L’ONACC prévoit des précipitations abondantes sur une grande partie du Cameroun entre septembre et novembre 2026. À Yaoundé, où l’urbanisation gagne les versants, les risques d’inondations et de mouvements de terrain soulèvent des inquiétudes. Le drame de Nkomo relance les interrogations sur la prévention et la protection des habitants.
Les pluies des mois de septembre, octobre et novembre 2026 appellent à la vigilance. Dans sa 36ᵉ édition du bulletin saisonnier, l’Observatoire national sur les changements climatiques (ONACC) annonce des précipitations abondantes sur la majeure partie du territoire national. Dans le secteur environnemental, l’institution signale notamment des risques d’inondations, de noyades, de glissements de terrain, ainsi que de foudre et de vents violents.
Yaoundé figure parmi les localités exposées aux inondations, en raison des pluies intenses et de l’obstruction des voies de drainage. Ces prévisions prennent une résonance particulière après l’éboulement meurtrier survenu le 16 septembre à Nkomo, dans l’arrondissement de Yaoundé IV, où quatre membres d’une même
famille auraient perdu la vie.
Une ville exposée aux mouvements de terrain
Au-delà de ce drame, les conditions d’urbanisation de la capitale interrogent. Pour l’environnementaliste Joël JAMBONG, les glissements de terrain résultent d’une combinaison de facteurs naturels et anthropiques. « Yaoundé est une ville de sept collines, soumise à un climat équatorial à double maximum pluviométrique », explique-t-il.
Selon l’expert, certaines pentes peuvent dépasser 20 à 30 %, notamment dans des quartiers comme Akok-ndoé, Mendong ou Mewoulou. Les précipitations intenses saturent les sols, réduisent leur cohésion et peuvent déclencher des mouvements de masse.
À ces facteurs naturels s’ajoutent la déforestation, les terrassements et l’occupation des versants. Joël JAMBONG indique qu’entre 1965 et 1992, plus de 3 000 hectares de forêt auraient été détruits autour de Yaoundé pour la construction. Il évoque également une réduction de la couverture végétale dans certains secteurs urbains.
La disparition de la végétation prive les sols d’un ancrage racinaire, tandis que les travaux de construction modifient les écoulements naturels de l’eau. « C’est un système à risque cumulatif », résume l’environnementaliste.
Construire dans les zones vulnérables
Derrière l’occupation des versants se trouvent des réalités économiques et sociales. Le coût des terrains aménagés, la pression démographique et le manque de logements accessibles peuvent pousser certaines familles à rechercher des parcelles moins coûteuses.
Pour Joël JAMBONG, construire sur des pentes sans étude géotechnique ni mesures de stabilisation constitue un facteur de vulnérabilité. Il cite notamment que creuser les terrains, ajouter de la terre pour les remblayer et recouvrir les sols de béton ou de goudron peuvent augmenter les risques d’éboulement et d’inondation.
L’expert affirme par ailleurs que 54 % des maisons construites sur des pentes à Yaoundé VI ne disposeraient d’aucune mesure de prévention.
La situation soulève une question sociale majeure : comment concilier le besoin de logement des populations avec les impératifs de sécurité et de planification urbaine ?
Des conséquences sanitaires en cascade
Les catastrophes liées aux pluies ne se limitent pas aux pertes humaines et matérielles. La destruction des latrines, des points d’eau et des réseaux d’assainissement peut favoriser la contamination des ressources hydriques et accroître les risques de maladies diarrhéiques.
Les routes endommagées peuvent également compliquer l’accès aux établissements de santé et ralentir les secours. À cela s’ajoutent les traumatismes psychologiques liés à la perte d’un proche, d’un logement ou des moyens de subsistance.
Sur le plan environnemental, les glissements de terrain accélèrent l’érosion, détruisent la végétation et peuvent entraîner des boues et des déchets vers les cours d’eau.
Renforcer la prévention
Pour réduire ces risques, l’environnementaliste propose d’identifier les zones dangereuses, de surveiller les quantités de pluie et de réaménager les caniveaux pour faciliter l’évacuation de l’eau. Il insiste aussi sur la nécessité de mieux organiser les constructions, de replanter des arbres et d’aider les habitants qui vivent dans les zones exposées.
Les alertes de l’ONACC constituent un outil de vigilance, mais leur efficacité dépend aussi de la capacité des autorités à informer les habitants et à prendre des mesures préventives.
À Yaoundé, la prévention des catastrophes environnementales nécessite ainsi une approche qui associe aménagement urbain, protection des populations et santé publique. Anticiper les risques, c’est aussi réduire les conséquences humaines des catastrophes.







