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Santé communautaire : Plaidoyer pour un pluralisme thérapeutique face à l’asthme

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Dans son ouvrage de référence paru en 2024, le Pr Azer Flavien Nde explore les logiques d’acteurs et les thérapies communautaires de l’asthme dans le District de santé de la Mifi, à l’Ouest-Cameroun.

Du certificat d’études primaires dans une modeste école de Bafoussam aux plus hautes sphères universitaires jusqu’à sa consécration comme maître de conférences en janvier 2026, la trajectoire du Pr Azer Flavien Nde incarne une magnifique leçon de résilience et de fidélité à ses racines. Anesthésiste-réanimateur, anthropologue et expert en santé communautaire, l’homme n’a jamais quitté Tocket, ce quartier populaire de Bafoussam où il continue d’exercer, de soigner et d’enseigner. C’est précisément cette double exigence l’excellence académique internationale alliée à un ancrage viscéral sur le terrain qui irrigue son ouvrage de référence paru en 2024 : Logiques d’acteurs et thérapies communautaires de l’asthme dans le District de santé de la Mifi à l’Ouest-Cameroun.

S’inscrivant au carrefour de la santé publique et de l’anthropologie médicale, ce livre attaque de front un paradoxe persistant dans les pays en développement : malgré la mise en place de politiques de santé nationales, les patients continuent massivement de se tourner vers les thérapies endogènes face à la crise hospitalière et au coût élevé des soins biomédicaux. Pour décrypter ce phénomène, l’auteur s’appuie sur une méthodologie qualitative rigoureuse menée dans le District de santé de la Mifi, combinant l’enquête auprès de 85 acteurs clés (tradipraticiens, professionnels de santé, mobilisateurs communautaires, mères, garde-malades et adolescents asthmatiques) et une armature théorique solide.

Mobilisant la sociologie de l’action de Max Weber, la théorie des représentations sociales de Denise Jodelet, la sociologie des organisations de Crozier et Friedberg, ainsi que la théorie générale des systèmes de Ludwig von Bertalanffy, l’ouvrage modélise avec brio les interactions complexes du soin. Sur le plan de la forme, le livre séduit par sa rigueur structurée : il compte 320 pages réparties en huit chapitres enrichis de schémas, de figures et de dessins pédagogiques. L’un des apports majeurs de l’ouvrage réside dans la classification minutieuse des acteurs de santé répartis en quatre grands secteurs : le secteur moderne, le secteur traditionnel, le secteur populaire et la zone de jonction ou de conflit, magnifiquement cartographiés à la page 222 par une figure de synthèse.

L’auteur y décrypte les déterminants culturels de l’asthme souvent perçu dans les représentations locales comme lié à des déséquilibres sociaux ou familiaux tout en analysant l’usage de la pharmacopée traditionnelle et l’impact de crises sanitaires comme la Covid-19. Plus qu’une simple thèse académique, cet ouvrage constitue un plaidoyer vibrant et audacieux en faveur du pluralisme thérapeutique. En démontrant que le syncrétisme et la complémentarité entre la biomédecine et la médecine traditionnelle ne doivent plus être de vains mots consignés dans des rapports administratifs, mais une réalité opérationnelle co-construite avec les populations, le Pr Azer Flavien Nde signe une contribution magistrale.

Guidé par sa devise fondatrice « On n’importe pas des solutions. On les invente avec les gens », il offre aux chercheurs, aux décideurs politiques et aux acteurs de terrain un guide indispensable pour repenser la santé communautaire en Afrique, valoriser le dialogue des savoirs et replacer la dignité humaine au cœur absolu de l’action médicale.

« On n’importe pas des solutions, on les invente avec les gens »

Pr Azer Flavien Nde

Auteur d’un ouvrage de référence paru en 2024 sur la thérapie communautaire de l’asthme, le Pr Azer Flavien Nde revient sur son parcours d’exception, de l’infirmier de brousse au grade de maître de conférences obtenu en janvier 2026. Dans cet échange, il décrypte les logiques d’acteurs, le pluralisme thérapeutique et la nécessité absolue d’ancrer la recherche de santé publique dans les réalités du terrain.

Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Je me nomme Azer Flavien Nde. Je suis né à Bafoussam. Mon parcours m’a d’abord conduit au diplôme d’État d’infirmier, puis au diplôme d’État d’infirmier anesthésiste. J’ai ensuite obtenu une licence en sciences de la santé, option sciences infirmières, suivie d’un master 1 et d’un master 2 en anesthésie-réanimation. J’ai également validé un master en anthropologie médicale à l’Université de Yaoundé I, avant de décrocher un doctorat en santé publique, option santé communautaire, à l’Université Catholique d’Afrique Centrale. En janvier 2026, j’ai été promu au grade de maître de conférences à l’issue d’une sélection.

En 2024, vous avez publié un ouvrage sur la thérapie communautaire de l’asthme. Pourquoi ce choix de titre et quel en est le contenu ?

L’ouvrage s’intitule : Logiques d’acteurs et thérapie communautaire de l’asthme dans le district de santé de la Mifi à l’Ouest-Cameroun. Sa couverture est hautement symbolique : elle met en scène un aérosol de salbutamol (type Ventoline), un stéthoscope et des poumons. L’aérosol renvoie au traitement de la crise d’asthme ; le stéthoscope, à l’auscultation et à la démarche clinique ; les poumons, au siège de la pathologie.

Le choix de l’expression « logiques d’acteurs » relève des sciences sociales. Sur le terrain, lors des campagnes de santé publique qu’il s’agisse de la vaccination, de la distribution de vitamine A ou de moustiquaires imprégnées, nous avons fait un constat persistant : des personnes souffrant d’asthme se soignent de multiples manières, en ayant recours à des remèdes endogènes, des écorces ou des plantes. D’où notre interrogation fondamentale : pourquoi, malgré les efforts de l’État et de la biomédecine, certains malades continuent-ils de se tourner vers ces pratiques ? Le district de santé de la Mifi a été retenu comme cadre d’étude parce que j’y ai longuement exercé et mené de nombreuses activités de santé communautaire.

Le district de santé de la Mifi présente des particularités culturelles et environnementales marquées. Quels facteurs façonnent les parcours thérapeutiques des patients asthmatiques ?

Le district de la Mifi englobe plusieurs localités, notamment Bamougoum, Bafoussam et Baleng, qui partagent des us et coutumes riches. Dans les représentations locales, la maladie ne relève pas uniquement de la sphère biomédicale : elle peut être lue comme la conséquence d’un manquement social ou familial. Par exemple, un successeur qui quitte le village et s’affranchit de ses responsabilités coutumières peut, selon ces croyances, s’exposer à la maladie. Le rite dit de « la chaise » permet alors une réconciliation avec la famille et la communauté.

Il ne s’agit pas d’une causalité médicale, mais bien d’une lecture sociale de la souffrance qu’il est indispensable de comprendre pour accompagner efficacement les patients. Sur le plan thérapeutique, les communautés utilisent traditionnellement des écorces, des feuilles de papaye et diverses plantes médicinales pour soulager les affections respiratoires. Le recours à l’hôpital n’intervient souvent qu’en cas d’aggravation, parfois au stade de complications aiguës. C’est ce qui fait de la Mifi un terrain d’observation privilégié pour la recherche en santé publique.

Entre biomédecine et thérapie communautaire, observez-vous une concurrence, une complémentarité ou un syncrétisme ?

Le syncrétisme devrait être la voie idéale et souhaitable. Or, sur le terrain, on observe tantôt une complémentarité fragile, tantôt une concurrence larvée. Les acteurs de la médecine moderne et ceux de la médecine traditionnelle ont trop souvent tendance à camper sur leurs positions et à tirer chacun de leur côté.

La complémentarité ne doit pas rester un simple slogan dans les discours officiels. Nous plaidons avec force pour que les décisions de santé publique soient prises après un véritable travail de terrain, et non depuis des bureaux climatisés. Une synergie étroite entre biomédecine et médecine traditionnelle doit être portée institutionnellement auprès du ministère de la Santé publique et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

À quel public s’adresse cet ouvrage et comment avez-vous réussi à le rendre accessible tout en conservant la rigueur scientifique ?

L’ouvrage s’adresse à un public large et pluridisciplinaire : soignants, personnels de première ligne, acteurs de santé publique, décideurs, communautés locales et associations de patients. Sa structuration a voulu être résolument pédagogique. Nous avons pris le parti d’expliquer les concepts avec clarté, de les illustrer par des figures concrètes et de les ancrer dans les réalités quotidiennes du terrain, sans jamais transiger avec la rigueur scientifique exigée par une démarche universitaire.

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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