Shopping cart

Subtotal 0 CFA

View cartCheckout

Echosanté est un magazine de santé en ligne dédié à l’information fiable, à la prévention, au bien-être et aux innovations médicales, pour aider chacun à mieux vivre et décider.

TnewsTnews
  • Home
  • ACTUALITE
  • Préservation du patrimoine culturel : L’art culinaire, vecteur de l’identité ancestrale
ACTUALITE

Préservation du patrimoine culturel : L’art culinaire, vecteur de l’identité ancestrale

Email : 6

Des techniques de fumage traditionnelles, de la maîtrise des plantes forestières aux secrets de transformation des produits du terroir, la gastronomie incarne l’expression la plus authentique de la diversité culturelle. Préserver cet héritage est donc d’une importance capitale.

L’alimentation dépasse depuis toujours le simple besoin physiologique. Chaque plat concocté, chaque épice pilée et chaque méthode de cuisson transmise de génération en génération racontent le récit d’un peuple, son histoire et son rapport intime avec la terre. En Afrique centrale, la gastronomie traditionnelle constitue le socle invisible mais profond de l’identité collective.

Pourtant, ce patrimoine immatériel tend à disparaître. Réunis ce 13 octobre 2026 au Bureau régional de l’UNESCO à Yaoundé, sous l’égide du Centre régional pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel en Afrique centrale (CRESPAC), experts, décideurs politiques et organisations internationales tirent la sonnette d’alarme : nos saveurs ancestrales sont en voie de disparition, et il y a urgence à agir.L’art culinaire, miroir et vecteur de l’identité ancestraleLa cuisine africaine n’est pas un simple assemblage d’ingrédients : elle est une mémoire vivante.

Les savoir-faire culinaires de l’espace CEMAC portent l’empreinte des migrations, des rites de passage et de la cohésion sociale de nos communautés. Qu’il s’agisse des techniques de fumage traditionnelles, de la maîtrise des plantes forestières chez les peuples Gbaya ou des secrets de transformation des produits du terroir tchadien, la gastronomie incarne l’expression la plus authentique de la diversité culturelle sous-régionale.Au cœur de ce transfert de mémoire, les femmes jouent un rôle important. Gardiennes du temple culinaire, ce sont elles qui détiennent et transmettent les recettes et les tours de main oubliés : « J’ai appris à faire la cuisine auprès de maman, qui l’avait appris de la sienne », explique Mariella, une femme au foyer.

Comme le rappelle la Convention de 2003 de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, ces pratiques ne sont pas de simples habitudes de table, mais un véritable patrimoine culturel vivant dont la préservation garantit le sentiment d’appartenance et la continuité historique des nations.L’urgence de la préservation face à la menaceFace à l’urbanisation galopante, à la mondialisation des modes de consommation et à la prolifération des produits ultra-transformés importés, sources de nombreuses maladies, notamment le diabète, l’obésité et l’hypertension, à l’heure actuelle, le risque d’érosion des traditions culinaires n’a jamais été aussi élevé : « De nos jours, tout est revisité.

Même les recettes traditionnelles qui, d’antan, étaient cuisinées comme à l’époque de nos grands-parents subissent le coup », confie Martin, un riverain, avec amertume. Des dizaines de recettes complexes et de méthodes de cuisson ancestrales tombent progressivement dans l’oubli, délaissées par une jeunesse séduite par l’uniformisation de l’alimentation moderne.

Perdre ce savoir-faire ne signifie pas seulement changer de régime alimentaire ; cela équivaut à effacer des pans entiers de notre histoire et à fragiliser notre souveraineté culturelle, mais expose également les populations aux maladies non transmissibles. La disparition progressive de ces pratiques menace l’écosystème local et appauvrit la biodiversité agricole de la région : « À cette allure, même nos petits-enfants et arrière-petits-enfants ne sauront pas exactement ce qui est ancestral et ce qui ne l’est pas », a conclu Martin.

C’est précisément pour enrayer cette amnésie gastronomique que les acteurs régionaux se mobilisent.De la prise de conscience à l’actionLa rencontre de Yaoundé ne relève pas du hasard : elle s’inscrit dans un déploiement stratégique de l’UNESCO et de ses partenaires. La présence conjointe de la FAO et des ministères clés (MINAC, MINTOUL, MINRESI, MINREX) témoigne de la volonté d’appliquer concrètement la Stratégie culturelle de la CEMAC.Plusieurs initiatives majeures concrétisent déjà ce combat. Le projet mondial « Food Atlas », initié dès 2025 avec le soutien de l’Arabie saoudite, permet aujourd’hui d’inventorier, de documenter et d’inscrire les recettes menacées dans l’International Atlas of Food Heritage.

Parallèlement, des événements comme « Le Grand Talk » lors de la Coupe du Monde de la Presse Culturelle ont permis de sensibiliser les médias à cet enjeu majeur. Sur le terrain, la mobilisation des femmes lors des foires commerciales intra-régionales démontre que la valorisation des produits du terroir est aussi un formidable levier de développement économique durable et de tourisme culturel.L’art culinaire en Afrique centrale demeure donc le gardien silencieux de nos origines.

Le préserver, c’est refuser l’anonymat culturel. Reste désormais à savoir si cette vaste mobilisation institutionnelle permettra à la jeunesse de l’espace CEMAC de se passionner à nouveau pour ses racines et de réinscrire fièrement ses plats traditionnels au menu du monde de demain.

img

Audray Ndengue

Journaliste

Ndengue Audray, journaliste dans le groupe Échos santé, Brevet de Technicien Supérieur en sciences et techniques de l'information et de la communication à l'Institut Universitaire Siantou. Écris et parle parfaitement le français

Leave a Reply

Articles similaires