Selon le Dr METAGNE Verdiane Epse YAB, médecin généraliste à l’Hôpital de District de Biyem-Assi, cette consultation permet de s’assurer que l’utérus est complètement vidé et de proposer un accompagnement adapté pour une meilleure santé
Après un avortement, se sentir mieux ne signifie pas toujours que l’on peut reprendre rapidement ses activités sans effectuer de suivi médical ou encore que le suivi médical est terminé. A l’Hôpital de District de Biyem-Assi à Yaoundé, le Dr Metagne Verdiane Epse YAB, médecin généraliste, alerte sur l’importance capitale d’une consultation de contrôle : « Qu’il s’agisse d’un avortement spontané, d’une interruption volontaire de grossesse réalisée dans un cadre médical ou d’un avortement pratiqué dans des conditions non sécurisées, une consultation médicale après l’événement est fortement recommandée. Cette consultation permet de s’assurer que l’utérus est complètement vidé, de dépister précocement d’éventuelles complications, d’évaluer l’état général de la femme et de proposer un accompagnement adapté, notamment en matière de santé reproductive et de planification familiale. »
L’absence de suivi médical s’avère particulièrement dangereuse et peut retarder le diagnostic. La rétention de débris ovulaires peut provoquer une infection de l’utérus ou du pelvis évoluant vers une septicémie, ou déclencher des hémorragies sévères conduisant à une anémie grave ou un état de choc. Dans le cas des avortements non sécurisés, les lésions traumatiques de l’utérus ou des organes voisins sont fréquentes.
A long terme, ces complications risquent de compromettre gravement la fertilité. C’est le drame
vécu par Maman Jeannette, la cinquantaine, victime d’un avortement clandestin dans sa jeunesse : « Quand j’étais plus jeune, j’ai eu à faire un avortement clandestin, car pour mes parents, il était hors de question de faire un enfant étant encore sur leur toit. J’ai usé de petites potions recommandées par des amies et la grossesse est sortie. C’est quelques années plus tard, au moment de vouloir vraiment faire des enfants, qu’on m’a fait comprendre que cet avortement avait endommagé mon utérus et qu’à ce stade, on n’y pouvait plus rien. »
Des signes d’alerte qui doivent imposer une consultation d’urgence
Afin d’éviter de tels drames, certains symptômes doivent immédiatement inciter la femme à se faire consulter à l’hôpital. Des saignements abondants capables de saturer plusieurs serviettes hygiéniques en peu de temps, des douleurs abdominales intenses ou évolutives, de la fièvre, des frissons ou des pertes vaginales malodorantes constituent autant de signaux d’alarme.
De même, des vertiges importants, une faiblesse marquée, des malaises ou la persistance de signes de grossesse tels que les nausées, la tension mammaire et la fatigue inhabituelle imposent un diagnostic médical sans délai. Se rendre immédiatement dans une structure sanitaire permet de limiter les risques de complications graves, voire la mort.
Un problème majeur de santé publique au Cameroun
L’avortement clandestin constitue l’une des principales causes évitables de décès maternel. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), environ 73 millions d’avortements provoqués ont lieu chaque année dans le monde, concrétisant la fin de 61 % des grossesses non désirées.
Au Cameroun, les complications liées aux avortements clandestins représentent 13 % de la mortalité maternelle, classant cette problématique au troisième rang des causes de décès chez la femme enceinte, derrière les hémorragies et les infections. Les adolescentes figurent parmi les populations les plus vulnérables et exposées à ces pratiques risquées.
Pour y faire face, le Cameroun a élaboré le Plan Stratégique National de Santé de la Reproduction, Maternelle, Néonatale, Infantile, de l’Adolescent et de la Nutrition. Celui-ci vise à réduire la mortalité maternelle, promouvoir l’accès universel à la santé sexuelle et répondre aux besoins des jeunes. De plus, le pays s’est réengagé dans l’initiative mondiale FP2030 pour porter la prévalence de la contraception moderne à 35 % d’ici 2030. L’amélioration de l’accès à la planification familiale permettra ainsi de limiter les grossesses non désirées et d’éviter les recours dangereux à l’avortement non sécurisé.






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