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Mortalité au Cameroun : 6 360 décès certifiés en 2025

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Portée par l’analyse de 3 567 décès masculins et 2 793 féminins, l’étude des genres de mort en 2025 met en lumière une fracture systémique. Alors que les femmes décèdent majoritairement de causes internes (91,4 %), les hommes subissent une surmortalité écrasante due aux accidents (avec un risque 4,35 fois plus élevé) et aux agressions (rapport de 3), exigeant une riposte multisectorielle immédiate.

Le rapport national sur la mortalité hospitalière au Cameroun (2025) analyse 6 360 décès médicalement certifiés dans 31 formations sanitaires à travers le pays. La variable du « genre de mort » permet d’isoler les circonstances de survenue. Globalement, la maladie domine de façon écrasante avec 5 543 cas, soit 87,2 % de l’ensemble. Près de neuf décès sur dix résultent donc d’un processus pathologique interne (infectieux, dégénératif, métabolique ou néoplasique). Les causes externes (accidents, agressions, empoisonnements, suicides) totalisent 447 décès, soit 7,0 %, tandis que les causes indéterminées ou inconnues représentent 370 cas, soit 5,8 %. La somme totale s’élève exactement à 100 %, garantissant la rigueur arithmétique. Cette structure confirme que la mortalité hospitalière camerounaise est principalement interne, contrastant avec les pays riches où les causes externes pèsent davantage chez les jeunes. Cette prédominance reflète le double fardeau des maladies transmissibles et non transmissibles ainsi que le mode de collecte hospitalier.

La répartition par sexe : une asymétrie systématique

La décomposition de la mortalité par sexe met en évidence un écart marquant entre les genres. Sur 2 793 décès féminins, 91,4 % relèvent de la maladie, contre 83,8 % sur 3 567 décès masculins, soit un écart de 7,6 points montrant que les femmes meurent plus souvent de causes internes. À l’inverse, les causes externes pèsent lourdement sur la mortalité masculine : 10,3 % des décès d’hommes (368 cas) contre 2,8 % chez les femmes (79 cas). Les hommes décèdent

ainsi près de quatre fois plus souvent de causes externes (rapport de 3,68), avec des proportions particulièrement élevées pour les accidents (rapport de 4,35) et les agressions (rapport de 3). Les empoisonnements, suicides et autres causes externes complètent ce panorama avec de faibles proportions, confirmant une asymétrie structurelle des risques selon le sexe.

L’asymétrie de genre face à la mort s’explique par quatre facteurs principaux : les hommes s’exposent davantage aux comportements à risque et occupent des emplois plus dangereux (transport, construction). À l’inverse, les femmes font face à des risques obstétricaux spécifiques augmentant leurs décès par maladie et bénéficient d’une espérance de vie plus longue, les exposant davantage aux pathologies chroniques et dégénératives.

Les causes indéterminées et inconnues : un défi pour la qualité des données

Le genre de mort est renseigné comme inconnu ou indéterminé pour 370 décès, soit 5,8 pour cent de l’ensemble. Cette proportion se décompose en 187 décès de genre inconnu, soit 2,9 pour cent, et 183 décès de genre indéterminé, soit 2,9 pour cent. Chez les femmes, 76 décès sont de genre inconnu, soit 2,7 pour cent des décès féminins, et 85 décès sont de genre indéterminé, soit 3,0 pour cent. Chez les hommes, 111 décès sont de genre inconnu, soit 3,1 pour cent, et 98 décès sont de genre indéterminé, soit 2,7 pour cent. La somme de ces catégories pour les femmes est de 161 décès sur 2 793, soit 5,8 pour cent, et pour les hommes de 209 décès sur 3 567, soit 5,9 pour cent. La proportion de causes indéterminées ou inconnues est donc

remarquablement similaire entre les deux sexes, ce qui suggère que les difficultés de documentation du genre de mort ne sont pas spécifiques à un sexe mais relèvent de problématiques systémiques de certification.

Les accidents de la route, première cause chez les jeunes hommes

L’analyse du genre de mort par groupe d’âge révèle des profils radicalement différents selon les tranches d’âge et le sexe. Dans la tranche des 15 à 29 ans, les accidents de la route constituent la première cause initiale de décès chez les hommes avec 10,4 pour cent des cas, tandis que les affections maternelles prédominent chez les femmes avec 13,7 pour cent. Cette divergence illustre l’exposition différenciée des jeunes adultes selon leur sexe : les hommes paient un lourd tribut aux traumatismes routiers, tandis que les femmes décèdent majoritairement de complications liées à la grossesse et à l’accouchement. Chez les 30 à 49 ans, le VIH arrive en tête pour les deux sexes réunis avec 8,0 pour cent, mais la désagrégation par sexe montre une prédominance de la tuberculose chez les hommes avec 7,6 pour cent et du VIH chez les femmes avec 10,7 pour cent. Cette configuration suggère que les hommes et les femmes ne sont pas exposés aux mêmes risques infectieux, ni ne bénéficient des mêmes parcours de dépistage et de prise en charge.

La concentration des décès masculins entre 30 et 49 ans, qui représentent 23,5 pour cent des décès masculins contre 21,1 pour cent des décès féminins dans cette tranche d’âge, conjuguée à la prédominance des accidents de la route chez les jeunes hommes, dessine le profil d’une mortalité évitable qui frappe des individus en pleine force de l’âge. Les hommes représentent 56,1 pour cent des 6 360 décès certifiés, soit un rapport de masculinité de 1,3. Ce rapport atteint 1,5 entre 50 et 59 ans, avant de s’inverser légèrement à 0,96 chez les personnes âgées de 70 ans et plus, où les femmes sont majoritaires parmi les décès. L’âge médian au décès est de 49 ans pour l’ensemble, avec 48 ans chez les hommes et 50 ans chez les femmes. L’âge moyen est de 47 ans pour les deux sexes, avec un écart-type de 27,2 ans, traduisant une dispersion importante des âges au décès. Le premier quartile est de 25 ans, ce qui signifie que 25 pour cent des décès surviennent avant 25 ans, et le troisième quartile est de 67 ans, ce qui signifie que 75 pour cent des décès surviennent avant 67 ans. Chez les hommes, le troisième quartile est de 65 ans, contre 70 ans chez les femmes, confirmant la surmortalité masculine aux âges adultes et la surmortalité féminine aux âges avancés.

Les accidents : une analyse détaillée

Les accidents constituent la catégorie la plus importante des causes externes avec 366 décès, soit 5,8 pour cent de l’ensemble. Cette catégorie inclut les accidents de la route, qui totalisent 153 décès et se classent au dixième rang des causes initiales de décès avec 2,7 pour cent, ainsi que d’autres types d’accidents non spécifiquement détaillés dans le rapport. La répartition par sexe des accidents est particulièrement asymétrique : 311 décès masculins, soit 8,7 pour cent des décès masculins, contre 55 décès féminins, soit 2,0 pour cent des décès féminins. Le rapport

entre ces deux proportions est de 4,35, ce qui signifie que les hommes ont plus de quatre fois plus de risques de décéder d’un accident que les femmes dans les formations sanitaires participantes. Cette surmortalité masculine par accident est un phénomène documenté dans de nombreux pays et s’explique par des facteurs comportementaux, professionnels et sociaux.

L’analyse régionale des accidents de la route révèle des disparités notables. Dans l’Adamaoua, les accidents de la route constituent la deuxième cause initiale de décès avec 34 cas, soit 9,4 pour cent des décès analysés dans cette région. Dans la région du Nord, ils apparaissent au quatrième rang avec 5 décès, soit 3,8 pour cent. Dans l’Ouest, ils figurent au quatrième rang avec 43 décès, soit 4,0 pour cent. Dans le Sud-Ouest, ils occupent le quatrième rang avec 26 décès, soit 5,2 pour cent. Ces variations géographiques reflètent à la fois les caractéristiques des réseaux routiers, l’intensité du trafic, les comportements des usagers et la qualité de la prise en charge préhospitalière. Les régions de transit et les zones à forte densité de population apparaissent comme les plus touchées, tandis que les régions enclavées ou faiblement motorisées enregistrent des proportions plus faibles.

Les agressions : une violence essentiellement masculine

Les agressions représentent 42 décès, soit 0,7 pour cent de l’ensemble. La répartition par sexe est là encore très asymétrique : 33 décès masculins, soit 0,9 pour cent des décès masculins, contre 9 décès féminins, soit 0,3 pour cent des décès féminins. Le rapport entre ces deux proportions est de 3,0, ce qui signifie que les hommes ont trois fois plus de risques de décéder d’une agression que les femmes. Cette surmortalité masculine par agression est cohérente avec les données de la criminologie qui montrent que les hommes sont à la fois plus souvent auteurs et plus souvent victimes de violences interpersonnelles. Les agressions incluent les homicides, les coups et blessures ayant entraîné la mort, et les violences domestiques mortelles. La faiblesse relative de cette catégorie, 0,7 pour cent de l’ensemble, suggère que les décès par agression surviennent souvent avant l’arrivée à l’hôpital ou dans des contextes où la certification médicale n’est pas réalisée.

Les empoisonnements, suicides et autres causes externes

Les empoisonnements (17 décès), suicides (7 décès) et autres causes externes (15 décès) restent quantitativement marginaux, reflétant une probable sous-déclaration due à des facteurs socio-culturels. Pour les politiques de santé publique, ce rapport dégage quatre enjeux majeurs : adapter les soins au double fardeau des maladies (87,2 %), cibler la surmortalité masculine externe (rapport de 3,68), améliorer la qualité des données (5,8 % d’inconnus et 22,7 % de causes mal définies), et faire de la sécurité routière une priorité face aux ravages chez les 15-29 ans. Il recommande une approche multisectorielle (Transports, Intérieur, Justice, Santé, Éducation) via un système de surveillance intégré des traumatismes.

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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