Selon les données de l’Integrated Food Security Phase Classification (IPC) relayées par l’organisation Save the Children, plus de 500 000 enfants de moins de cinq ans pourraient souffrir de malnutrition aiguë à Madagascar entre mai 2026 et avril 2027. Entre dérèglements climatiques extrêmes, effondrement économique et baisse des aides internationales, la santé des plus jeunes est gravement menacée.
La situation sanitaire et nutritionnelle de la petite enfance franchit un seuil d’alarme sans précédent à Madagascar. Selon les données de l’Integrated Food Security Phase Classification (IPC), relayées le 22 septembre 2026 par l’organisation non gouvernementale Save the Children, plus de 502 000 enfants de moins de cinq ans pourraient souffrir de malnutrition aiguë entre mai 2026 et avril 2027. Parmi ces victimes, environ 78 000 tout-petits risquent d’atteindre le stade de la malnutrition aiguë sévère, une condition pathologique extrême qui nécessite une prise en charge médicale d’urgence sous peine de séquelles irréversibles, voire d’issue fatale.
Un choc climatique amplifié par le phénomène El Niño
Ce drame sanitaire puise ses origines dans une accumulation de facteurs destructeurs. Au premier rang des accusés figure un épisode météo-climatique El Niño d’une intensité exceptionnelle. Qualifié de « Super El Niño », ce phénomène s’accompagne de températures mondiales records et engendre des déficits pluviométriques massifs. Dans les régions déjà vulnérables du Grand Sud et du Grand Sud-Est malgache, les sécheresses à répétition ont littéralement ravagé les récoltes et décimé le bétail, asséchant la production alimentaire de subsistance dont dépendent les familles pour nourrir leurs enfants.
À ces chocs environnementaux s’ajoutent une forte instabilité économique, des tensions locales et des déplacements de populations qui désorganisent profondément les circuits commerciaux ainsi que les structures de soins. Pour ne rien arranger, les acteurs humanitaires tirent la sonnette d’alarme face à une baisse marquée des financements internationaux. Ce désengagement financier entrave directement la distribution des soins nutritionnels d’urgence et le déploiement des traitements vitaux sur le terrain.
Dans l’ensemble du pays, le nombre de personnes en situation de crise alimentaire (phase 3 de l’IPC ou plus) devrait bondir de 75 % d’ici le début de l’année 2027, pour atteindre 3,72 millions d’individus, dont près de 426 000 en situation d’urgence absolue.
Un écosystème vulnérable
La dégradation de l’état de santé des enfants ne se limite pas à la seule perte de poids ou à la fragilité immunitaire. Comme le souligne Yvonne Arunga, directrice régionale de Save the Children pour l’Afrique de l’Est et australe, la faim brise l’ensemble de l’environnement protecteur de l’enfant. L’insécurité alimentaire aiguë pousse à la déscolarisation précoce et expose massivement les plus jeunes aux abus, au travail forcé et à diverses formes d’exploitation.
Ce sombre panorama s’inscrit en outre dans un contexte régional alarmant. En Afrique de l’Est et australe, englobant le Malawi, le Mozambique, la Zambie, l’Ouganda et le Kenya, le nombre d’enfants touchés par l’insécurité alimentaire aiguë devrait progresser de 30 %, passant de 6 à 8 millions sur la même période.
Présente à Madagascar depuis 2016, Save the Children plaide urgemment pour le déblocage de financements préventifs et anticipés. Selon l’organisation, il ne suffit plus d’émettre des alertes météorologiques : il faut investir en amont dans les services de santé, les infrastructures scolaires et les moyens de subsistance avant que la crise ne transforme ce risque sanitaire en tragédie humaine irrémédiable.









