Le déficit ne se cache plus derrière les éléments de langage. Réunis le 15 septembre pour la dixième session extraordinaire du Comité de gestion du Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS), les administrateurs ont dû regarder en face un chiffre qui claque : plus de la moitié des besoins en sang du pays ne sont pas couverts.
C’est la professeure Dora Mbanya, Directrice générale du CNTS, qui a posé les termes du problème, chiffres à l’appui : « Nous avons besoin d’environ 400 000 poches de sang par année. À la fin de l’année, nous avons obtenu 187 poches de sang. C’est environ 47 % de nos besoins. Cela signifie que 53 % des personnes qui ont besoin de sang ne peuvent pas l’obtenir. Cela pourrait signifier la mort. »
Derrière ce pourcentage, des visages précis. « Nous avons les personnes les plus vulnérables, les femmes enceintes, les femmes en pleurs. Quand elles n’ont pas accès au sang, elles meurent. Nous avons les enfants anémiques. Quand ils n’ont pas accès au sang, ils meurent », a-t-elle insisté, avant d’élargir le constat : « Nous avons tant d’autres pathologies qui ont besoin de sang. »
La professeure Mbanya a également établi le lien de cause à effet entre pénurie et contraintes budgétaires : « Quand nous avons reçu ces stratégies, nous avons réalisé que les problèmes financiers sont très liés à notre capacité à produire, à utiliser. Nous avons donc réalisé des stratégies pour les ressources financières. Grâce à Dieu, nous avons reçu MINFI, MINPAT
et le ministre de la Santé. Ils ont ajouté notre subvention. C’est important que la session soit tenue pour que le comité puisse l’accepter. C’est la raison. »
Le « collectif budgétaire », ou l’art de s’adapter en cours de route
C’est précisément pour intégrer ces financements additionnels que le Comité de gestion s’est réuni en session extraordinaire. À l’ouverture des travaux, le Professeur Tetanye Ekoe, président du Comité, a d’emblée situé l’enjeu : « Le Collectif budgétaire n’est pas un simple document administratif de régularisation ; il est le témoignage chiffré de notre capacité à adapter nos moyens à nos ambitions, à corriger nos trajectoires, et à garantir la continuité des missions vitales qui sont les nôtres. »
Il a précisé la nature technique de l’exercice : « Un Collectif budgétaire est un instrument de régulation qui autorise la modification, en cours d’exercice, des prévisions initialement inscrites dans la loi de finances ou dans le budget d’une entité donnée […]. Il constitue donc, à sa manière, l’instrument juridique et financier de notre agilité. »
Une agilité loin d’être un luxe pour l’établissement, a-t-il souligné : « Notre établissement est de ceux pour lesquels l’agilité budgétaire n’est pas un luxe, mais une condition de survie opérationnelle. » La collecte de sang, la qualification biologique des dons, la distribution des produits sanguins labiles sur l’ensemble du territoire national sont, selon lui, « autant de missions dont le rythme dépend étroitement de moyens dont la disponibilité n’est ni figée, ni prévisible d’un bout à l’autre de l’exercice ».
Trois exigences ont structuré son propos. D’abord la sincérité : « Les modifications proposées doivent correspondre à des besoins réels, documentés et évalués avec le plus grand soin. Aucune ligne ne doit reposer sur une estimation de confort ou sur une anticipation incertaine. » Ensuite la régularité, le collectif devant « s’inscrire strictement dans le cadre des textes qui régissent notre établissement, nos pratiques budgétaires et financières, ainsi que les règles de la comptabilité publique ». Enfin la cohérence d’ensemble : « Les reclassements et modifications proposés ne doivent pas fragiliser l’équilibre général du budget. Un Collectif budgétaire pertinent est celui qui éclaire la trajectoire de l’exercice, non celui qui la brouille. »
Ce souci de rigueur n’est pas anecdotique. Il fait suite à un épisode révélateur, que le président a lui-même rappelé : lors de la session ordinaire du 19 juin, le Comité avait dû reporter l’examen des comptes, « motivé par les écarts et incohérences alors constatés entre le projet de Compte administratif et le Compte de gestion ». Ce n’est qu’après un travail de fond, lors de la session du 26 juin, que ces documents ont finalement été approuvés : « non sans faire valoir des observations sur la présentation des comptes ».
Des ambitions à 2030, un budget pour les tenir
Le collectif budgétaire ne se limite pas à un exercice comptable de rattrapage. Il s’inscrit, selon le Professeur Tetanye Ekoe, dans la trajectoire fixée par le plan stratégique 2026-2030, examiné en décembre 2025 : « Porter notre taux de couverture des besoins en poches de sang à 90 % d’ici 2030, garantir que 75 % de nos produits sanguins respectent les normes de qualité, et fidéliser un vivier de donneurs qui doit atteindre 120 000 nouveaux donneurs à l’horizon 2030. » Des ambitions, a-t-il prévenu, qui « ne se réaliseront pas par la seule vertu des mots » et qui exigent « des moyens, une programmation financière lucide et une capacité constante d’adaptation ».
Des objectifs qui, entre les 47 % actuels rapportés par la professeure Mbanya et les 90 % visés, mesurent l’ampleur du chemin à parcourir.
Régularité budgétaire et remise en ordre des banques de sang
Dans la seconde partie de son intervention, le président a insisté sur la nécessité de rester strictement dans les clous du budget rectifié : « Il est extrêmement important de rester dans la ligne de ce budget afin que le public et le gouvernement sentent bien que la mission qui nous a été assignée… suivant le vœu et la sollicitation du chef de l’État, son excellence Paul Biya, est de faire en sorte que le CNTS contribue à fournir à la population un sang de qualité, un sang sûr et en quantité suffisante. »
Trois priorités ont été rappelées : rendre la collecte de sang « aussi productive que possible », convaincre davantage la population de la nécessité d’en donner « une des grandes obsessions de la direction générale », et garantir la production d’un sang de qualité. Sur ce dernier point, une annonce a retenu l’attention : « Le gouvernement, le ministre de la santé publique nous a accordé le pouvoir d’encadrer un peu mieux les banques de sang », a précisé le président, en référence à des « événements » survenus récemment ayant révélé « quelques petits problèmes, quelques petits correctifs à faire ».
La session s’est refermée sur une note protocolaire, mais qui résume l’esprit de la rencontre : au-delà des chiffres et des lignes budgétaires, l’objectif reste de garantir à chaque Camerounais qui en a besoin l’accès à un produit sanguin sûr, disponible et de qualité.










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