Si les politiques éducatives, économiques, environnementales et sécuritaires ne suivent pas les progrès médicaux, les générations futures ne seront pas protégées. Anticiper ces menaces devient une urgence capitale.
Le monde fait actuellement face à de nombreuses menaces pour sa survie : les changements climatiques, les guerres, les pandémies, les épidémies… La liste est loin d’être exhaustive. L’Afrique, berceau de l’humanité, n’en est pas épargnée. À cela s’ajoute le recul de l’aide internationale à la santé, qui intensifie la vulnérabilité du continent face à ces menaces. Pour garder ce statut de berceau de l’humanité, la protection des générations futures est urgente.
C’est dans ce sillage qu’une vaste étude menée dans 204 pays et territoires sur la période 2025-2100 par la Commission du Lancet sur les menaces mondiales pour la santé au XXIe siècle, associée aux chercheurs de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de l’Université de Washington (dirigé par Christopher Murray), a évalué les principales menaces susceptibles de peser sur la santé mondiale jusqu’à la fin du siècle. Au terme de cette étude, 17 menaces majeures pour la santé humaine ont été identifiées.17 menaces identifiées pèsent sur le monde : l’Afrique en première ligneLors du World Health Summit de Berlin, où 35 experts internationaux sont réunis, un vaste rapport publié dimanche 11 octobre 2026 dans The Lancet par une commission internationale laisse entendre que d’ici 2100, 17 menaces majeures pèsent sur la santé humaine.
Quinze d’entre elles relèvent de domaines très divers : pandémies d’origine naturelle, résistance aux antimicrobiens, pollution de l’air, changement climatique, malnutrition infantile, obésité, hypertension artérielle, tabagisme, consommation excessive d’alcool, mauvaise santé mentale, vieillissement en mauvaise santé, conflits armés conventionnels, inégalités de revenus, faible niveau d’éducation et recul de l’aide internationale à la santé.Les deux autres présentent, selon les experts, un potentiel d’extinction humaine : le conflit nucléaire, en raison de la famine qu’il pourrait provoquer à l’échelle mondiale, et l’utilisation malveillante de l’intelligence artificielle, notamment pour concevoir des armes biologiques.
Selon ses auteurs, les progrès médicaux ne suffiront pas à protéger les générations futures si les politiques éducatives, économiques, environnementales et sécuritaires ne suivent pas. L’Afrique subsaharienne en est particulièrement la région la plus vulnérable de la planète face à ces risques.Selon les projections de la Commission, l’Afrique subsaharienne concentrerait environ 70 % des pertes de santé évitables à l’échelle mondiale dans un scénario d’effondrement de l’aide internationale à la santé. Bien que la commission ne présente pas ce scénario comme certain, cette dépendance à l’aide extérieure constitue une faiblesse structurelle pour de nombreux systèmes sanitaires africains. La diminution des ressources extérieures peut menacer la continuité des programmes de vaccination, de prévention, de diagnostic et de traitement des maladies infectieuses.Ces projections indiquent également qu’à l’échelle mondiale, l’amélioration du niveau d’éducation pourrait éviter la perte de 16,1 milliards d’années de vie en bonne santé d’ici à 2100. Cependant, les femmes et les enfants d’Afrique subsaharienne sont les plus exposés aux conséquences sanitaires d’un faible niveau d’instruction.
Les auteurs soulignent que l’éducation des mères contribue à améliorer la santé de leurs enfants et à réduire leur mortalité. À plus long terme, elle participe indirectement au ralentissement de la croissance démographique. Les dépenses consacrées au maintien des filles à l’école, jusqu’à l’enseignement secondaire, relèvent donc aussi de la politique de santé.Par ailleurs, l’Afrique fait face simultanément aux maladies infectieuses, à la montée des maladies non transmissibles (obésité, hypertension), aux inégalités socio-économiques et au réchauffement climatique. Pour remédier à cette situation, des actions doivent être menées pour protéger des milliards de vies.Solutions et leviers d’actionPour les pays africains, maintenir les filles à l’école jusqu’au secondaire constitue un investissement sanitaire majeur pour freiner la mortalité et la croissance démographique.
Mettre en place des politiques en articulant la santé avec l’éducation, l’environnement, la sécurité et la protection sociale, car les seuls progrès médicaux ne suffiront pas. De plus, cette commission recommande de créer des systèmes de santé capables d’anticiper les crises avant qu’elles n’éclatent et d’investir dans l’innovation (vaccins, antibiotiques). Le professeur Christopher Murray, coprésident de la commission chargée de cette étude, a d’ailleurs déclaré : « Ce qui est frappant, ce n’est pas seulement l’ampleur de ces menaces, mais le fait que l’humanité ait encore la possibilité d’agir pour y faire face.
Pour chacune des 17 grandes menaces identifiées, les décisions que les dirigeants prendront aujourd’hui façonneront la santé et les conditions de vie des générations futures. Cependant, tout retard dans la prise de mesures alourdira encore davantage le prix à payer à l’avenir. »













