En inscrivant l’opérationnalisation du Cadre multisectoriel de riposte contre le paludisme au paragraphe 21 de sa circulaire du 12 octobre 2026, le chef de l’État transforme le combat sanitaire en obligation budgétaire pour tous les ministères.
« Mettre en œuvre le cadre multisectoriel de lutte contre le paludisme validé par le gouvernement. » C’est en ces termes, inscrits au paragraphe 21 de la circulaire qu’il a signée le 12 octobre 2026, que le Président de la République du Cameroun a fixé les modalités d’élaboration du budget de l’État pour 2027. Derrière la sobriété de la formule se cache une rupture : chaque ministère préparant son budget reçoit désormais une instruction présidentielle l’enjoignant de prendre des mesures contre le paludisme.
L’éducation, l’agriculture, le logement, l’environnement, les finances, le tourisme et les affaires sociales ont tous un rôle à jouer, et pas seulement le ministère de la Santé publique.Les chiffres justifient cette mobilisation générale. En 2023, les établissements de santé camerounais ont enregistré environ 3 millions de cas de paludisme et 1 756 décès, dont six sur dix concernaient des enfants de moins de cinq ans. La maladie est responsable de 26 % des absences au travail et peut représenter jusqu’à 40 % des dépenses de santé d’un ménage.Or les moyens ne suivent pas.
Le Plan stratégique national de lutte contre le paludisme 2024 à 2028 est estimé à environ 380 milliards de francs CFA. Moins de la moitié de ce montant est financée, et 90 % des fonds proviennent de donateurs. Le ministère de la Santé publique ne peut combler seul ce manque, car une grande partie des mesures de prévention échappe à sa compétence : l’enseignement dispensé aux enfants à l’école, la gestion des eaux pluviales et des déchets par les collectivités locales, ou encore la protection du personnel par les employeurs.
Le cadre de référence définit donc les actions que chaque secteur doit entreprendre, et la circulaire leur demande maintenant de prévoir un budget à cet effet.Trois ans de plaidoyer pour un cadre signéRien de tout cela n’a été improvisé. En avril 2023, un premier atelier a réuni les ministères sectoriels autour de la riposte. En mai 2024, le premier cadre national multisectoriel était finalisé, avant la création, le 12 décembre 2024, d’un comité interministériel par décret du Premier ministre. L’année 2025 a vu neuf ministères sectoriels élaborer des plans d’action chiffrés, puis, en février 2026, la validation d’un guide opérationnel pour la période 2026 à 2028. Six autres ministères ont ensuite produit leurs propres plans, qui attendent leur inscription dans le cadre de dépenses à moyen terme.
En août 2026, un accord cadre a été signé par le Premier ministre, chef du gouvernement, avant son intégration, le 12 octobre 2026, dans l’orientation budgétaire du chef de l’État. Le budget total de ces plans d’action chiffrés s’élève à 562 600 000 francs CFA. Une délégation de la Coalition des parlementaires pour l’éradication du paludisme en Afrique (COPEMA Cameroun) a par ailleurs été reçue en audience par le Premier ministre.Plusieurs ministères n’ont pas attendu la signature finale. Aux Affaires sociales, le ministre a transmis en décembre 2025 une liste de 244 institutions pour la distribution de moustiquaires. Il a aussi signé une instruction protégeant les plus vulnérables.
En 2025 et 2026, 180 jeunes du Parlement des enfants ont été formés à la prévention. Au Tourisme, une circulaire de juin 2026 oblige hôtels et loisirs à lutter contre les eaux stagnantes et à protéger clients et personnel. L’Enseignement secondaire a intégré le paludisme à son budget et crée des clubs de santé ; l’Éducation de base l’a ajouté à la formation des enseignants. Avec la Décentralisation, « Mon école sans paludisme » et « Ma commune sans paludisme » sont lancées. Seize conseils municipaux du Nord et de l’Extrême-Nord se sont engagés, dix ont un comité municipal.
La société civile, via Impact Santé Afrique et la COPEMA, a réuni ministères et parlementaires. Prochaine étape : intégrer les fonds dans le budget 2027 et suivre leur utilisation.














