Un an après les états généraux : promesses, mais peu de changement sur le terrain. Le financement reste bloqué, les rues encombrées.
Il y a un an, la capitale politique camerounaise accueillait les États généraux sur la gestion des ressources en déchets urbains. Face à l’amoncellement chronique des immondices à Yaoundé, Douala et dans la plupart des chefs-lieux régionaux, l’État, les collectivités locales et les opérateurs privés posaient un diagnostic sans concession : le Cameroun produit plus de 6 millions de tonnes de déchets par an, mais le taux de collecte peine à dépasser les 50 à 70 % selon les zones. L’événement promettait une rupture majeure, actant le passage d’une simple logique d’« évacuation des ordures » à une stratégie globale de « valorisation des ressources ». Un an plus tard, quel est le bilan sur le terrain ? Si le cadre théorique a incontestablement progressé, les résultats tangibles pour le citoyen restent encore très contrastés.
La théorie en marche : cadrage et décentralisation
Le principal acquis de cette première année réside dans la clarification de la feuille de route. La vision gouvernementale s’est structurée autour d’un grand projet de Code sur les ressources en déchets urbains, pensé pour adapter le cadre réglementaire aux exigences de la décentralisation.
Sur le terrain administratif, une dynamique s’amorce : les communes d’arrondissement prennent progressivement la main sur la pré-collecte. Dans plusieurs quartiers enclavés ou à forte pente inaccessibles aux gros camions de la société Hysacam ou des autres prestataires, des associations locales, des GIC et des PME émergent. Équipés de tricyles ou de bacs tractés, ces acteurs assurent le ramassage au plus près des ménages. C’est la victoire la plus visible de ces douze derniers mois : la création d’un tissu micro-économique local autour de la propreté.
De plus, l’idée de l’économie circulaire fait son chemin. Les initiatives privées de recyclage des plastiques en pavés écologiques ou de transformation des matières organiques en compost se multiplient, soutenues par une prise de conscience globale de la valeur économique du déchet.
Les goulots d’étranglement : l’épreuve du réel
Cependant, le constat reste amer dès lors qu’on parcourt les grandes artères commerciales ou les marchés populeux. Les montagnes d’ordures, bien que plus mobiles qu’auparavant, continuent de faire partie du paysage urbain.
Le principal point de blocage demeure le nerf de la guerre : le financement. La promesse phare des États généraux à savoir : la création d’un compte d’affectation spéciale pour sanctuariser la quote-part des droits d’accises et garantir le paiement
régulier des collecteurs se heurte encore aux lourdeurs budgétaires. Sans trésorerie fluide, les opérateurs majeurs continuent de subir des arriérés de paiement qui paralysent périodiquement leur flotte de véhicules.
Par ailleurs, le déficit d’infrastructures lourdes reste criant. La transition promise vers des plateformes de regroupement modernes et la fermeture des décharges sauvages avancent à pas de tortue. Enfin, l’incivisme urbain persiste : faute de brigades municipales véritablement dissuasives, les dépôts anarchiques le long des voies publiques demeurent un réflexe solidement ancré.
Vers l’an II : l’urgence de l’impact
Un an après ses état généraux de la gestion des déchets , le Cameroun n’a pas encore résolu son équation de la salubrité publique, mais il a au moins arrêté de cacher la poussière sous le tapis. L’année écoulée aura été celle de la gestation administrative et des tâtonnements locaux. Pour que cette réforme ne finisse pas au rayon des vœux pieux, la deuxième année devra impérativement concrétiser le mécanisme de financement pérenne et accélérer la construction des centres de tri. L’assainissement de nos villes ne se jouera plus dans les salons de conférence, mais bien au fond des bacs à ordures.









