Dans les marchés périodiques et les zones rurales de la région, ces médicaments se vendent en dehors des circuits réglementés.
La lutte contre le commerce illicite des médicaments est généralement associée aux produits destinés à la prise en charge des maladies humaines. Pourtant, dans l’ombre de cette bataille, un autre marché prospère depuis plusieurs années, celui de la vente clandestine des médicaments vétérinaires. Dans la région du Nord, cette activité trouve un terrain particulièrement favorable dans les marchés périodiques des villages et les zones rurales.
Sur les étals, au milieu d’autres marchandises, des produits destinés au traitement des animaux sont proposés aux éleveurs et propriétaires d’animaux. Antibiotiques, antiparasitaires, produits injectables et autres médicaments vétérinaires peuvent ainsi circuler en dehors des circuits officiellement autorisés. Pour certains vendeurs, l’activité constitue une source de revenus. Pour les éleveurs, elle représente surtout une solution facilement accessible face à l’éloignement des services vétérinaires.
Dans plusieurs localités rurales, l’accès aux professionnels qualifiés est une difficulté. Les distances à parcourir, le coût des consultations et des soins ainsi que l’insuffisance de la présence permanente de spécialistes dans certaines zones poussent des propriétaires d’animaux à se tourner vers les vendeurs présents sur les marchés.
Lorsqu’un animal tombe malade, le propriétaire recherche généralement une solution rapide. Le vendeur de médicaments, installé à quelques mètres de son domicile ou présent le jour du marché, devient alors une alternative au recours au
personnel vétérinaire. Le problème ne s’arrête toutefois pas à la simple vente des produits. Dans de nombreux cas, ces commerçants vont plus loin. Ils interrogent l’éleveur sur les symptômes observés, établissent eux-mêmes un diagnostic et proposent le médicament ainsi que la posologie à administrer.
Le phénomène est d’autant plus préoccupant que tous les produits proposés sur ces étals ne présentent pas nécessairement les mêmes garanties que ceux disponibles dans les circuits officiels. Les conditions de conservation, l’origine, la qualité, la date de péremption ou encore l’autorisation de mise sur le marché peuvent être difficiles à vérifier. À cela s’ajoute la question de la traçabilité. Lorsqu’un produit est vendu en dehors des circuits autorisés, il devient plus difficile pour les services compétents de connaître son origine et de suivre sa distribution. En cas d’effet indésirable, d’intoxication ou de problème lié à son utilisation, la remontée de l’information peut également devenir complexe.
La réglementation encadrant l’exercice de la médecine vétérinaire et la commercialisation des médicaments vétérinaires vise précisément à éviter ces dérives. L’installation en clientèle privée et l’exercice des actes vétérinaires sont soumis à des conditions précises. L’autorisation des autorités compétentes, notamment du ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA), ainsi que le respect des exigences professionnelles applicables, constituent des garde-fous destinés à protéger les éleveurs et leurs animaux.
Face à la persistance du phénomène, le contrôle du secteur ne peut reposer sur les seuls services déconcentrés de l’État. Une synergie entre les services vétérinaires, les collectivités territoriales décentralisées, les forces de maintien de l’ordre, les organisations d’éleveurs, les professionnels du secteur et les gestionnaires des marchés apparaît nécessaire.
Interview : « La région du Nord fait figure de « porte-drapeau » dans ce domaine »

Quelle est l’ampleur du phénomène de vente clandestine de médicaments vétérinaires par des personnes ne disposant pas des agréments ou autorisations nécessaires pour exercer l’activité de vente des médicaments vétérinaires au Cameroun ?
La vente clandestine des médicaments vétérinaires au Cameroun demeure un phénomène préoccupant et bien réel. Malheureusement, la région du Nord fait figure de « porte-drapeau » dans ce domaine, et cette situation s’explique par plusieurs facteurs que nous allons examiner dans les lignes qui suivent
La région du Nord semble la plus touchée de cette activité illicite, qu’est ce qui justifie ce phénomène ?
La région du Nord est particulièrement exposée en raison de plusieurs facteurs cumulatifs. La longue frontière avec un pays limitrophe et la porosité des frontières, l’éloignement de certains services vétérinaires dû à la superficie parfois très vaste des départements et des arrondissements, ainsi que la préférence de certains éleveurs pour des produits à bas coût, peu importe la qualité du médicament. D’après les vétérinaires installés en clientèle privée dans la région, 70 à 80 % des médicaments distribués le seraient par des circuits illégaux. Par ailleurs, les auxiliaires vétérinaires et les « charlatans » s’approvisionnent auprès du Nigeria voisin et inondent les marchés hebdomadaires. Les principaux marchés concernés sont notamment, Garoua, Ngong, Adoumri, Guider.
En cette période de saison des pluies, qui est propice à la recrudescence de certaines maladies animales, la vente illicite prend de l’ampleur. Quels sont les risques liés à leurs pratiques, notamment lorsqu’ils se permettent de
poser des diagnostics ou de prescrire des traitements ?
Les risques sont majeurs, particulièrement lorsque des vendeurs non agréés s’improvisent vétérinaires en posant eux-mêmes des diagnostics ou en prescrivant des traitements. Cela entraîne une cascade de conséquences graves entre autres, l’inefficacité thérapeutique qui se traduit par un mauvais choix de molécules conduisent à l’échec des soins et à l’aggravation de l’état de santé des animaux. La résistance aux antimicrobiens qui débouche sur l’usage inapproprié et incontrôlé de ces produits favorise l’émergence de bactéries résistantes, un phénomène alarmant. Les éleveurs subissent de lourdes pertes financières dues à la mortalité du bétail et aux dépenses inutiles. La menace pour la santé publique est le danger le plus critique. L’absence de contrôle entraîne la présence de résidus médicamenteux dans les denrées d’origine animale (viande, lait, œufs) consommées par la population.
Quels sont les principaux obstacles qui freinent dans la lutte contre ce commerce clandestin et comment mettre durablement fin aux pratiques des vendeurs non agrées ?
Les principaux obstacles sont entre autres, la faiblesse des contrôles, le manque de moyens logistiques, la porosité des frontières, ainsi que la persistance d’une demande pour des produits moins chers, même lorsque cela compromet la qualité et la sécurité. Pour mettre fin durablement à ces pratiques, il faut combiner répression, contrôle, traçabilité et sensibilisation. L’ONVC, en collaboration avec le MINEPIA, a installé des vétérinaires dans les principales zones rurales à forte activité d’élevage. Toutefois, beaucoup d’entre eux vivotent aujourd’hui à cause de la concurrence des « charlatans » Certains ont fermé leur cabinet, tandis que d’autres l’ont délocalisé vers les centres urbains, où la profession semble mieux régulée et mieux structurée. En l’absence d’une action coordonnée de l’État (MINEPIA, MINAT, FMO, etc ;), ainsi que de la collaboration des professionnels et des collectivités, le commerce clandestin continuera de se reconstituer.
Que prévoit la réglementation en matière de commercialisation des médicaments vétérinaires ?
La réglementation à travers plusieurs lois encadre la distribution des médicaments vétérinaires. En principe, seuls les vétérinaires installés en clientèle privée sont autorisés à mettre à la disposition des éleveurs et des propriétaires d’animaux les médicaments. Par ailleurs, l’exercice illégal de la pharmacie vétérinaire expose les contrevenants à des amendes et à des peines d’emprisonnement.
Quels dangers l’utilisation de médicaments vétérinaires sans prescription
ou sans l’avis d’un professionnel qualifié peut-elle représenter pour la santé animale, mais aussi pour la santé humaine ?
L’usage de médicaments vétérinaires sans prescription peut entraîner des erreurs de traitement, des intoxications, des échecs thérapeutiques et une mauvaise maîtrise des maladies animales. Pour les humains, le danger tient surtout aux résidus médicamenteux dans les produits d’origine animale, à l’antibiorésistance et à la circulation de produits falsifiés ou mal conservés. C’est donc à la fois un problème de santé animale, de sécurité sanitaire des aliments et de santé publique .
Quel message souhaitez-vous adresser aux éleveurs qui, pour des raisons de coût ou de proximité, continuent de recourir aux services des vendeurs non agréés ?
Aux éleveurs, je dirais qu’un produit bon marché peut coûter très cher s’il est inefficace ou dangereux. Il vaut mieux consulter un professionnel qualifié et acheter dans les cabinets vétérinaires.









