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Tabagisme passif en hausse en Afrique : L’OMS et The Lancet tirent la sonnette d’alarme

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Alors que l’exposition à la fumée secondaire régresse dans la majeure partie du globe, le continent africain subit une hausse inquiétante de ce fléau. Une vaste étude publiée dans The Lancet, appuyée par des données d’experts de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), tire la sonnette d’alarme. Porté par une poussée démographique unique et les offensives agressives des cigarettiers, le tabagisme passif piège des millions de non-fumeurs et ravage la santé des plus vulnérables.

L’hécatombe est mondiale, mais son centre de gravité se déplace. Selon les travaux parus dans The Lancet, 2,7 milliards de personnes ont été exposées au tabagisme passif dans le monde en 2023, entraînant 1,66 million de décès prématurés. Si la prévalence globale du tabagisme a diminué de 22 % depuis 1990, le nombre absolu de victimes de la fumée des autres explose en Afrique subsaharienne et en Afrique du Nord.

Une hausse démographique et industrielle

L’OMS et The Lancet mettent en avant une combinaison de facteurs structurels. D’abord, la démographie : avec plus de 60 % de sa population âgée de moins de 25 ans, l’Afrique voit son nombre absolu de consommateurs augmenter mécaniquement passant de 59 à 65 millions d’adultes depuis 2000, multipliant ainsi les risques d’exposition pour l’entourage.

A cela s’ajoute la stratégie offensive des géants du tabac. Face au déclin de leurs ventes en Occident, les industriels ont réorienté leurs investissements vers les marchés émergents. Le continent est même devenu un terrain de production majeur : entre 2012 et 2024, la récolte de feuilles de tabac y a progressé de 8,61 %, atteignant 639 130 tonnes, alors qu’elle chutait de 18,8 % au niveau mondial. Enfin, ce piège industriel s’appuie sur des législations locales encore trop lacunaires. L’absence de lois strictes interdisant de fumer dans les lieux publics ou le manque de fiscalité dissuasive laissent les fumées toxiques s’infiltrer jusque dans l’intimité des foyers.

Femmes et enfants, les premières victimes de l’ombre

Cette exposition passive se révèle particulièrement dévastatrice. Les non-fumeurs

inhalent à la fois la fumée expirée et celle s’échappant de la cigarette une fumée non filtrée, issue d’une combustion incomplète et gorgée de composés cancérigènes.

Dans de nombreuses sociétés où le tabagisme féminin demeure marginal, les femmes subissent de plein fouet le tabagisme de leur conjoint. Quant aux enfants, la facture sanitaire est tragique : en 2023, le tabagisme passif a causé 5,16 millions d’infections des voies respiratoires chez les 0-14 ans. Bronchiolites, pneumonies, crises d’asthme sévères, otites chroniques et risques de mort subite du nourrisson composent le sombre tableau d’une inhalation involontaire. Au total, la fumée secondaire a coûté 44,8 millions d’années de vie en bonne santé dans le monde, principalement en raison de cardiopathies ischémiques.

La riposte par la taxe et la reconversion

Face à ce péril, les experts appellent à un renforcement urgent des politiques publiques. L’OMS préconise un levier fiscal agressif : augmenter les prix du tabac de 10 % permet de réduire la demande de 8 % dans les pays en développement, freinant l’initiation des jeunes et protégeant le cadre familial. Des nations pionnières montrent la voie : l’Afrique du Sud, Maurice, le Botswana ou le Seychelles ont mis en place des taxes spécifiques et des politiques de traçabilité des paquets pour contrer le marché noir.

Pour briser la dépendance des agriculteurs piégés par un modèle d’endettement auprès des cigarettiers, des alternatives émergent. A l’image du programme Tobacco Free Farms au Kenya, mené par l’OMS et la FAO, près de 1 700 producteurs se sont reconvertis dans la culture de haricots riches en fer, générant des revenus six fois supérieurs. Protéger les populations africaines de la fumée des autres exigera ainsi une volonté politique sans faille pour privilégier la santé publique face aux intérêts industriels.

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Audray Ndengue

Journaliste

Ndengue Audray, journaliste dans le groupe Échos santé, Brevet de Technicien Supérieur en sciences et techniques de l'information et de la communication à l'Institut Universitaire Siantou. Écris et parle parfaitement le français

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