Défigurée et privée de la parole après des tirs à bout portant, Bah Median Ekue renaît peu à peu grâce à la Fondation Ayah et à un impressionnant élan de solidarité nationale, couronnés par onze interventions chirurgicales salvatrices.
Le 7 avril 2018, à Botoh-Numba, dans la sous-division d’Upper Banyang, département de la Manyu, au Sud-Ouest du Cameroun, la vie de Bah Median Ekue, alors âgée de quinze ans, bascule tragiquement. Alitée et terrassée par la maladie, elle subit l’irruption soudaine d’hommes lourdement armés qui ouvrent le feu à bout portant et à plusieurs reprises. Une balle la défigure en plein visage dans un silence de mort. La jeune fille supplie pour que l’on épargne sa vie et, dans un sursaut inexplicable, échappe de justesse à un viol collectif. Convaincus qu’elle succombera à ses graves blessures, ses bourreaux l’abandonnent alors pour morte, sans jamais imaginer son incroyable survie face à l’horreur.
Le combat pour la survie et l’irruption de la Fondation Ayah
Les séquelles de cette agression d’une rare violence sont immenses : Median perd
complètement son nez, sa mâchoire, son œil droit, sa dentition, une grande partie de son visage et de ses voies respiratoires. Plongée dans un profond coma qui dure plusieurs semaines, elle est transportée en urgence de structures sanitaires précaires vers l’hôpital de Mbingo à Bamenda. Les médecins, extrêmement pessimistes, la déclarent entre la vie et la mort. Dans le service des soins intensifs, chaque heure de respiration arrachée à la mort s’apparente déjà à un véritable miracle médical.

Craignant le pire pour son avenir, ses proches et le personnel médical contactent alors la Fondation Ayah, une organisation humanitaire reconnue pour son engagement indéfectible auprès des victimes de la crise anglophone. La Fondation accepte immédiatement de prendre en charge l’intégralité du traitement de la jeune fille. Dès que nous avons été informés de son calvaire, nous sommes intervenus et avons assuré à l’équipe médicale que nous prendrions en charge tous les frais liés à son rétablissement, confie Ayah Ayah Abine, président de la Fondation. Cet engagement tient encore aujourd’hui grâce au soutien précieux de nombreux Camerounais de bonne volonté.
Les étapes d’un parcours chirurgical hors du commun
Bah Median subit en 2019 une première opération à Mbingo pour stabiliser ses voies respiratoires détruites, ce qui nécessite la pose d’une canule de trachéotomie qu’elle gardera pendant huit longues années. Huit années à respirer par un simple
orifice pratiqué au niveau du cou. Par la suite, une chirurgie plastique minutieuse reconstruit en partie son visage à l’aide de tissus et d’os prélevés directement sur son propre corps. Quelques mois plus tard, une nouvelle intervention corrige cette reconstruction et façonne une ébauche de nez pour remplacer celui qu’elle avait totalement perdu.

En 2022, une étape décisive est franchie au Ghana avec des ajustements majeurs visant à améliorer sa respiration et son apparence faciale. Puis, l’organisation ASIA vient à son tour lui prêter main-forte. L’os de sa mâchoire droite est entièrement reconstruit, tout comme ses voies ORL, au cours de quatre interventions majeures réalisées en une seule fois. Les résultats sont tout simplement exceptionnels, se réjouit le président de la Fondation. Entre ces opérations d’envergure, de nombreuses interventions mineures sont pratiquées en urgence pour parer à des situations critiques ou correctives. À ce jour, Bah Median a subi onze interventions chirurgicales au total, dont sept majeures : deux au Cameroun en 2019, une au Ghana en 2022, et quatre en Asie en 2026. Et le parcours n’est pas encore terminé.
Un appel à la solidarité pour financer la suite des soins
À vingt-trois ans, Bah Median Ekue poursuit son combat acharné entamé il y a huit ans après le drame qui a brisé sa jeunesse. Si elle a récemment retrouvé l’usage de la parole et de ses voies respiratoires naturelles, son calvaire médical est loin d’être achevé. Environ quatre interventions chirurgicales majeures sont programmées
pour le début de l’année prochaine afin de reconstruire entièrement sa mâchoire, l’ensemble de ses voies ORL, sa langue, son nez, ainsi que de remodeler sa bouche et de procéder à une pose complète d’implants dentaires.
Le coût de ce nouveau cycle de soins est estimé à près de 65 000 dollars américains, soit plus de 37 millions de francs CFA. À ce jour, environ 16 millions de FCFA ont pu être rassemblés grâce à une formidable chaîne de solidarité menée par des figures engagées telles que Yegwe Fidèle Warman, Nzui Manto, MiMi Mefo, ainsi que Kaba et Pato du Nde237, sous la houlette bienveillante de la Fondation Ayah. Grâce à leur mobilisation, la moitié du budget a été réunie, mais l’autre moitié reste encore à trouver d’urgence. Ce montant pourrait même augmenter en raison des frais de séjour prolongé ou des allers-retours indispensables entre le Cameroun et l’Asie.
Une lueur d’espoir au bout du tunnel
Le 2 septembre 2026, un message bouleversant partagé sur les réseaux sociaux annonce une immense victoire : après huit années d’une trachéotomie consécutive à son agression, Bah Median a enfin retrouvé ses voies naturelles. En Asie, grâce à la Fondation Ayah, elle a commencé à respirer par le nez et la bouche avec une semaine d’avance sur le calendrier prévu. Ce premier miracle s’est accompagné d’un second tout aussi marquant : le retour tant attendu de sa voix, après quatre interventions lourdes qui l’avaient réduite au silence total.
Toutefois, la route vers la guérison complète comporte encore de lourdes épreuves. Sur le plan ophtalmologique, les nouvelles sont particulièrement sévères : l’œil droit a subi l’essentiel de l’impact des tirs et ne présente plus que moins de 2 % de chances de recouvrer la vue, tandis que l’œil gauche demeure également gravement menacé. Pourtant, portée par une résilience extraordinaire, Bah Median a accueilli ces diagnostics difficiles avec le sourire, pleinement heureuse de ce don de la vie et de ces premiers pas décisifs vers sa renaissance humaine et physique.
Le cœur d’une martyre et l’urgence d’agir
Bah Median se souvient pourtant de tout dans les moindres détails. Elle a longuement raconté le déroulement de cette journée du 7 avril 2018 où sa vie a basculé, passant du statut de jeune fille courtisée à celui d’une personne isolée que l’on fuyait du regard. Elle se rappelle l’apparence et l’identité de ses agresseurs. En parlant ainsi, elle affirme se sentir libérée plutôt que de laisser son cœur saigner intérieurement. Il est certes révoltant et douloureux d’entendre ces révélations inédites, mais cette libération verbale participe pleinement à son processus de guérison psychologique et mémorielle.
La Fondation Ayah fait face à un défi crucial : s’affranchir définitivement de la canule de trachéotomie après des tests rigoureux de ses voies aérodigestives supérieures. Reste ensuite sept opérations pour lui redonner une vie totalement normale, lui permettre de sourire et de manger sans douleur. Au-delà de la chirurgie pure, la fondation orchestre un suivi psychologique indispensable contre le stress post-traumatique. Cet accompagnement s’étend à son éducation, à l’apprentissage des gestes quotidiens, à un régime alimentaire strict et à la présence permanente d’une infirmière privée, entièrement pris en charge par l’organisation.
Une vie entière à reconstruire
Bah Median Ekue n’est pas qu’un simple visage martyrisé par la folie des hommes. Elle est une jeune femme de vingt-trois ans qui rêve simplement de vivre, de parler sans difficulté, de sourire sans honte, de travailler, de prendre soin d’elle et de s’intégrer à la société sans redouter le regard des autres. Déclenchée en 2016, la crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun a provoqué une grave crise humanitaire, faisant des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés. Derrière chaque statistique froide se cachent des destins brisés qui luttent pour survivre. Bah Median Ekue incarne l’un de ces visages les plus poignants et les plus douloureux de notre histoire récente.









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