Une réunion transfrontalière sur la coordination de la lutte contre le choléra, la Mpox et la maladie à virus Ebola dans le bassin du lac Tchad se tient depuis hier, lundi 2 novembre 2026, à Douala.
En effet, le Cameroun accueille ses voisins pour examiner les risques sanitaires communs et définir des modalités pratiques de surveillance, de préparation et de riposte le long de leurs frontières communes. Les responsables sanitaires de quatre pays vont donc discuter pendant trois jours, à savoir le Tchad, le Nigeria, la République centrafricaine et le Cameroun. L’objectif est de renforcer la coordination transfrontalière de la lutte contre le choléra, en priorité, notamment la détection précoce et la riposte rapide entre le Cameroun, le Tchad et le Nigeria. Il sera question d’évaluer les mécanismes existants de surveillance et de coordination du choléra afin d’« améliorer le partage d’informations, la préparation et la riposte coordonnée face à d’autres maladies prioritaires à potentiel épidémique, notamment la Mpox et la maladie à virus Ebola », nous fait-on savoir.
Les travaux sont organisés et coordonnés par la Croix-Rouge internationale, qui a fait appel au Groupe spécial mondial pour la lutte contre le choléra (GTFCC). Un organe chargé de l’appui aux pays et qui soutient le gouvernement camerounais dans « la réalisation de la feuille de route mondiale visant à maîtriser le choléra en tant qu’urgence de santé publique d’ici 2030 ». Au menu : 12 sessions avec 3 modules clés, à savoir comprendre la situation épidémiologique et les risques transfrontaliers ; renforcer la coordination technique et les mécanismes opérationnels conjoints ; et passer des accords techniques aux actions conjointes et à la redevabilité.
Chaque module a son objectif précis. Pour le premier, il est question de « parvenir à une compréhension commune des risques régionaux, des mécanismes de coordination existants et des insuffisances opérationnelles ». Le second, quant à lui, vise à « définir des modalités pratiques de surveillance, de coordination VCO/EHA et de préparation et de riposte transfrontalières ». Enfin, les participants vont « convenir d’un mécanisme de coordination opérationnel, examiner les dispositions techniques proposées et valider techniquement un plan d’action conjoint assorti d’échéances, sous réserve des procédures institutionnelles applicables ».
Une feuille de route transfrontalière
C’est d’ailleurs la grande préoccupation du ministre camerounais de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie, qui a présidé la cérémonie d’ouverture. Pour le Minsanté, « cette réunion
vise à avoir une feuille de route transfrontalière pour dire que lorsque nous avons une information au Cameroun, on n’a pas besoin d’être sollicité par une République sœur pour donner l’information. Nous devons donner en temps réel l’information et, à ce moment-là, chaque pays prend des dispositions pour pouvoir renforcer la surveillance et surtout un diagnostic rapide et une prise en charge également optimale ». Cela relève tout simplement de la « mise en commun de nos feuilles de route, de nos visions en ce qui concerne la lutte contre les épidémies et les pandémies. Je voudrais dire que c’est de là que nous devons pouvoir arriver à appliquer ce que nous avons comme dispositions sur les frontières dans le règlement sanitaire international. À mi-parcours, nous n’avons pas atteint les objectifs fixés, mais nous pouvons accomplir davantage en travaillant ensemble », a déclaré le Dr Manaouda Malachie.
Pour Alberto Bocanegra, « on veut, à travers cette séance, essayer d’avoir un échange entre tous les acteurs pour essayer de mettre en place des systèmes et des mécanismes régionaux qui puissent limiter l’effet du choléra pour l’élimination totale en 2030 », a déclaré le chef de délégation de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, cluster de Yaoundé.
C’est donc dire qu’il faut « répondre aux flambées épidémiques, nous devons mettre l’accent sur des actions durables en établissant des liens entre les interventions d’urgence et les systèmes de routine. Les investissements réalisés lors des flambées devraient renforcer les systèmes de santé communautaire, de nutrition, d’orientation et d’information utilisés au quotidien », a relevé Olu Daniels Ibiyemi, venu du Nigeria.
Pour revenir sur le choléra, les statistiques dans les pays du bassin du lac Tchad sont révélatrices. Ainsi, au Cameroun, au 30 octobre 2026, 3 103 cas et 94 décès ont été enregistrés depuis le début de l’année, avec une transmission toujours active dans les régions de l’Extrême-Nord et du Nord.
Nigeria : 73 416 cas et 493 décès
Au Tchad, 1 431 cas et 60 décès ont été rapportés sur la même période. Au Nigeria, 73 416 cas et 493 décès ont été notifiés, et en République centrafricaine, 784 cas et 46 décès. « Ces chiffres décrivent à suffisance une réalité épidémiologique régionale qui appelle une vigilance commune et des décisions coordonnées », a relevé le Dr Manaouda Malachie.
Les travaux vont s’achever le mercredi 4 novembre 2026 par cette 12e session, qui portera sur l’examen en plénière et la validation technique. Les responsables de l’OCEAC et les chefs des délégations du Tchad, du Nigeria et de la RCA vont se pencher sur « les modalités de coordination, la feuille de route de surveillance, le cadre de coopération VCO et le plan d’action conjoint », apprend-on.
Le rôle joué par la Croix-Rouge camerounaise est remarquable. Il est donc établi que : « La Croix-Rouge camerounaise peut apporter son appui à la cartographie des risques, à la surveillance communautaire, au traitement de l’eau à domicile, à la mobilisation en faveur de la vaccination, aux activités d’eau, d’hygiène et d’assainissement (EHA/WASH) », ainsi qu’aux « mécanismes de retour d’information dans les districts à haut risque, en tant qu’auxiliaire des pouvoirs publics dans le domaine humanitaire ». De même, « la Croix-Rouge camerounaise poursuit ses efforts pour renforcer sa plateforme de formation médicale et de premiers secours,
qui peut contribuer au développement des ressources humaines nationales », avons-nous appris.
Il est à rappeler qu’en juin 2018, une recommandation avait été faite à N’Djamena, au Tchad, pour le contrôle et la prévention du choléra dans le bassin du lac Tchad. Il avait donc été dit d’« engager un plaidoyer auprès des gouvernements des pays du bassin du lac Tchad pour l’accélération de la contribution et l’opérationnalisation du Fonds africain d’urgence en santé publique afin de soutenir les activités transfrontalières de lutte contre le choléra ». Cela avait été adressé aux commissions économiques régionales (CEDEAO, CEEAC) et à la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT). Les objectifs poursuivis sont loin d’être atteints. D’où l’appel du ministre camerounais de la Santé publique : « Face à ces menaces, le renforcement de la collaboration transfrontalière entre nos États constitue un impératif de sécurité sanitaire collective. Il nous appartient d’institutionnaliser les mécanismes de concertation et de communication, d’harmoniser, autant que possible, nos procédures et outils de surveillance aux points d’entrée, ainsi que nos protocoles de gestion des déplacements éventuels de cas suspects à travers nos frontières communes », a lancé Manaouda Malachie.
Alphonse JENE












