Entre prévalence élevée, chute drastique des coûts de traitement et barrières persistantes liées au dépistage, le Cameroun intensifie sa stratégie pour éradiquer les hépatites virales d’ici 2030.
Il y a encore une quinzaine d’années, se soigner contre l’hépatite C au Cameroun relevait du parcours du combattant. Une seule dose de traitement coûtait alors plus de 15 millions de francs CFA, un montant prohibitif dans un pays où le salaire minimum avoisine les 43 969 francs CFA. À l’époque, contracter cette maladie équivalait à une condamnation silencieuse, faute de moyens financiers. Mais les choses ont changé. Sous l’impulsion du gouvernement, à travers le ministère de la Santé publique, une dynamique nouvelle s’est imposée, portée par une volonté politique affirmée et des partenariats stratégiques. Aujourd’hui, le prix de la dose pour l’hépatite C est tombé à 100 000 francs CFA, contre 600 000 francs CFA encore en 2017, et le traitement ne dure plus que trois mois. Selon le plan stratégique national de lutte contre les hépatites virales 2020 – 2024, le coût mensuel d’un traitement antiviral s’affiche à des tarifs largement subventionnés : 2 000 FCFA pour l’hépatite B, 100 000 FCFA pour l’hépatite C et 208 000 FCFA pour l’hépatite D. Une révolution silencieuse qui sauve des vies et redonne espoir à des milliers de Camerounais. Pourtant, pour cette édition 2026 de la Journée mondiale sous le thème « Hépatite : faisons tomber les barrières ! », le défi de l’accès aux soins reste entier. Le chemin vers l’élimination des hépatites virales d’ici 2030, objectif fixé par l’Organisation mondiale de la santé, reste semé d’obstacles, au premier rang desquels la méconnaissance du statut sérologique par une majorité des malades.
Un fardeau épidémiologique préoccupant
Comparée à la menace du VIH/sida, l’hépatite virale fait des ravages considérables, emportant près de 1,4 million de vies chaque année à travers le globe. Parmi les souches principales, l’hépatite B et l’hépatite C touchent respectivement 240 millions et plus de 130 millions de personnes chroniques. Au Cameroun, lors de la commémoration de la Journée mondiale, le Ministre de la Santé Publique, le Dr Manaouda Malachie, rappelait que : « Les données disponibles laissent entrevoir une prévalence élevée de ces maladies. L’hépatite B touche 11,2 % de la population, avec des disparités régionales marquées, notamment dans l’Extrême-Nord où la prévalence atteint 17,7 %. L’hépatite C affecte 1,3 % de la population générale. La prévalence de l’hépatite D parmi les personnes infectées par l’hépatite B est de 10,5 %. » Comportements sexuels à risque, accidents transfusionnels, scarifications et consommation de drogues par voie intraveineuse (2,23 % des cas) favorisent la propagation de ces virus qui conduisent, en l’absence de traitement, au cancer du foie.
Des soins rationalisés et un accès élargi
L’État a multiplié les initiatives, notamment la création en 2015 d’un compte revolving et l’introduction dès 2005 du vaccin contre l’hépatite B dans le Programme Élargi de Vaccination (PEV), gratuit pour les nourrissons. Interrogée sur les innovations introduites par le nouveau guide national de prise en charge des hépatites virales, conforme aux dernières directives de l’OMS, le Dr Rose Armelle Ada, chef du service de la lutte contre les hépatites au ministère de la Santé publique, précise que ce document normatif consacre un changement majeur :
« La charge virale, dont le coût était jusqu’ici élevé pour les patients, n’est plus une condition sine qua non pour débuter un traitement. Désormais, même si elle reste importante pour le suivi, elle n’est plus obligatoire pour l’initiation du traitement. » Ce guide prévoit également des mesures concrètes en faveur des femmes enceintes et des nouveau-nés. Le dépistage de l’hépatite B est désormais gratuit pour toutes les femmes enceintes, et la dose zéro du vaccin à la naissance est assurée pour tous les nouveau-nés. « Plus tôt dans la vie on entre en contact avec le virus de l’hépatite B, plus la probabilité de développer des formes compliquées, comme les cirrhoses et les carcinomes hépatocellulaires, est élevée », rappelle le Dr Ada. Pour assurer une prise en charge de proximité, 19 centres de traitement agréés et 2 centres de dispensation fonctionnent sur l’ensemble du territoire national. Néanmoins, les ressources humaines restent un défi de taille en raison de l’effectif insuffisant des spécialistes (gastro-entérologues, infectiologues, internistes) et de leur concentration dans les grandes métropoles de Douala et Yaoundé.
Campagnes de dépistage et horizon 2030
Le grand défi de la lutte reste l’ignorance du statut sérologique par la majorité des malades. Pour y remédier, le Ministère de la Santé intensifie les actions de terrain. En 2023, le Cameroun a détecté plus de 12 000 nouveaux cas d’hépatite B et près
de 3 800 cas d’hépatite C. La priorité absolue est d’atteindre l’objectif de zéro nouveau-né infecté, grâce à la gratuité de la prophylaxie pour les femmes enceintes et de la dose zéro du vaccin à la naissance. Le gouvernement vise à ce que 90 % des patients connaissent leur statut sérologique, que 90 % des dépistés positifs soient sous traitement, et à réduire la mortalité de 65 %. Briser les barrières, c’est donner à chaque Camerounais l’accès universel à la santé pour éradiquer définitivement les hépatites d’ici 2030.










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