Face à un taux alarmant de 67 % des cas d’IMC nationaux concentrés à Yaoundé, l’association Jaydah Precious Heart mène une campagne de sensibilisation dans trois hôpitaux de la cité capitale. Femmes enceintes, sage-femmes et matronnes sont mobilisées pour prévenir ce fléau.
L’infirmité motrice cérébrale (IMC) demeure l’un des angles morts de la santé publique, particulièrement en Afrique où elle reste un sujet profondément tabou, mystifié et méconnu du grand public. À l’échelle mondiale, ce sont pas moins de 50 millions de cas de paralysie cérébrale qui sont recensés. Plus alarmant encore, les statistiques révèlent que la ville de Yaoundé concentre à elle seule 67 % des cas d’IMC sur l’ensemble de la population camerounaise. Face à cette urgence sanitaire, l’association Jaydah Precious Heart, en collaboration avec le ministère de la Santé publique, a initié un programme de sensibilisation d’envergure dans les formations sanitaires de la capitale, notamment à l’hôpital de district de Mvog Ada. Une démarche de terrain saluée tant par le corps médical que par les patientes.
Briser les tabous et sensibiliser dès le plus jeune âge de la grossesse
Organisée dans le cadre d’un programme ciblant les matrones, les sages-femmes et les femmes enceintes, cette initiative vise à déconstruire les croyances limitantes et à outiller le personnel soignant ainsi que les futures mères. Comme le souligne Carole Njomo, major en pédiatrie-néonatalogie : « Cette sensibilisation est essentielle car en Afrique, l’infirmité motrice cérébrale reste un sujet tabou et mystifié. En tant que professionnels de santé, nous sommes à la base de sa vulgarisation, car mieux on la connaît, mieux on l’évite pour tendre vers son éradication ».
Pour préserver le cerveau du fœtus et prévenir les causes majeures de l’IMC telles que l’asphyxie néonatale, la prématurité, l’ictère néonatal mal traité ou les infections périnatales, les professionnels de la santé martèlent l’importance d’un suivi rigoureux. Carole Njomo exhorta ainsi les femmes à respecter scrupuleusement les 8 consultations prénatales (CPN) recommandées par le ministère de la Santé. Ce suivi implique une hygiène de vie et environnementale irréprochable pour parer aux infections, le bannissement total de l’alcool et du tabac, un soin méticuleux dans le lavage et la cuisson des aliments, ainsi que l’interdiction formelle de l’automédication à base de tisanes traditionnelles pour soigner le paludisme.
Le rôle crucial du suivi trimestriel par les sages-femmes
Sur le terrain, l’hôpital de district de Mvog Ada est en première ligne. Patricia Zobo, sage-femme dans cette structure, insiste sur l’importance de chaque trimestre de grossesse pour écarter les risques : « Dès le premier trimestre de grossesse, nous exigeons une consultation et une première échographie pour dater la grossesse, vérifier sa localisation, écarter les grossesses arrêtées et prévenir l’anémie et les malformations. »
Le suivi se poursuit avec rigueur au deuxième trimestre grâce à l’échographie morphologique, indispensable pour dépister d’éventuelles malformations cérébrales ou physiques et intervenir à temps. Enfin, le troisième trimestre permet d’évaluer le poids du fœtus, la quantité de liquide amniotique et de détecter des anomalies critiques comme le tour de cordon (circulaire), prévenant ainsi la souffrance fœtale et les complications au moment de l’accouchement.
Reconnaître les signes d’alerte pour une prise en charge urgente
La campagne menée par l’association Jaydah Precious Heart met également un accent particulier sur l’éducation des femmes face aux signaux d’alarme. Salomé Amougou, sage-femme stagiaire ayant pris part à la rencontre, témoigne de l’utilité de cette formation : « J’ai retenu les principaux signes de danger qui doivent amener une femme enceinte à consulter d’urgence à l’hôpital.
Il s’agit notamment des écoulements vaginaux anormaux, qu’il s’agisse de pertes abondantes ou d’une perte des eaux, des saignements qui ne sont jamais normaux pendant la grossesse, ainsi que des maux de tête violents, des nausées excessives et des œdèmes entraînant le gonflement des mains, des pieds et du visage. »Cette prise de conscience collective, soutenue par des initiatives salvatrices comme celle de l’association Jaydah Precious Heart, redéfinit les standards de la prévention maternelle et infantile au Cameroun. En transformant l’information en bouclier, le corps médical et la société civile unissent leurs forces pour endiguer l’impact de l’IMC et offrir aux nouveau-nés un avenir protégé.
Réaction : « Notre association milite pour la prévention des risques évitables liés à l’IMC »

L’association Jaydah Precious Heart milite pour la prévention des risques évitables liés à l’infirmité motrice cérébrale (IMC) ou paralysie cérébrale. Cette pathologie étant incurable, son seul “médicament” reste la prévention. Pour clôturer nos activités d’octobre menées sous le programme “cœur à cœur”, nous avons effectué des descentes sur le terrain dans trois formations sanitaires.Les causes principales de cette affection incluent l’ictère néonatal mal soigné ou non traité, la souffrance fœtale, les infections durant la grossesse et l’accouchement, ainsi que la prématurité. Auprès des femmes, souvent ignorantes de la maladie, et du personnel de santé – qui a accueilli notre démarche à bras ouverts –, nous repartons avec le sourire, sachant que matrones, sages-femmes et mères relayeront l’information.
Dans notre contexte social, marqué par la rareté de spécialistes (psychomotriciens, kinésithérapeutes, orthophonistes) pour accompagner ces enfants vers l’autonomie, notre meilleur combat reste la prévention.À travers cette initiative, notre objectif premier est de démystifier cette maladie encore taboue au Cameroun et en Afrique, souvent attribuée à tort à des causes mystiques ou familiales, et affublée de qualificatifs stigmatisants. Il s’agit de faire comprendre aux parents qu’il ne s’agit ni de sorcellerie ni d’une fatalité, mais d’une affection évitable grâce à une bonne prise en charge, de la grossesse jusqu’après la naissance. »








