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Antibiorésistance au Cameroun : Quand les bactéries voyagent de l’hôpital à l’assiette

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Une étude conjointe du Centre Pasteur du Cameroun et de l’Institut Pasteur de Paris révèle l’ampleur préoccupante de l’antibiorésistance à Douala. Fondée sur l’approche « Une Seule Santé », la recherche montre que 54 % des femmes enceintes, 70 % des poulets et jusqu’à 93 % des eaux usées analysés sont porteurs de bactéries multirésistantes.

Et si la prochaine grande menace sanitaire ne venait ni d’un virus inconnu, ni d’une pandémie lointaine, mais de notre propre environnement immédiat ?

Et si les bactéries résistantes aux antibiotiques circulaient bien au-delà des murs des hôpitaux, dans l’eau que nous buvons, dans la viande que nous consommons, dans les entrailles des animaux d’élevage et jusque dans le corps des femmes enceintes ?

À Douala, une étude conjointe menée par la section Microbiologie du Laboratoire Hygiène et Environnement du Centre Pasteur du Cameroun et l’Institut Pasteur de Paris apporte des éléments de réponse pour le moins préoccupants. Fondée sur l’approche intégrée « Une Seule Santé », cette recherche a analysé des échantillons humains, animaux et environnementaux pour mieux comprendre la circulation des souches multirésistantes d’Escherichia coli.

Les résultats interpellent. Ils dérangent. Ils obligent à regarder en face une réalité que trop de personnes préfèrent ignorer.Les chiffres parlent d’eux-mêmes, et leur éloquence est glaçante. Cinquante-quatre pour cent des femmes enceintes étudiées étaient porteuses d’E. coli résistants. Soixante-dix pour cent des poulets analysés étaient contaminés par des bactéries multirésistantes.

Et jusqu’à quatre-vingt-treize pour cent des eaux usées contenaient ces mêmes bactéries résistantes. Autrement dit, la résistance aux antibiotiques n’est plus confinée aux services de réanimation ou aux blocs opératoires. Elle est partout. Dans les élevages, dans les cours d’eau, dans les foyers. Elle circule silencieusement, invisiblement, mais implacablement. Et chaque fois qu’un antibiotique est utilisé de manière inappropriée, chaque fois qu’une infection est traitée à l’aveugle, chaque fois que l’hygiène fait défaut, cette circulation s’accélère.L’étude ne s’est pas contentée de mesurer la présence de ces bactéries.

Elle a également identifié des clones bactériens à haut risque sanitaire. Le clone ST131 chez les femmes enceintes. Le clone ST10 chez les poulets. Ces lignées sont connues pour leur capacité à se propager rapidement et à résister à de multiples traitements. Pire encore, les chercheurs ont détecté des résistances à des antibiotiques de dernier recours, comme les carbapénèmes. Ces molécules sont souvent considérées comme l’ultime rempart contre les infections graves. Lorsqu’elles deviennent inefficaces, les options thérapeutiques se réduisent dangereusement.

La génomique, en révélant l’invisible, met en lumière des gènes de résistance, des plasmides capables de transférer ces résistances d’une bactérie à une autre, et des indices de circulation de lignées bactériennes entre humains, animaux et environnement. C’est toute une chaîne de transmission qui se dessine, une chaîne que l’approche « Une Seule Santé » permet enfin de visualiser dans son ensemble.Le message est clair, et il ne souffre aucune ambiguïté. L’antibiorésistance ne connaît pas de frontières entre les secteurs.

Ce qui se passe dans un élevage de poulets à Douala peut avoir des répercussions dans une maternité de Yaoundé. Ce qui est rejeté dans une rivière peut se retrouver dans l’assiette d’un consommateur. Ce qui est prescrit à la légère dans un centre de santé peut rendre inopérant un traitement vital des années plus tard. Sa maîtrise passe par une surveillance intégrée, un usage responsable des antibiotiques, l’amélioration de l’hygiène et de l’assainissement, ainsi que le renforcement de la recherche.

Aucune de ces actions ne peut être menée isolément. C’est ensemble, dans une approche globale et coordonnée, que le Cameroun pourra espérer contenir cette menace silencieuse. Car l’antibiorésistance n’est pas une fatalité.

C’est un défi que la science, la volonté politique et la responsabilité collective peuvent relever. À condition que chacun prenne la mesure de l’urgence.

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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