Dans L’anesthésie chez les patientes choquées dans un contexte d’urgences obstétricales et digestives, le Pr Azer Flavien Ndé s’appuie sur son expérience de terrain pour proposer des solutions concrètes face aux défis de l’anesthésie-réanimation en Afrique.
D’un côté, le dogme fataliste voudrait que la fatalité des retards d’admission et l’indigence chronique des plateaux techniques scellent irrémédiablement le destin tragique des patients en pays en développement. De l’autre, la technocratie aseptisée assène que seule l’infaillibilité d’un monitorage de pointe et de protocoles occidentaux standardisés peut légitimer tout acte d’anesthésie-réanimation en milieu hospitalier. C’est précisément entre ces deux postures stériles que surgit l’ouvrage magistral du Pr Azer Flavien Ndé, préfacé par le Professeur Étienne Kimessoukié Omolomo, intitulé L’anesthésie chez les patientes choquées dans un contexte d’urgences obstétricales et digestives. Porté par une vision humaniste et rigoureuse, ce livre de 180 pages publié aux Éditions Monange vient réconcilier la dure réalité des terrains africains et l’impératif éthique absolu du soin avec un postulat fondateur scandé par l’auteur : « la vie continue et il faut sauver les vies ».
Issu d’une recherche approfondie menée dans le cadre du Master en Anesthésie-Réanimation à l’École Supérieure des Sciences de la Santé de l’Université Catholique d’Afrique Centrale, cet ouvrage s’attaque à l’une des hantises les plus redoutables de la pratique médicale quotidienne : le choc hypovolémique. Dans les structures de santé des pays en développement, les patients affluent le plus souvent au soir de leur décompensation, engouffrés dans les méandres d’un retard d’évacuation, tandis que le personnel soignant doit composer avec des ressources limitées, la routine professionnelle et la rareté d’ouvrages spécialisés adaptés aux réalités locales. L’auteur démontre avec brio comment s’articule cette pathologie redoutable, oscillant entre hypovolémie absolue par hémorragie massive et hypovolémie relative liée aux troisièmes secteurs.
L’architecture de l’ouvrage s’articule méthodiquement autour de quatre chapitres. Le premier analyse l’hypovolémie face aux plateaux techniques inadaptés et la place centrale du sang total. Le deuxième détaille la physiopathologie du choc, son diagnostic et la prise en charge globale du malade instable, du pré-opératoire au post-opératoire. Le troisième offre une immersion concrète dans la gestion des pathologies graves au Cameroun, à travers l’exemple de l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé. Enfin, le quatrième explore les pathologies hypodynamiques et lève le voile sur les freins structurels à la recherche clinique, comme l’inadéquation des dossiers et la complexité des archivages.
Fondé sur la réalité des blocs opératoires, l’ouvrage consigne des données épidémiologiques saisissantes documentant le choc hypovolémique : 148 cas de grossesses extra-utérines rompues, 33 placentas prævia hémorragiques, 18 péritonites, 12 hématomes rétro-placentaires et 7 ruptures utérines.
Au-delà d’une simple monographie, le livre s’impose comme un plaidoyer pour une refonte systémique. L’auteur identifie des leviers indispensables pour inverser la mortalité évitable : formation continue, référence précoce, kits d’urgence, banques de sang optimisées et maintenance du matériel.
S’adressant aux décideurs, professionnels et étudiants, le Pr Azer Flavien Ndé conjugue rigueur académique et engagement de terrain. C’est un appel vibrant à ériger la compétence et l’excellence en boucliers pour sauver des vies en milieu contraint.
INTERVIEW : « La détresse quotidienne des blocs opératoires m’a poussé à prendre la plume »

À travers son ouvrage de 180 pages préfacé par le Pr Étienne Kimessoukié Omolomo, le Pr Azer Flavien Ndé dissèque les défis de l’anesthésie en contexte d’urgences obstétricales et digestives, tout en posant les bases d’une refonte systémique pour inverser la courbe de
la mortalité évitable.
Qu’est-ce qui vous a personnellement poussé à écrire cet ouvrage intitulé L’anesthésie chez les patientes choquées dans un contexte d’urgence obstétricale et digestive, préfacé par le Professeur Étienne Kimessoukié Omolomo ?
Ce projet puise ses racines dans mon parcours en master et mes passages marquants à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé. J’y ai été confronté à la gravité des urgences obstétricales et digestives, où des patients arrivent en état de choc avancé suite à des grossesses extra-utérines rompues, des occlusions intestinales, des péritonites ou des hémorragies rétro-placentaires. Face à la lenteur du système transfusionnel, au manque de groupes sanguins et au risque de basculer dans l’irréversible, cette détresse quotidienne m’a poussé à prendre la plume pour combler la rareté des ouvrages spécialisés adaptés à nos réalités.
Comment s’articule le contenu de ce livre de 180 pages pour guider les praticiens confrontés à des plateaux techniques inadaptés ?
Le livre s’articule méthodiquement autour de quatre chapitres. Le premier analyse l’hypovolémie face aux plateaux inadaptés et la place du sang total. Le deuxième détaille la physiopathologie du choc, le diagnostic et la prise en charge du malade instable. Le troisième offre une immersion dans la prise en charge centralisée à l’HGOPY. Enfin, le quatrième explore les pathologies hypodynamiques tout en pointant les freins structurels comme l’inadéquation des dossiers. Conçu comme un guide pratique, il enseigne les réflexes de terrain, le choix des drogues anesthésiques en situation de choc et la constitution d’équipes performantes pour faire face au vieillissement des praticiens et au sous-recrutement.
À qui s’adresse cet ouvrage et quelles sont, selon vous, les recommandations indispensables pour transformer notre système de santé ?
Cet ouvrage s’adresse d’abord aux bâtisseurs de la société, au Chef de l’État, aux ministres et aux décideurs pour saisir la réalité du terrain, tout en ciblant les professionnels et les étudiants. Pour inverser la courbe de la mortalité évitable, plusieurs leviers s’imposent : la formation continue et l’organisation régulière du personnel, la référence à temps des patients, la mise à disposition systématique d’un kit d’urgence, l’optimisation des banques de sang par des campagnes régulières, ainsi qu’une maintenance rigoureuse du matériel de monitorage pour sauver des vies en milieu contraint.









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