par pathologie. Et nous sommes agréablement surpris de voir que nous avons déjà plus d’une vingtaine. Je pense que d’ici vendredi, l’objectif sera largement dépassé. Et cette campagne ne va pas s’arrêter juste après la campagne. Maintenant, les pathologies oculaires, c’est-à-dire liées à la vue, qui seront dépistées, qui vont nécessiter une chirurgie, par exemple la cataracte, nous comptons au mois de novembre prendre en charge
gratuitement. Il y aura une suite dans la prise en charge pour les maladies neurologiques. Tous les cas diagnostiqués et tout, nous resterons en contact avec eux en permanence pour le suivi de ces patients. Le suivi va se faire à distance et ils pourront revenir de temps en temps également pour un suivi de proximité.















