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Lutte contre le cancer : La Tanzanie décentralise ses infrastructures

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Le secteur de l’oncologie tanzanien s’apprête à franchir un nouveau cap avec le lancement, à Arusha, d’un complexe médical et industriel consacré au cancer. Porté par le ministre Paul Makonda, le projet intervient alors que le pays accélère la réforme de son système de santé en 2026.

Jusqu’ici, pour bénéficier de certains examens, diagnostics ou soins oncologiques spécialisés, les patients du nord de la Tanzanie devaient parfois parcourir près de 650 kilomètres jusqu’à Dar es Salaam, dans le sud-est du pays. Un nouveau souffle se profile à Arusha avec le projet d’un complexe médical et industriel qui devrait rapprocher ces services des populations et leur épargner ces longs déplacements.

Un complexe médical et industriel à Arusha

L’annonce a été faite le lundi 28 septembre 2026 par Paul Makonda, ministre de l’Information, de la Culture, des Arts et des Sports et député du district urbain d’Arusha. Le gouvernement a déjà attribué et sécurisé le terrain destiné à accueillir l’usine et le centre de soins spécialisés. Les préparatifs de construction sont en cours, même si aucun calendrier précis de livraison ou de mise en service n’a encore été communiqué. Le projet prévoit notamment la fabrication de médicaments anticancéreux pour le marché tanzanien, mais aussi pour d’autres pays africains. La liste des molécules qui seront produites n’est toutefois pas encore

connue. Selon Paul Makonda, cette infrastructure doit également créer des emplois et soutenir la mise en place d’un centre d’excellence proposant des soins avancés contre le cancer à Arusha. L’annonce intervient alors que le ministre visitait un camp de dépistage du cancer organisé à l’hôpital de district de Kaloleni, en collaboration avec l’Ocean Road Cancer Institute (ORCI). Plus de 400 personnes, dont 220 femmes et 180 hommes, y ont déjà été examinées. Les femmes étaient notamment dépistées pour les cancers du sein et du col de l’utérus, tandis que les hommes faisaient l’objet d’examens portant notamment sur les cancers de la prostate et de la peau.

Dix usines pour renforcer l’autonomie pharmaceutique

Le projet d’Arusha s’inscrit dans une stratégie plus large du ministère de la Santé, qui prévoit l’installation de dix usines pharmaceutiques à travers le pays. Outre les médicaments anticancéreux, cette production locale doit couvrir les solutions intraveineuses, les comprimés essentiels, les réactifs de laboratoire et les antirétroviraux. L’objectif est de réduire la dépendance aux importations et de mieux sécuriser l’approvisionnement des établissements de santé. En développant ses propres capacités de production, la Tanzanie cherche également à limiter l’exposition aux ruptures d’approvisionnement internationales et à se positionner, à terme, sur le marché pharmaceutique africain. Cette ambition industrielle accompagne une transformation plus large du système de santé. En 2026, l’Assurance Maladie Universelle (UHI) est entrée en vigueur, avec une première phase prévoyant la prise en charge intégrale de 1,45 million de citoyens vulnérables. Le budget de la santé atteint 1 800 milliards de shillings tanzaniens pour l’exercice 2026/2027. Le gouvernement prévoit aussi le recrutement de plus de 14 000 professionnels de santé et la numérisation du suivi des patients. Un partenariat financier de 3,1 milliards de dollars sur cinq ans avec les États-Unis vient compléter ces investissements.

Un impact attendu sur les patients et les familles

L’intérêt du projet d’Arusha se mesure d’abord à l’échelle du patient. Pour ceux qui doivent actuellement se rendre à Dar es Salaam, le rapprochement des services pourrait réduire les kilomètres parcourus pour les examens, les consultations et le suivi des traitements. Pour les familles, cela pourrait également signifier moins de dépenses consacrées au transport, à l’hébergement et à la restauration, ainsi que

moins d’absences professionnelles lorsqu’un proche doit être accompagné à l’hôpital. La proximité pourrait aussi faciliter la continuité des soins. Dans le cancer, où le parcours peut nécessiter plusieurs consultations, examens et séances de traitement, la distance constitue un obstacle supplémentaire pour les patients vivant loin des centres spécialisés. Le futur centre d’Arusha devrait ainsi rapprocher les différentes étapes de la prise en charge des populations du nord. L’impact attendu dépasse toutefois la seule prise en charge médicale. La fabrication locale de médicaments anticancéreux pourrait réduire la dépendance du pays aux fournisseurs étrangers et contribuer à une meilleure disponibilité des traitements, si les capacités annoncées deviennent effectivement opérationnelles. Les dix usines prévues pourraient également créer des emplois, développer les compétences pharmaceutiques et favoriser le transfert de technologies. Cette politique intervient alors que le système de santé tanzanien doit gérer à la fois des maladies infectieuses comme le paludisme, la dengue et le VIH/Sida et la progression des maladies non transmissibles, notamment le diabète et le cancer. Les infrastructures spécialisées restant concentrées dans les grands centres urbains, le projet d’Arusha constitue une réponse annoncée à cette fracture géographique. À partir du 1er octobre 2026, les visiteurs internationaux devront par ailleurs disposer d’une assurance voyage obligatoire, destinée notamment à sécuriser la prise en charge des urgences médicales sur le territoire.

Pour l’heure, l’impact du complexe reste donc attendu et non encore mesurable, puisque les infrastructures ne sont pas opérationnelles. Mais avec un terrain déjà sécurisé et les préparatifs annoncés, le projet pourrait modifier progressivement le parcours des patients du nord, tout en donnant à la Tanzanie un nouvel outil pour produire localement des traitements contre le cancer.

Marie Chantale FAIDA

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