Décentralisation des achats au niveau régional, traçabilité numérique renforcée, réformes financières et surveillance stricte des laboratoires : le ministère de la Santé déploie une riposte globale pour sécuriser la chaîne d’approvisionnement.
Face à une crise d’approvisionnement devenue structurelle, le pouvoir public sort l’artillerie lourde. Au cœur du dispositif annoncé : l’injection d’une enveloppe budgétaire supplémentaire de 15 millions de dinars tunisiens par an, directement visée vers les directions régionales de la santé.Loin d’un simple effet d’annonce, ce soutien financier acte un changement complet de doctrine.
En court-circuitant la centralisation historique, l’Etat accorde une autonomie décisionnelle aux structures locales. Hôpitaux régionaux et centres de soins primaires disposent désormais de la souplesse nécessaire pour acheter sans délai les molécules manquantes, réagissant en temps réel aux tensions de terrain pour constituer des stocks de sécurité. L’enjeu est vital : éviter la moindre rupture de soins chez les patients souffrant de pathologies chroniques ou lourdes.
Cette intervention éclair fait directement suite à la pression montante sur le terrain politique. L’interpellation marquée de la députée Mariem Cherif à l’Assemblée avait remis en lumière le marasme dans lequel se débat la Pharmacie Centrale de Tunisie (PCT). Etranglée par les impayés colossaux des hôpitaux publics et de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM), la PCT accumulait les retards de paiement auprès des géants pharmaceutiques internationaux.
Cette enveloppe de 15 millions de dinars vient donc jouer le rôle de garrot d’urgence au niveau local pendant que le pouvoir central tente de réorganiser le secteur.Numérique et tolérance zéro pour une meilleure traçabilitéInjecter du capital ne suffisant pas à assainir une chaîne logistique défaillante, le ministère de la Santé engage une véritable mue technologique et réglementaire.
Le mot d’ordre : anticiper plutôt que subir.L’exécutif mise sur un maillage numérique serré pour suivre en temps réel la vie du médicament. Avec la généralisation de la plateforme « e-pharmacie » et le déploiement d’un outil national de suivi des stocks élaborés conjointement avec l’Ordre des pharmaciens et les industriels, les autorités entendent disposer d’une cartographie exacte des disponibilités à l’échelle du territoire.
En parallèle, le cadre réglementaire se durcit considérablement à l’égard des laboratoires pharmaceutiques. En vertu du texte ministériel du 26 janvier 2026, les titulaires d’autorisations de mise sur le marché (AMM) ne peuvent plus naviguer à vue. Ils ont désormais l’obligation stricte de déclarer l’ensemble de leurs stocks matières premières et produits finis et d’informer l’Agence Nationale du Médicament et des Produits de Santé (ANMPS) de tout risque de rupture au moins trois mois à l’avance sous peine de sanctions.
Chaque acteur industriel devra en outre formaliser des plans de gestion des risques pour les molécules dites critiques. La publication imminente par l’ANMPS de la liste officielle des traitements vitaux prioritaires (ciblant en premier lieu l’oncologie, la cardiologie et la neurologie) viendra clore l’ère du flou artistique pour imposer une obligation de résultat.Rétablir la solvabilité pour pérenniser l’accès aux soinsPour débloquer les canaux d’importation, le ministère de la Santé travaille de concert avec le ministère de la Finance afin de régulariser d’urgence les transferts de la CNAM.
Cette bouffée d’oxygène financière doit permettre d’apurer progressivement les créances et de rouvrir les lignes d’approvisionnement coupées ou restreintes par les laboratoires internationaux.Au centre de cette architecture rénovée, l’ANMPS hérite des prérogatives d’évaluation et de contrôle renforcées.
Désormais arbitre régulateur du secteur, l’Agence se voit confier la mission d’empêcher que des tensions logistiques régionales ne se muent à nouveau en drame sanitaire national.










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