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Suicide : Plus de 2333 cas recensés au Cameroun

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À l’occasion de la Journée mondiale de la prévention du suicide ce 10 septembre, entre pesanteurs sociologiques, tabous familiaux et pressions scolaires, l’Association Camerounaise de Prévention et de Lutte contre le Suicide intensifie sa mobilisation à Yaoundé pour imposer l’écoute comme premier rempart contre le désespoir.

Dans les rues de Yaoundé comme dans les profondeurs des régions, une crise silencieuse décime la jeunesse camerounaise, étouffée par le poids d’un tabou ancestral. Entre échecs scolaires redoutés, pressions familiales et détresses psychologiques ignorées, le désespoir pousse chaque année un nombre alarmant de citoyens à l’irréparable. Pourtant, briser le silence n’est plus seulement une option, c’est une urgence absolue portée par des voix courageuses déterminées à terrasser l’omerta.

Face à ce fléau de santé publique, l’Association Camerounaise de Prévention et de Lutte contre le Suicide se dresse en vigie. Son président, Alain Bila, connaît intimement les abîmes de la souffrance pour les avoir frôlés : à la suite d’une double déception amoureuse et professionnelle, il a lui-même ressenti l’envie d’en finir avant de transformer cette épreuve en combat de vie. « C’est cette expérience que nous avons décidé de mettre à profit pour créer cette association et aider ceux qui pourraient se retrouver dans ce genre de situation », confie-t-il, faisant de l’écoute active le socle de son engagement humanitaire.

Les statistiques, bien qu’incomplètes en raison du voile jeté par la société, donnent le vertige. Chaque année, près de 800 000 personnes mettent fin à leurs jours dans le monde, soit un rythme d’une toutes les quarante secondes, presque le double des décès liés au paludisme ou aux homicides. L’OMS recensait déjà plus de 2333 cas au Cameroun en 2021, plaçant le pays parmi les plus touchés d’Afrique avec un taux de 12,2 pour 100 000 habitants. Les pays à revenu faible ou intermédiaire sont en première ligne, représentant 75 % des suicides mondiaux.

Derrière ces chiffres se cachent de lourdes pesanteurs sociologiques. Le président de l’ACPLS explique : « Il y a un problème de collecte de données, lié au tabou qui entoure ce phénomène en Afrique. Les gens n’osent pas déclarer qu’un proche s’est donné la mort. » La honte et la stigmatisation empêchent les familles de libérer la parole, transformant le deuil en un secret coupable qui prive les survivants d’un accompagnement adapté.

La détresse frappe en premier lieu les adolescents et les jeunes de 15 à 29 ans, broyés par le diktat de la réussite scolaire et l’absence de perspectives. Pour contrer cette fatalité, l’ACPLS a intensifié ses actions du 4 au 10 septembre 2026 à Yaoundé, marquant la Journée mondiale sous le thème « Changer le récit sur le suicide ». Marches de sensibilisation, descentes dans les établissements scolaires et formation de « sentinelles » citoyennes le 10 septembre : l’association déploie un filet de sécurité humain. Ces sentinelles, formées à détecter les signaux d’alerte, prouvent que le passage à l’acte n’est jamais soudain, mais l’aboutissement d’un processus que la solidarité peut enrayer.

Le combat n’est pas perdu, et des solutions concrètes existent, à l’image du numéro vert 1510 mis en place par le ministère de la Santé publique pour offrir une écoute psychologique 24 heures sur 24. Comme le martèle Alain Bila : « Le suicide ne doit plus être tabou en 2026. Nous devons en parler. Le suicide, la solution, c’est d’en parler. » En brisant les chaînes de la honte et en tendant la main à ceux qui sombrent, le Cameroun peut enfin espérer sauver sa jeunesse.

INTERVIEW EXCLUSIVE : « Le suicide, la solution c’est d’en parler »

ALAIN BILA

À l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, le président de l’ACPLS décrypte les pesanteurs sociologiques qui étouffent la parole au Cameroun et détaille la stratégie des sentinelles citoyennes pour sauver des vies.

Monsieur le Président de l’Association camerounaise de prévention et de lutte contre le suicide (ACPLS) et coordonnateur sous-régional pour l’Afrique, vous affirmez que le suicide est un problème de santé publique évitable. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi la prévention par le dialogue est si cruciale et quels sont les freins culturels qui entravent cette approche au Cameroun ?

Effectivement, le suicide est évitable. L’OMS le considère comme un problème de santé publique majeur, mais en grande partie évitable par des moyens de prévention, dont le dialogue. C’est dans cette optique que, depuis 2003, l’OMS a instauré la Journée mondiale de lutte contre le suicide. Nous sommes en 2026 et célébrons la 23e édition, placée cette année sous le thème « Changer le récit sur le suicide ».

Le principal frein, c’est le tabou. Dans nos sociétés, le suicide est perçu comme une honte, une malédiction, un secret qu’il faut cacher à tout prix. Les familles préfèrent évoquer une mort naturelle plutôt que de reconnaître qu’un proche s’est donné la mort. Cette attitude empêche les personnes en souffrance de parler, de chercher de l’aide. Elles restent seules avec leur détresse, et le pire finit par arriver.

Pourtant, nous le voyons chaque jour. Les réseaux sociaux nous rapportent des cas presque quotidiens. La semaine dernière encore, un jeune homme a tué sa compagne avant de retourner l’arme contre lui. Ces drames ne sont pas des fatalités. Si la victime avait pu parler, si elle avait trouvé une oreille attentive, peut-être que le drame aurait pu être évité. C’est pour cela que nous devons passer d’une culture du silence à une culture de l’ouverture et de la compréhension de la

souffrance d’autrui. Le dialogue, c’est la clé.

Vous formez des « sentinelles » citoyennes. En quoi cette approche est-elle innovante et comment peut-elle réellement faire la différence ?

Le suicide n’est pas un acte soudain. C’est un processus qui s’installe dans la durée. La personne traverse des phases de détresse, envoie des signaux d’alerte, parfois même des appels à l’aide. Mais si personne ne les comprend, si personne ne les capte, le processus continue jusqu’à l’irréparable.

C’est là qu’interviennent les sentinelles. Ce sont des citoyens non professionnels, formés pour détecter les signes avant-coureurs : le repli sur soi, les changements de comportement, les paroles négatives, la perte d’intérêt pour tout. Ils apprennent à repérer ces signaux et à orienter la personne vers un professionnel ou une structure d’aide. Notre formation, qui se tiendra le 10 septembre, permettra à ces sentinelles de devenir des maillons essentiels de la chaîne de prévention.

Je donne souvent l’exemple d’une jeune fille que nous avons accompagnée l’année dernière. Elle avait tout arrêté, ne parlait plus, ne mangeait plus. Une enseignante, formée lors d’une de nos sessions, a détecté les signes et nous a alertés. Nous avons pu intervenir et l’orienter vers un psychologue. Aujourd’hui, elle va bien, elle a repris ses études. C’est ça, l’impact des sentinelles. Chaque citoyen peut devenir acteur de la prévention. Il suffit d’un peu de formation et d’une oreille attentive.

Au-delà des actions de sensibilisation, quel est votre plaidoyer auprès des autorités et quel message adressez-vous aux personnes qui souffrent en silence ?

Notre plaidoyer est clair : le Cameroun a besoin d’une véritable stratégie nationale de prévention du suicide. Certains pays, comme la Côte d’Ivoire, se sont déjà dotés de politiques publiques dédiées. Pourquoi pas nous ? Nous avons des structures, des compétences, des associations mobilisées. Mais il nous faut un cadre officiel, un financement, une coordination nationale. Le ministère de la Santé a fait un pas important avec la mise en place du numéro vert 1510, qui offre une écoute psychologique 24h/24. Nous saluons cette initiative, mais il faut aller plus loin : former davantage de professionnels, intégrer la prévention dans les programmes scolaires, déstigmatiser la santé mentale.

Aux personnes qui souffrent, je veux dire ceci : votre douleur est réelle, mais elle n’est pas une fatalité. Demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, c’est la preuve que vous avez envie d’aller mieux. Parlez, à un ami, à un parent, à un enseignant, à un psychologue. Notre association est là, nos bénévoles sont formés

pour vous écouter. Le 1510 est accessible gratuitement. Le suicide, la solution, c’est d’en parler.

À la société tout entière, je lance un appel : le suicide n’est pas le combat d’une seule association, c’est le combat de tout le monde. Chacun doit se sentir concerné. Si vous voyez une personne qui change de comportement, qui s’isole, qui semble souffrir, tendez-lui la main. Une parole peut sauver une vie. Ensemble, agissons pour la vie.

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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