Un nouveau plan continental ambitieux, lancé à Abuja, fixe une feuille de route chiffrée pour doubler les effectifs d’agents de santé communautaires d’ici 2030. Sa priorité absolue : transformer ces acteurs de terrain en véritables professionnels intégrés et rémunérés.
Sur le continent africain, la santé communautaire s’apprête à changer de visage. Lancé le 30 octobre à Abuja, le Plan continental d’accélération de la santé communautaire 2026-2030 traduit les engagements de l’Union africaine (UA) en actions concrètes. Alors que l’Afrique comptait 1,05 million d’agents de santé communautaires (ASC) en mai 2026, l’objectif est d’atteindre les 2 millions d’ici 2030. Mais au-delà des chiffres, le véritable enjeu de ce plan réside dans une rupture paradigmatique : la professionnalisation d’un métier trop longtemps laissé dans l’informel.
Sortir de la précarité et structurer les carrières
Aujourd’hui encore, la croissance des effectifs masque une grande vulnérabilité du système. Seuls 68 % des États membres reconnaissent officiellement les ASC comme membres à part entière de leur personnel de santé, et à peine 31 % leur offrent une perspective de carrière. De plus, 85 % des pays dépendent des bailleurs de fonds pour financer au moins la moitié de leur santé communautaire.
Le nouveau plan vise à corriger ces fragilités structurelles. Il ne s’agit plus de s’appuyer sur du bénévolat ou des indemnités précaires, mais d’institutionnaliser la fonction. L’ambition est d’installer un ASC polyvalent, formé pour délivrer un paquet standardisé de services essentiels, travaillant en synergie directe avec les infirmiers, les sages-femmes et les médecins. En garantissant un statut clair et un plan de carrière attractif, le plan entend valoriser ce maillon essentiel de la médecine de proximité.

Quatre trajectoires et un investissement rentable
Conscient des disparités nationales, le document classe 50 États membres en quatre catégories adaptées à leurs capacités : de la « construction des fondations » (19 pays) à la « consolidation » (11 pays), en passant par le « passage à l’échelle » et la « dernière étape ».
L’effort financier global est estimé à 28 milliards de dollars d’ici 2030, soit environ 4,3 milliards par an. Un investissement massif mais extrêmement rentable : chaque dollar injecté devrait générer un retour économique de 19 dollars. Pour assurer la pérennité de ces emplois, le financement reposera progressivement sur les ressources nationales (budgets publics, taxes dédiées, assurance maladie), tandis que l’aide internationale se concentrera sur les pays aux marges budgétaires les plus faibles.
Un pilotage unifié sous l’égide d’Africa CDC
Afin de mettre un terme à la fragmentation des initiatives sur le terrain, le plan impose un principe unique : « Un budget, un plan, un cadre de suivi-évaluation ». La coordination continentale sera pilotée par Africa CDC, garantissant que la montée en compétence et la reconnaissance statutaire des agents s’opèrent avec la même rigueur d’un bout à l’autre du continent. En professionnalisant ses agents de santé communautaires, l’Afrique fait le choix d’un système de santé résilient, durable et ancré au plus près des populations.











































































































































































































































































