Un habitant sur quatre a déjà été exposé à des virus transmis par les moustiques. Une étude épidémiologique publiée le 23 septembre 2026 sur la circulation des arbovirus en Guinée révèle une situation particulièrement préoccupante dans les régions de Boké et Kindia, où le risque de flambée épidémique appelle à renforcer la surveillance sanitaire.
4,2 millions de cas de paludisme et 10 245 décès estimés en 2024, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Ces données témoignent du lourd fardeau que fait peser le paludisme sur la santé des populations en Guinée, particulièrement chez les enfants. Endémique dans tout le pays, la maladie demeure la principale cause de consultations médicales, d’hospitalisations et de décès à l’hôpital, ainsi que la première cause de mortalité chez les moins de cinq ans.
Pendant que le paludisme concentre l’essentiel de l’attention sanitaire, une autre famille de virus circule discrètement en Guinée : les arbovirus, terme issu de l’anglais Arthropod-Borne Viruses. Transmis principalement par des arthropodes comme les moustiques et les tiques, ils sont responsables de plusieurs maladies, notamment la dengue, le Zika ou encore la fièvre du Nil occidental. Leur circulation dans le pays était jusqu’ici peu documentée. Les résultats d’une récente enquête nationale apportent désormais de nouvelles données sur leur présence et soulignent la nécessité d’une surveillance accrue.
Un habitant sur quatre exposé
Les chiffres révélés par une nouvelle étude scientifique du Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guinée (CERFIG), publiée le 23 septembre 2026 dans l’International Journal of Epidemiology (Oxford Academic) sous le titre « Spatial distribution and factors associated with the seroprevalence of arboviruses in Guinea: a nationwide cross-sectional survey », interpellent. Réalisée à l’échelle nationale à partir de prélèvements effectués entre mai et juillet 2023, cette enquête apporte de nouvelles données sur l’exposition de la population guinéenne à plusieurs arbovirus. Les chercheurs ont étudié 1 098 personnes issues de 367 ménages et recherché dans leur sang des anticorps dirigés contre huit arbovirus, notamment ceux de la dengue, du Zika, du chikungunya, du virus du Nil occidental, de la fièvre de la vallée du Rift et de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo. Au total, 25 % des participants présentaient des anticorps contre au moins un de ces virus. Les proportions les plus élevées concernaient le Zika, avec 12 %, et le virus du Nil occidental, avec 11,6 %. À Boké, les anticorps contre le Zika étaient retrouvés chez 33 % des participants et ceux du virus du Nil occidental chez 15 %. À Kindia, ils atteignaient respectivement 22,9 % et 46,6 %. Ces résultats témoignent d’une exposition variable selon les territoires. Ils ne signifient toutefois pas qu’un Guinéen sur quatre est actuellement malade : la présence d’anticorps traduit une exposition antérieure au virus et non nécessairement une infection active au moment de l’étude.
Boké et Kindia : les épicentres de la menace
L’étude met également en lumière une « forte hétérogénéité spatiale », signifiant que le danger n’est pas réparti de manière égale sur le territoire. Deux régions se détachent particulièrement et virent au rouge : Boké et Kindia. Ces zones subissent de plein fouet une combinaison de facteurs environnementaux et humains.
L’urbanisation rapide, combinée à des conditions climatiques humides et à la présence de forêts ou de cultures, offre un terrain de reproduction idéal pour les moustiques du genre Aedes et Culex. À Boké et Kindia plus qu’ailleurs, d’après les experts, le réservoir de virus est désormais plein ; il ne manque qu’une étincelle pour que la situation ne dégénère en crise sanitaire.
L’urgence d’agir avant l’explosion
Face à ce constat, les scientifiques et les professionnels de la santé tirent la sonnette d’alarme. Le risque de voir surgir des flambées épidémiques majeures est désormais jugé “urgent”. Pour éviter un scénario de crise, la Guinée doit impérativement ajuster sa stratégie sur deux fronts. D’une part, il s’agit de consolider la surveillance épidémiologique. Les centres de santé locaux doivent être équipés en tests de diagnostic rapide pour cesser de traiter toutes les fièvres comme de simples accès palustres. D’autre part, les stratégies de contrôle vectoriel doivent être drastiquement intensifiées à Boké et Kindia notamment : la distribution massive de moustiquaires, l’assainissement urbain et la destruction systématique des eaux stagnantes où prolifèrent les larves. La bataille contre les arbovirus est ainsi engagée, et la Guinée n’a plus le temps d’attendre.
Les gestes du quotidien qui sauvent
En attendant le déploiement des mesures étatiques, la protection commence à la maison. Les autorités sanitaires rappellent des réflexes simples mais vitaux qui sont d’éliminer les eaux stagnantes dans les pneus usagés, les pots et les récipients autour des concessions (lieux de ponte des moustiques). Dormir sous une moustiquaire imprégnée, y compris pendant la sieste, car le moustique vecteur du Zika pique principalement le jour. Utiliser des répulsifs cutanés et porter des vêtements longs et clairs lors des périodes de forte activité des insectes.
Le renforcement de la surveillance épidémiologique et de la lutte contre les moustiques apparaît comme une étape essentielle pour anticiper l’évolution de ces arboviroses en Guinée.
Audray NDENGUE, Marie Chantale FAIDA








