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État civil au Cameroun : 9 décès sur 10 non déclarés par an

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Ces décès jamais officiellement déclarés dans le pays, privent les familles de leurs droits et faussent les statistiques sanitaires. La plateforme Cameroon Memoria, présentée le 26 août 2026 au COUSP de Yaoundé, entend combler ce gouffre en certifiant chaque décès en moins de deux heures, sans aucun coût pour l’État.

Ils sont près de 198 000 chaque année à disparaître des radars de l’État. Aucun acte, aucune trace numérique, aucun droit transmis. Au Cameroun, plus de neuf décès sur dix (90 %) ne donnent lieu à aucune déclaration officielle. Un gouffre statistique et humain qui prive les familles de leurs successions, fausse les politiques de santé publique et laisse l’état civil sans visibilité sur sa propre démographie. Pourtant, le pays compte 29 millions de connexions mobiles (dont 87,5 % en haut débit) et 12,6 millions d’internautes. C’est ce paradoxe que la plateforme Cameroun Memoria (www.cameroonmemoria.cm) entend résoudre, en faisant de l’hommage rendu au défunt le levier même de sa régularisation administrative.

Une assise placée sous le signe du partenariat public-privé-diaspora

C’est au Centre de Coordination des Urgences de Santé publique (COUSP) de Messa-Yaoundé que s’est tenue, ce mercredi 26 août, la réunion de présentation de cette solution numérique, couplée à l’examen et à la validation du protocole d’accord tripartite entre le Ministère de la Santé publique (MINSANTE), le Bureau National de l’État Civil (BUNEC) et la société 2B Memoria SARL. L’instance était présidée par le Secrétaire général du MINSANTE, représentant le ministre empêché, le Dr MANAOUA Malachie.

Dans son mot d’ouverture, le Secrétaire général a d’emblée inscrit la rencontre dans un double contexte stratégique. D’une part, « la poursuite de l’excellente collaboration entre le MINSANTE et le BUNEC », concrétisée par un mémorandum et,

récemment, par la publication du premier rapport annuel sur les causes de décès en milieu hospitalier (2025). D’autre part, « la capitalisation du potentiel de la diaspora camerounaise », via la plateforme diaspora.minsante.cm lancée cette année pour inciter les fils du pays à investir dans le secteur santé, « en ces temps de rareté des ressources financières ».

C’est précisément dans ce cadre que l’initiative des compatriotes venus de Belgique a été accueillie favorablement. Le Secrétaire général a salué l’apport d’une « fonctionnalité complémentaire, sans engager les dépenses de l’État », destinée à capter les données de décès là où le système actuel est encore aveugle : les décès en milieu communautaire qui transitent directement par les morgues sans passer par le DHIS2, ou ceux qui sont immédiatement inhumés sans aucune notification au SIGEC du BUNEC. « J’émets le vœu que le cadre de collaboration fasse l’objet d’une attention favorable pour une soumission à la signature de Monsieur le Ministre », a-t-il déclaré, avant de souhaiter des travaux sereins et d’ouvrir officiellement les débats.

Le co-fondateur expose la genèse du projet avec une formule percutante : « La plateforme Cameroon Memoria est née d’un constat simple : seulement 10 % des décès aboutissent à l’établissement d’un acte officiel ». Ce manque, selon lui, « pénalise l’élaboration des politiques publiques, car les statistiques de décès sont indispensables pour planifier les actions de santé, de protection sociale et d’aménagement du territoire ».

Forte de quinze ans d’expérience à la tête du service d’état civil d’une commune bruxelloise, elle apporte la vision stratégique. « Notre ambition est simple : transformer chaque décès en acte de décès et en données vitales ». Elle décline l’architecture de la solution en cinq piliers : accessibilité (gratuité totale de l’annonce de base), sécurité (les causes médicales ne sont jamais transmises ni publiées), fiabilité (suivi documentaire assuré), exhaustivité (espace mémoriel et marketplace intégrés) et interopérabilité avec les systèmes publics. Elle martèle un principe fondamental : « Honorer un proche ne doit jamais dépendre des moyens financiers d’une famille. L’inscription de chaque décès dans la mémoire collective est un droit inhérent à la dignité humaine, non un privilège réservé à quelques-uns ».

La démonstration technique a révélé un circuit de la donnée d’une précision extrême. « La page d’accueil est bilingue (français/anglais). Les annonces reprennent les données transmises par le BUNEC – civilité, nom, date de décès – et ces données sont strictement non modifiables, même par la famille. Seul le BUNEC peut les corriger », a-t-il expliqué. Le flux opérationnel se déroule en cinq étapes verrouillées : saisie du décès dans le DHIS2 du MINSANTE en formation sanitaire ou en morgue ; transmission au Système intégré de Gestion de l’État Civil (SIGEC) du BUNEC pour certification ;

transfert par lot quotidien chiffré vers la plateforme ; publication de l’annonce sous deux heures ; et notification immédiate de la famille par SMS, avec l’indication précise du centre d’état civil compétent pour établir l’acte.

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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