Entre confusion sanitaire, budgets mal orientés et poids des ménages, la quatrième édition du Forum des think tanks, tenue du 10 au 11 septembre 2026 à Yaoundé, a posé les bases d’une gouvernance ancrée dans la science.
La quatrième édition du Forum des think tanks d’Afrique centrale, tenue les 10 et 11 septembre 2026 à Yaoundé, a rassemblé plus de 200 acteurs pour connecter recherche et décisions publiques. L’événement a examiné les obstacles institutionnels et techniques limitant l’action politique. À travers six axes thématiques, les participants ont identifié des pistes pratiques pour renforcer le rôle des groupes de réflexion et asseoir une gouvernance ancrée sur des données probantes.
Au cœur des débats, une distinction fondamentale trop souvent ignorée : le système de soins de santé n’est qu’un sous-ensemble du système de santé. « Le système de santé englobe tout ce qu’il y a dans le cadre de la santé, à partir de la prévention. Le système de soins de santé, lui, est une entité qui se procure seulement pour rétablir la santé, lorsqu’on la perd », a expliqué le Dr Albert Ze, fondateur et directeur d’IRESADE. Autrement dit, trop de pays africains ont construit des « ministères de la maladie » plutôt que de véritables systèmes de santé. « On se préoccupe uniquement de soigner la
maladie. On vous dit là où vous irez faire la dialyse. Mais on ne vous dit pas qu’en réalité, il ne faut pas arriver à ce niveau », a-t-il insisté, sous les applaudissements d’une salle conquise.
Le financement, angle mort des réformes
La question du financement a dominé les échanges. Le Cameroun, comme plusieurs pays de la sous-région, reste loin de l’objectif d’Abuja qui prévoit 15 % du budget national consacré à la santé. Mais pour le Dr Albert Ze, fondateur et directeur d’IRESADE, le débat était mal posé. « Environ 90 % du budget que nous avons à la santé ne va pas dans les questions de santé. Si on donne 100 francs pour la santé, 90 servent à tout sauf à la santé », a-t-il révélé, citant des travaux menés sur le circuit de gestion du financement public. Le constat était d’autant plus préoccupant que les familles supportent l’essentiel de la charge. « Les familles dépensent environ 70 % de l’argent pour financer la santé », a rappelé le Dr Gobina. Un déséquilibre qui fragilise les systèmes de protection sociale et hypothèque l’atteinte de la couverture sanitaire universelle.
Des expériences locales, des leçons à tirer
Le forum ne s’est pas contenté de diagnostiquer. Des expériences concrètes ont été partagées, notamment en matière d’assurance santé communautaire. « Nous avons créé des schémas depuis 2005. Près de 158 de ces schémas ont été créés. Pendant un certain temps, ils ont fonctionné, puis ils ont commencé à s’effondrer les uns après les autres », a raconté le Dr Onana Akoa. Avant d’interroger : « Qu’est-ce qui se passe ? Il y a eu beaucoup de recherches sur cela. Les partenaires techniques ont soutenu le Cameroun pour mettre en place ces schémas dans la région du Nord-Ouest. Ils avaient un modèle qui fonctionnait très bien parce qu’il était communautaire. » La leçon est claire : la santé ne se limite pas aux finances. « Si on dit que l’hôpital est libre, les gens vont à l’hôpital, mais ils se demandent s’ils peuvent acheter les médicaments. Ce n’est pas une perspective d’un système de santé », a-t-il ajouté.
Le Forum des groupes de réflexion sur l’Afrique centrale, organisé par l’Institut Nkafu, s’attaque aux barrières culturelles et structurelles bloquant le passage de la recherche aux politiques publiques. Selon le Dr Vessah, le manque de culture de l’indépendance et l’absence de structures adaptées freinent l’impact de la science. Face à cela, les participants appellent à la responsabilité collective et à des stratégies résolues pour co-construire l’action publique.















Comments are closed