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Médecins Sans Frontières : Dix ans au chevet des populations de l’Extrême-Nord

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L’ONG poursuit depuis une décennie, son action dans le Mayo-Sava, entre choléra, paludisme et insécurité persistante. Un voyage de presse au Centre de Santé Intégré de Kourgui et à l’hôpital de Mora a permis de mesurer l’ampleur d’un engagement toujours aussi vital.

À l’occasion d’un voyage de presse conduit par les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) le mercredi 16 septembre 2026 au Centre de Santé Intégré de Kourgui puis à l’hôpital de district de Mora, dans l’Extrême-Nord du Cameroun, journalistes et responsables sanitaires ont pu mesurer l’ampleur d’un engagement humanitaire qui, dix ans après son démarrage dans le département, reste plus que jamais nécessaire. Entre janvier et août 2026, l’organisation a réalisé 556 interventions chirurgicales, enregistré 2 610 admissions aux urgences, traité plus de 3 300 cas de paludisme toutes prises en charge confondues, accompagné près de 12 000 consultations prénatales et postnatales et assuré au total plus de 30 000 consultations ambulatoires dans cette zone frontalière durement affectée par le conflit du bassin du lac Tchad.

Depuis 1984, Médecins Sans Frontières accompagne le ministère camerounais de la Santé publique dans la réponse aux urgences médicales. Présente dans huit des dix régions du pays, l’organisation a fait du Mayo-Sava l’un de ses terrains d’intervention les plus constants, à mesure que l’insécurité liée à la crise du lac Tchad continue de fragiliser l’accès aux soins des populations hôtes et déplacées.

Salle d’hospitalisation pédiatrique de l’Hôpital de district de Mora

À l’hôpital de district de Mora, les équipes MSF soutiennent au quotidien les services de chirurgie et des urgences. Les patients victimes des violences et de l’insécurité y bénéficient également d’une prise en charge en santé mentale, tandis que les cas graves admis aux urgences sont pris en charge sans délai. Chaque année, entre août et décembre, la structure fait face à un pic de paludisme : MSF y renforce alors son appui à la pédiatrie et au Centre nutritionnel thérapeutique intensif , garantissant gratuité et qualité des soins. Les cas les plus complexes sont référés à l’Hôpital de Référence ou Régional de Maroua, où les patients continuent de bénéficier de la gratuité des soins ainsi que de repas gratuits pendant toute la durée de leur hospitalisation.

Depuis juin 2026, une recrudescence des cas de choléra frappe l’Extrême-Nord. Le projet Mora de MSF a immédiatement renforcé son soutien aux districts sanitaires de Mora et de Kolofata. À Mora, l’organisation a appuyé la mise en place d’une unité de traitement du choléra et d’une salle d’isolement au CSI de Kourgui, fourni médicaments et personnels ; un médecin, quatre infirmiers, quatre aides-soignants, quatre hygiénistes et deux agents de promotion de la santé et formé 15 agents de santé communautaires polyvalents ainsi que 22 personnels de santé impliqués dans la riposte. Trente kilogrammes de chlore ont également été distribués pour appuyer les activités d’eau, hygiène et assainissement. À Kolofata, un appui logistique et médical similaire a permis de délimiter le centre de traitement et de prendre en

charge les malades hospitalisés. Dans le district voisin de Kousséri, une mission exploratoire menée du 9 au 15 juillet a débouché sur la donation d’un kit choléra et de chlore pour les centres de santé intégrés et l’unité de traitement de l’hôpital de district.

Entrée principale du CSI Kourgui

Des soins de santé primaires accessibles à tous

Au Centre de Santé Intégré de Kourgui, étape centrale du voyage de presse du 16 septembre, MSF assure une prise en charge pédiatrique et nutritionnelle d’urgence entièrement gratuite, des consultations pour adultes et enfants, qu’ils soient issus des communautés hôtes ou déplacées, ainsi que des soins de santé sexuelle et reproductive et de santé mentale. La structure bénéficie également d’un appui renforcé lors des pics de paludisme et de malnutrition, doublé d’un travail de promotion de la santé au sein de la structure et dans la communauté. Un soutien comparable est apporté au CSI de Mora, notamment à travers la formation et l’accompagnement du personnel local.

Face à une insécurité qui limite l’accès aux structures sanitaires pour de nombreuses

communautés, MSF mise sur des agents de santé communautaires polyvalents, sélectionnés par le district sanitaire et formés à l’identification et au traitement du paludisme simple, de la diarrhée et de la malnutrition aiguë sévère chez l’enfant, ainsi qu’à l’orientation des cas nécessitant une prise en charge hospitalière. Une approche intégrée de la malnutrition, portée par ces mêmes agents, permet de rapprocher davantage les soins des populations les plus isolées.

Un bilan qui parle de lui-même

Sur les huit premiers mois de l’année 2026, l’action de MSF dans la région se décline pathologie par pathologie. Le paludisme, en tête des urgences sanitaires de la zone, totalise 3 332 cas pris en charge : 2 502 en ambulatoire dans les structures de santé et 830 cas simples traités directement en communauté par les agents de santé polyvalents. La santé maternelle représente à elle seule près de 12 000 actes, avec 6 986 consultations prénatales et 5 003 consultations postnatales, complétées par 680 accouchements assistés par les équipes MSF. La santé mentale, souvent invisible mais tout aussi cruciale dans un contexte marqué par l’insécurité, a mobilisé 1 332 consultations, tandis que 190 cas de malnutrition sévère ont été pris en charge au Centre nutritionnel thérapeutique ambulatoire. À cela s’ajoutent 556 interventions chirurgicales et 2 610 admissions aux urgences, pour un total de plus de 30 000 consultations ambulatoires toutes pathologies confondues. Des chiffres qui témoignent, dix ans après le début de l’engagement de l’organisation dans le Mayo-Sava, d’une présence devenue indispensable au système de santé local.

Fana, mère d’un enfant malnutri au centre de santé de Kourgui, témoigne de l’accompagnement dont son enfant a bénéficié.

Lorsque j’ai constaté que mon enfant perdait du poids et tombait souvent malade, j’étais très inquiète. Je ne savais pas quoi faire et je craignais surtout de ne pas avoir les moyens de le soigner. Heureusement, mon enfant a été pris en charge gratuitement par les équipes de Médecins Sans Frontières. Il a reçu les soins nécessaires et a bénéficié d’un suivi régulier.

J’ai également appris auprès des équipes comment préparer une bouillie enrichissante avec des produits simples et accessibles. On nous a montré des techniques faciles à appliquer à la maison et comment associer les aliments pour mieux répondre aux besoins nutritionnels de l’enfant.

Aujourd’hui, je constate une nette amélioration. Mon enfant mange mieux, reprend progressivement du poids et se porte beaucoup mieux. Je suis reconnaissante envers les équipes de Médecins Sans Frontières pour cette prise en charge gratuite et pour les conseils qui nous permettent de mieux prendre soin de nos enfants.

Aboubacar Sow, coordonnateur de MSF pour le projet de Mora.

Médecins sans frontières est implanté à Mora depuis dix ans, en collaboration avec le ministère de la Santé publique. Ses interventions se concentrent principalement à l’hôpital de district de Mora et au centre de santé de Kourgui.

MSF s’appuie sur un personnel international, un personnel national sous contrat et un partenariat avec le ministère de la Santé, notamment pour le renforcement des ressources humaines, la formation et l’appui technique. L’organisation intervient particulièrement dans la prise en charge des urgences, notamment aux urgences hospitalières et en chirurgie. Durant les pics de paludisme, elle renforce également la prise en charge pédiatrique et nutritionnelle des enfants jusqu’à 14 ans.

On a pu mettre en place une chirurgie capable de prendre en charge tous les cas d’urgence au niveau de Mora.

La présence de l’organisation s’explique par l’importance des besoins humanitaires liés à la fois au contexte sécuritaire, à la pauvreté et aux déplacements de populations. La prise en charge est prioritairement orientée vers les cas urgents, avec l’objectif de réduire la mortalité.

Pour les prochaines années, MSF entend poursuivre son appui au ministère de la Santé, tout en mettant l’accent sur le transfert de compétences, l’accompagnement technique et la mise à disposition d’équipements durables, afin de permettre progressivement aux structures sanitaires locales d’assurer la continuité des activités.

Dr ABALI Maloum, directeur de l’Hôpital de district de Mora

Depuis près de six ans que je suis à Mora, nous travaillons en étroite collaboration avec Médecins Sans Frontières. MSF nous accompagne dans la prise en charge des blessés de guerre, des urgences chirurgicales et obstétricales, de la malnutrition et du paludisme grave chez les enfants de 0 à 15 ans. L’organisation apporte également un important soutien logistique : alimentation des générateurs en carburant, réalisation de forages et installation d’un centre de traitement d’eau, construction d’un bâtiment post-opératoire de plus de 12 lits, rénovation du bloc opératoire et construction d’incinérateurs pour améliorer la gestion des déchets.

L’apport de MSF est aussi technique. Le personnel du ministère de la Santé et celui de MSF travaillent en binômes et bénéficient de formations continues, notamment en chirurgie, prévention et contrôle des infections et actualisation des protocoles de soins.

Concernant les blessés de guerre, nous recevons généralement deux à trois cas par jour, principalement des blessés par balle. Ils nécessitent souvent une intervention chirurgicale urgente et d’importantes transfusions sanguines. Un seul patient peut consommer jusqu’à 5, 6, voire 10 poches de sang. Certaines prises en charge peuvent dépasser trois millions de FCFA.

Pour le moment, une dizaine à une quinzaine de personnes de MSF interviennent directement ou en appui dans le domaine chirurgical. Si un retrait devait intervenir,

il devrait être progressif, sur plusieurs années, afin de permettre au ministère de la Santé de reprendre progressivement les activités. Un retrait brutal aurait des conséquences importantes sur l’accès aux soins dans le Mayo-Sava et au-delà.

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Samuel Adjewa

Journaliste communicateur

Samuel Adjewa est journaliste-communicateur basé à l’Extrême-Nord du Cameroun. Il est correspondant régional du groupe Échos Santé dans cette partie du pays. Il est actuellement en Master 2 en communication des organisations à l’Université de Maroua. Il a collaboré avec plusieurs médias et ONG nationales et internationales, notamment dans la production de contenus radio et documentaires. Son travail s’intéresse particulièrement aux questions de santé, de développement local et de communication institutionnelle.

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