Réunis à Yaoundé, les acteurs de la santé et de la diplomatie ont salué les avancées de la médecine connectée. Porté par la Fondation Recover, ce modèle technologique et humain prouve que le numérique peut briser l’isolement sanitaire des zones rurales et concrétiser l’accès aux soins pour tous.
En ouvrant les travaux, Chinmoun Oumarou secrétaire général du ministère des Relations extérieures, représentant de son excellence monsieur le ministre des relations extérieurs a tenu à présenter l’état des lieux du système de santé au Cameroun : « Si plus de 60 % des Camerounais vivent en milieu urbain, plus de 70 % des difficultés d’accès aux soins se concentrent dans les zones rurales ». Face à ce déséquilibre criant, l’équation sanitaire reste complexe : une pénurie sévère de spécialistes, des coûts de transport prohibitifs pour les familles et un engorgement systématique des hôpitaux centraux.
C’est pour répondre à ce défi majeur que le ministère des Relations extérieures (MINREX) a accueilli ce 23 septembre 2026 à Yaoundé, à l’initiative de la Fondation Recover Cameroon, un séminaire national d’envergure dédié à la télémédecine. L’objectif partagé par les décideurs publics, les professionnels de santé et les experts est clair : faire de la santé numérique un droit humain fondamental et un outil d’équité territoriale.
La Fondation Recover : une coopération horizontale et autonome
Au cœur des échanges, l’expérience de la Fondation espagnole Recover s’impose comme un modèle d’innovation salué par le gouvernement camerounais. A travers une plateforme numérique entièrement gratuite, la fondation connecte les centres de santé locaux à un réseau international de spécialistes (cardiologues, neurologues, pédiatres).
Prenant la parole lors de son allocution, Juan Pedro Perez Gomez Delaunay,
Ambassadeur du Royaume d’Espagne au Cameroun a tenu à rappeler que, loin d’une posture humanitaire classique, ce dispositif aide à renforcer les systèmes de santé : « cette approche repose sur un principe simple et essentiel, permettre à chacun d’avoir accès à des soins de qualité, à la formation médicale ». À ce titre, il repose sur trois piliers fondamentaux que sont : l’assistance médicale à distance pour apporter une aide directe au diagnostic et traiter les cas complexes locaux, la médiathèque numérique conçue comme un espace de partage de ressources pédagogiques, de guides et de vidéos, ainsi que la communauté d’apprentissage qui offre un cadre collaboratif permettant un échange continu entre pairs et un véritable transfert de compétences pour autonomiser durablement les soignants locaux.
L’impact de ce réseau est déjà mesurable. Depuis son lancement en 2013, le programme rassemble 182 volontaires internationaux, 522 professionnels locaux et 92 structures sanitaires dans 8 pays africains. Il traite en moyenne 300 cas complexes par an, à l’instar de ce nouveau-né prématuré hospitalisé à Njisse à Foumban région de l’Ouest Cameroun, dont la prise en charge a été sauvée grâce aux directives à distance d’une pédiatre du réseau le Dr Katie. Pour fluidifier ces échanges, Recover a modernisé son outil afin de réduire drastiquement les délais de réponse, souvent bloqués par les contraintes de connectivité.
Infrastructures et cadre légal : les défis du passage à l’échelle
Pour le gouvernement camerounais, cette initiative s’inscrit dans la Stratégie Nationale de Santé Numérique, qui ambitionne d’équiper 70 % des formations sanitaires. Cependant, la généralisation de la e-santé à l’échelle nationale nécessite de lever d’importants verrous comme l’a révélé, le Dr. Albert ZE, chercheur en économie de la santé. L’expert rappelle les prérequis techniques indispensables : la sécurisation de l’alimentation électrique (solaire, groupes électrogènes), le déploiement de la fibre optique (de 512 kbps pour une consultation à 4 Mbps pour l’imagerie), la protection des données via des datacenters locaux et l’interopérabilité des applications. Sur le plan institutionnel, les efforts doivent désormais porter sur la consolidation du cadre réglementaire, la formation continue et le financement pérenne.
Un pilier vers l’horizon 2030
Comme l’explique le Dr Albert Ze, chercheur en économie de la santé, la télémédecine apporte une valeur ajoutée structurante. En formalisant les actes et la tarification, elle sécurise le panier de soins. En permettant à un infirmier de zone rurale d’effectuer des actes complexes guidés à distance, elle évite la saturation des
hôpitaux de référence et réduit le renoncement aux soins des ménages les plus défavorisés.
En transformant la médecine connectée en une composante intégrée du service public, le Cameroun pose les jalons d’un écosystème de santé inclusif, souverain et centré sur l’humain, traçant ainsi une voie solide vers la Couverture sanitaire universelle à l’horizon 2030.
Réactions : « Ce que nous faisons, c’est aider au diagnostic dans près de 4 000 cas qui arrivent de différents centres de santé au Cameroun, spécialement dans les zones rurales »

Nous remercions le ministère des Relations extérieures et l’ambassadeur du Royaume d’Espagne pour sa présence. Ce que nous faisons, c’est aider au diagnostic dans près de 4 000 cas qui arrivent de différents centres de santé au Cameroun, spécialement dans les zones rurales. C’est très important de tenir compte du fait que dans les zones rurales, dans les communautés, dans les villages, il y a très peu de médecins cadres. Il y a donc beaucoup d’infirmiers qui ont besoin d’un renforcement de leurs capacités. À travers la télémédecine, c’est utile, très durable, efficace. On crée des communautés d’apprentissage, on partage des cas. Avec un simple téléphone il ne faut même pas d’ordinateur, c’est une plateforme numérique ouverte à tous les centres qui souhaitent y participer ; il faut s’inscrire. Ensuite, avec des photographies et des commentaires, ils présentent les cas et reçoivent l’appui de nombreux volontaires espagnols, mais aussi d’autres pays
comme l’Argentine, l’Allemagne, les Royaume-Unis, le Canada. C’est une façon de renforcer la coopération internationale. Et il peut aussi y avoir une coopération sud-sud. Par exemple, l’Argentine : on peut renforcer cette façon de coopérer, parce que la télémédecine ne substitue pas le présentiel, mais elle le complète et peut aider beaucoup, spécialement là où l’accès aux soins n’est pas si facile et où les centres de santé sont très éloignés des communautés rurales, comme Son Excellence le Secrétaire général l’a dit dans son discours.
« La télémédecine est un outil qui va beaucoup aider le Cameroun, et c’est une perspective gagnant-gagnant »

La contribution de l’Espagne au Cameroun en termes de soins de santé : aujourd’hui, dans ce siège du MINREX, nous sommes extrêmement fiers de pouvoir participer, d’accompagner la Fondation Recover, dans ce séminaire qui aborde l’un des sujets les plus importants par rapport à la médecine, à savoir l’appui de la télémédecine.
Comme l’a dit la directrice générale, Martha, c’est un outil qui va beaucoup aider le Cameroun, et c’est une perspective gagnant-gagnant, et même une coopération, je dirais, pas seulement nord-sud, mais sud-sud. Nous pouvons apporter une aide à ce pays qui est, comme je l’ai dit lors de mes mots d’allocution, tellement divers du point de vue territorial et démographique. Je parlais avec Son Excellence Monsieur le Secrétaire général du MINREX du fait que ce pays a une population très
importante dans les milieux ruraux, et que des outils comme la télémédecine peuvent apporter une grande aide et faire progresser l’accès aux services de santé.











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