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3e édition du Global Mental Health Symposium : Quand l’innovation numérique et l’humain s’unissent

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Réunissant chercheurs, cliniciens, société civile et institutions les 9 et 10 octobre 2026, ces assises ont permis de décortiquer les traumatismes profonds, les violences basées sur le genre et l’épuisement professionnel.

Sous les auspices de la Journée mondiale de la santé mentale, la capitale camerounaise a battu au rythme de l’humain et de la résilience ces 9 et 10 octobre 2026. Abritant la troisième édition du Global Mental Health Symposium, l’événement s’est imposé comme une tribune incontournable pour libérer la parole autour du thème « Expériences vécues entendues : vraies voix, changement réel ».

Réunissant chercheurs, cliniciens, organisations de la société civile et acteurs institutionnels, ces assises ont permis de décortiquer les multiples facettes de la souffrance psychique et de porter un regard courageux sur les déterminants socioculturels et structurels qui façonnent le bien-être des populations.La pertinence des thématiques abordées s’est mesurée à l’aune des réalités de terrain, à commencer par le défi brûlant de la masculinité positive et des violences basées sur le genre.

En ouvrant le dialogue sur les trajectoires de violence et les féminicides, les panélistes ont mis en lumière la vulnérabilité psychologique masculine face aux injonctions traditionnelles. Éclairant cette urgence sanitaire et sociale, le Dr Marilene Kemme Kemme, sous-directeur de la santé mentale au ministère de la Santé publique, a souligné toute la portée de ces assises en expliquant que « ce symposium remet l’individu au centre des préoccupations et la santé mentale à la portée de tout le monde, car tout le monde a vécu ou vit une expérience de santé mentale ».

Elle a également insisté sur la nécessité absolue d’une synergie multisectorielle en précisant que « ces interventions croisées avec notamment le MINPROFF et le MINAS permettent de porter des solutions institutionnelles fortes pour accompagner les populations ».Les travaux scientifiques ont également jeté une lumière crue sur les traumatismes psychiques profonds et le passage à l’acte, illustrés par des études qualitatives poignantes sur les violences conjugales et le déterminisme familial.

Les chercheurs ont ainsi démontré comment les traumatismes précoces non pris en charge, combinés aux fragilités du fonctionnement psychique, préparent le terrain à l’irréparable. Dans le même élan, la question de la santé mentale au travail a été disséquée à travers l’épuisement professionnel des soignants et le stress chronique en milieu hospitalier. Les réflexions se sont ensuite étendues aux populations carcérales et aux personnes vivant avec le VIH, prouvant que l’inclusion sociale et le soutien psychosocial constituent les piliers indispensables d’une résilience communautaire durable.

L’innovation a également tenu une place de choix lors de ces deux journées, notamment à travers l’exploration du numérique et de l’intelligence artificielle pour élargir l’accès aux soins psychologiques. De l’autodépistage aux consultations en ligne via des applications dédiées, les participants ont découvert des solutions adaptées aux réalités locales.

En clôturant ces travaux riches en recommandations, le Dr Marilene Kemme Kemme a lancé un vibrant appel à l’action : « Il faut aller au-delà du symposium, agir véritablement pour faire des interventions de santé mentale une réalité dans notre quotidien ». Une feuille de route ambitieuse pour que la santé mentale ne soit plus un tabou, mais une priorité partagée par tous les Camerounais.

« Il faut aller au-delà du symposium et faire de la santé mentale une réalité quotidienne »

Le Dr Marilene Kemme Kemme, sous-directeur de la santé mentale au ministère de la santé publique

À l’occasion de la troisième édition du Global Mental Health Symposium qui s’est tenue à Yaoundé dans le cadre de la Journée mondiale de la santé mentale, le Dr Marilene Kemme Kemme, sous-directeur de la santé mentale au ministère de la Santé publique, revient sur les enjeux cruciaux de ces assises. De la masculinité positive à l’innovation numérique en passant par la réponse institutionnelle, elle décrypte les priorités d’une approche multisectorielle indispensable.

Docteur Marilene Kemme Kemme, bonjour. Vous coordonnez et portez la vision de la santé mentale au sein du ministère de la Santé publique. Que représente cette troisième édition du Global Mental Health Symposium pour le Cameroun ?

Ce symposium intervient dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de la santé mentale et s’inscrit dans un vaste éventail d’activités déployées sur l’ensemble du territoire national, allant de la sensibilisation aux consultations gratuites en passant par des marches et des rondes communautaires. Cette année, nous explorons le thème : « Expérience vécue, véritable voie, changement réel ». C’est un thème fort qui remet l’individu au centre de nos préoccupations et replace la santé mentale à la portée de tout le monde, car chacun de nous a vécu ou vit une expérience liée à la santé mentale. Nous avons voulu réunir des chercheurs, des professionnels de la santé, des acteurs de la société civile et des personnes ayant une expérience vécue pour partager ce vécu. Ce foisonnement d’interventions doit nous permettre de déboucher sur des recommandations solides.Le programme de ces deux jours aborde des sujets extrêmement sensibles et ancrés dans l’actualité camerounaise, tels que la masculinité positive, les féminicides ou encore les violences basées sur le genre.

Comment le ministère articule-t-il sa réponse face à ces défis ?

Nous traitons effectivement plusieurs thématiques majeures. L’une d’elles est consacrée à la masculinité positive, en lien direct avec l’actualité de notre pays, notamment les violences basées sur le genre, les féminicides et les infanticides. Pour y faire face, nous menons des interventions croisées, en étroite collaboration avec le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) et le Ministère des Affaires Sociales (MINAS). L’objectif est d’identifier clairement les solutions institutionnelles existantes au Cameroun pour accompagner les populations touchées par ces drames. La vision de la Sous-direction de la santé mentale est claire : nous voulons aller des déterminants de santé vers une réponse institutionnelle globale, couvrant la prévention primaire, l’intervention secondaire et la prise en charge tertiaire.La santé mentale ne se limite plus aux cabinets médicaux ou aux structures psychiatriques traditionnelles.

Quelle place accordez-vous aujourd’hui à l’innovation et à l’implication des communautés ?

Une place centrale ! Nous avons une thématique dédiée à la santé mentale communautaire pour mesurer l’impact et la force que la communauté peut mobiliser dans nos interventions. Parallèlement, l’innovation technologique s’invite dans nos pratiques. Durant ces assises, des solutions novatrices conçues pour l’autodépistage, l’évaluation du bien-être émotionnel et la consultation en ligne via des applications dédiées sont présentées au public. Ce sont des outils modernes qui facilitent l’accès aux soins et permettent à chacun de prêter attention à sa santé psychologique au quotidien.

Au-delà des riches échanges de ces deux jours, quelle est la finalité politique et pratique de ce symposium ?

Cet événement est avant tout un grand plaidoyer. Il s’agit de croiser les idées pour formuler des recommandations concrètes qui seront adressées aux différentes instances hiérarchiques. Nous devons construire des interventions multisectorielles et concertées, car c’est uniquement en agissant ensemble à travers tous les secteurs de l’État et de la société — que nous pourrons réellement améliorer la santé mentale de nos concitoyens.

Mon mot de fin sera d’adresser de sincères remerciements à tous les partenaires, organisations et participants qui ont rendu ce symposium possible. Surtout, je lance un appel à l’action : il faut impérativement aller au-delà du symposium et agir au quotidien pour faire de la santé mentale une réalité tangible dans la vie des Camerounais.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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