Fuyant Boko Haram, ces familles s’entassent depuis le 10 septembre dans l’enceinte Yaya Daïrou. Sans dispositif sanitaire, elles font face à une menace critique de choléra dans une région en alerte maximale.
Ce lundi 28 septembre 2026, la vie s’organise tant bien que mal dans l’enceinte du stade. Sur le sable qui tient lieu de pelouse, des enfants jouent. Les gradins servent de lieux de couchage. À quelques mètres, les hommes discutent en petits groupes pendant que les femmes s’affairent autour des marmites. Derrière cette apparente normalité se cache une inquiétude majeure : aucun dispositif sanitaire dédié n’a été mis en place pour ces déplacés.
Originaires des localités de Salé et Zizague, dans l’arrondissement de Waza (département du Logone-et-Chari), ces familles vivent dans des conditions précaires. Hommes, femmes et enfants dorment dans les gradins, se nourrissent comme ils peuvent et se protègent tant bien que mal des intempéries. « Nous sommes à la merci des moustiques et du froid lorsqu’il pleut.
Mais c’est beaucoup mieux que de vivre tout le temps stressé », confie une mère de famille rencontrée sur le site. Un témoignage qui traduit une exposition quotidienne, notamment pour les enfants, à des risques sanitaires bien réels.Cette situation intervient alors que l’Extrême-Nord traverse une période de vigilance accrue contre le choléra. Or, la forte concentration de personnes dans un même espace, les difficultés d’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène constituent autant de facteurs de risque.
Dans un tel contexte, une simple défaillance dans la gestion de l’eau ou des déchets peut favoriser l’apparition et la propagation rapide de maladies hydriques.Au-delà de la nourriture et des abris, ces déplacés ont donc besoin d’un accompagnement sanitaire urgent et organisé. Il s’agit d’abord de garantir l’accès à l’eau potable, de construire des latrines en nombre suffisant et d’installer des dispositifs de lavage des mains.
Il faut aussi assurer la gestion des déchets, sensibiliser les familles aux mesures de prévention du choléra, mettre en place une surveillance épidémiologique et prévoir une prise en charge rapide des éventuels cas de maladie.Le volet médical n’est pas le seul en cause. Selon les témoignages recueillis, les exactions terroristes ont laissé de profondes séquelles physiques et psychologiques dans ces communautés. « Ici, presque tout le monde a perdu un membre cher, ou s’est retrouvé avec une jambe coupée ou quelque signe physique ou psychologique à cause de la nébuleuse », affirme Danah Abdoulaye, déplacé.
Ces blessures, visibles ou non, appellent une prise en charge médicale et un soutien psychosocial que le stade ne permet pas encore d’offrir.La détresse se lit aussi dans les récits du quotidien vécu avant l’exil. « On ne peut pas sortir le jour ni dormir la nuit », raconte Saïd Hassan, un septuagénaire. Il explique que les hommes veillaient, fusils de chasse en main, par crainte d’être surpris dans leur sommeil.
Des nuits sans repos, une peur permanente, puis l’abandon des maisons, des écoles et des champs : ces épreuves fragilisent durablement la santé mentale des familles, dont les plus jeunes et les plus âgés.Depuis leur arrivée, les déplacés ont reçu la visite des autorités administratives de la région de l’Extrême-Nord. Les forces de sécurité, elles, sont présentes pour assurer leur encadrement et sécuriser la zone d’installation. Mais la question sanitaire reste entière. D’autant que, selon Danah Abdoulaye, d’autres proches continuent d’arriver « par vagues », ce qui laisse craindre une pression croissante sur un site qui n’a pas été conçu pour accueillir autant de monde.
Pour beaucoup de ces familles, aucun retour n’est envisageable à court terme. Maroua n’est pas forcément une destination définitive : plusieurs souhaitent rejoindre d’autres localités qu’elles jugent plus sûres et plus stables. En attendant, leur séjour au stade risque de se prolonger, avec les dangers sanitaires que cela suppose.Pour ces personnes qui ont tout abandonné afin d’échapper à l’insécurité, la protection ne saurait se limiter à la sécurité physique.
Dans un contexte marqué par le risque de maladies hydriques, leur accueil doit intégrer une réponse sanitaire adaptée à leur vulnérabilité, avant qu’une crise de santé publique ne s’ajoute à la crise humanitaire.









