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Financement climat : Le Cameroun concerné par les blocages pointés par l’OCDE et l’OIF

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Un rapport inédit de l’OCDE et de l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) révèle pourquoi les financements climat et biodiversité peinent à atteindre les pays qui en ont le plus besoin un constat qui résonne aussi pour le Cameroun, confronté comme d’autres pays francophones à ces mêmes défis d’accès aux fonds internationaux.

En 2023, le financement public international pour le climat a atteint 139,7 milliards de dollars, et 27,7 milliards pour la biodiversité. L’étude, basée sur six cas nationaux (Arménie, Gabon, Madagascar, Sénégal, Sainte-Lucie, Togo), visait au départ à comprendre pourquoi les pays francophones, dont le Cameroun, ont le sentiment de recevoir moins de financements climatiques que les pays anglophones. « Au départ, nous voulions comprendre pourquoi les pays francophones, en particulier, avaient le sentiment de recevoir moins de financement climatique que les pays anglophones », explique Juan Casado-Asensio, économiste à l’OCDE et coauteur du rapport. Une analyse économétrique plus poussée nuance toutefois ce constat : les pays francophones se situent à des niveaux comparables, voire supérieurs, notamment en matière de

biodiversité. Pour Lionelle Ngo Samnick, coordinatrice de projets à l’IFDD et co-autrice du rapport, la barrière linguistique souvent pointée du doigt « n’est ni déterminante ni décisive ».

Les capacités nationales, facteur clé

Le rapport identifie plutôt les capacités institutionnelles comme critère déterminant pour les bailleurs. « Pour les bailleurs, les capacités institutionnelles des pays représentent un critère déterminant », insiste Juan Casado-Asensio. Le Sénégal illustre cette dynamique : grâce à des structures gouvernementales coordonnées et des stratégies sectorielles claires, le pays a capté d’importants financements mixtes, à l’image du système de bus électriques de Dakar. Le Togo, exposé aux effets climatiques via son port de Lomé, a misé sur un récit cohérent de résilience pour attirer de nouveaux partenaires comme le Luxembourg.

À l’inverse, Madagascar, où 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, souffre d’une fragmentation institutionnelle qui complique la mise en œuvre de ses stratégies. Le Gabon, important puits de carbone mondial grâce à sa forêt, reste paradoxalement sous-financé, au point d’interroger, selon le rapport, l’intérêt économique de préserver ses écosystèmes plutôt que de les exploiter, une problématique que partage également le Cameroun avec ses vastes forêts du bassin du Congo.

Un système international fragmenté

Le nombre d’institutions finançant des projets climat et biodiversité est passé de 51 en 2015 à 78 en 2023, alourdissant la charge administrative des pays bénéficiaires, confrontés en moyenne à 20 bailleurs différents. Les fonds spécialisés les plus médiatisés : Fonds vert pour le climat, Fonds d’adaptation, Fonds pour l’environnement mondial, ne représentent pourtant que 3,4 % des financements climat et 7 % de ceux consacrés à la biodiversité, l’essentiel provenant des bailleurs bilatéraux et des banques multilatérales. Juan Casado-Asensio tient à nuancer les critiques envers les bailleurs : « On accuse souvent les bailleurs de ne pas tenir leurs promesses, mais pour un bailleur, il faut comprendre que c’est une très mauvaise nouvelle de ne pas pouvoir décaisser ».

Autre alerte du rapport : en 2023, 57 % des financements climat (jusqu’à 84 % pour les institutions multilatérales) ont été octroyés sous forme de prêts, un mécanisme qui pénalise davantage les pays les plus vulnérables et budgétairement contraints, au risque de générer une dette climatique pour des crises dont ils ne sont pas responsables.

Le rapport plaide pour une responsabilité partagée. Aux pays de renforcer leurs stratégies et leur coordination interministérielle ; aux bailleurs de simplifier leurs procédures, d’augmenter la part des dons et de privilégier des programmes pluriannuels. Pour Lionelle Ngo Samnick, l’enjeu dépasse la seule technique financière : « la finance durable doit cesser d’être un appendice pour devenir une partie intégrante de la politique économique ».

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MIREILLE SIAPJE

Rédacteur en Chef

Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

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