Plus de 600 consultations gratuites, des centaines de kits d’hygiène distribués, une conférence-débat sur le lien entre santé bucco-dentaire et maladies chroniques, ainsi que des actions de terrain au sein de l’hôpital et à la Fondation Chantal Biya. À la tête du service d’odontostomatologie de l’hôpital central de Yaoundé, le Pr Nokam Taguemné épouse Abena Marie Elvire revient sur cette vaste campagne de sensibilisation menée récemment.
Elle évoque également les nouveaux équipements – radiovisiographie, laboratoire de prothèse – qui modernisent son service, et plaide pour une meilleure intégration des chirurgiens-dentistes dans le parcours de soins, au bénéfice de la Couverture santé universelle.Vous êtes chef du service d’odontostomatologie à l’hôpital central de Yaoundé.
Pour commencer, pouvez-vous nous brosser en quelques lignes votre parcours professionnel ?
Bonjour, et merci pour cette invitation. Je suis effectivement le professeur Nokam Taguemné Épouse Abena Marie Elvire, médecin bucco-dentaire de formation initiale, spécialiste en chirurgie buccale et maxillo-faciale. Je suis chef du service d’odontostomatologie à l’hôpital central de Yaoundé, et également enseignante-chercheure à la faculté de médecine et de sciences biomédicales de l’université de Yaoundé I, dans le département de chirurgie buccale. Par ailleurs, je suis responsable de stage dans cette même faculté. Sur le plan associatif, je suis trésorière de l’Association nationale des chirurgiens-dentistes du Cameroun, et je suis également experte en réparation juridique des dommages corporels. Au niveau sous-régional, j’occupe le poste de secrétaire générale du COSA-CMF, le Collège africain d’odontostomatologistes et de chirurgiens maxillo-faciaux. Je viens d’être nommée maître de conférences depuis janvier de cette année, ce qui est une étape importante dans mon parcours universitaire.
Vous venez d’organiser une grande campagne de sensibilisation à l’hygiène bucco-dentaire. En quoi consistait cette initiative et dans quel cadre s’inscrivait-elle ?
Cette campagne s’inscrivait dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de la santé bucco-dentaire, célébrée chaque 20 mars. L’objectif était de sensibiliser les populations sur l’importance de la santé bucco-dentaire, souvent négligée alors qu’elle constitue un enjeu majeur de santé publique. Nous voulions également démystifier le cabinet dentaire, que beaucoup perçoivent comme un lieu anxiogène, et informer le public sur les soins que nous prodiguons. C’était aussi une occasion de plaider pour une meilleure intégration des chirurgiens-dentistes dans l’équipe soignante, notamment dans le cadre de la Couverture santé universelle (CSU).
Vous avez reçu un appui logistique de l’Association nationale des chirurgiens-dentistes du Cameroun. De quoi s’agissait-il concrètement ?
Oui, l’Association nationale des chirurgiens-dentistes du Cameroun nous a généreusement fait don de 1 052 brosses à dents et 1 052 tubes de dentifrice. Ce soutien a été déterminant pour renforcer notre campagne de sensibilisation. Ces kits ont été distribués aux populations venues nous rencontrer, en particulier lors des consultations gratuites. Cela nous a permis de joindre l’acte préventif à la sensibilisation, en donnant aux gens les moyens concrets d’adopter les bons gestes d’hygiène bucco-dentaire.
Quelles ont été les principales activités menées pendant cette campagne ?
Plusieurs actions ont été menées. Nous avons organisé une conférence-débat à l’hôpital central de Yaoundé, dans la salle de l’Orange, sous la supervision du directeur de l’hôpital, le Professeur Pierre Ongolo-Zogo, et coordonnée par le conseiller médical, le Docteur Junior Mekeme Mekeme. Le thème retenu était : « Une bouche saine pour un corps heureux ». Il s’agissait d’expliquer le lien étroit entre la santé bucco-dentaire et les maladies chroniques comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, ou encore les risques liés à la grossesse. Nous avons également mené des activités de sensibilisation dans les services d’hospitalisation, dans la cour de l’hôpital, et nous sommes allés à la Fondation Chantal Biya, où nous avons rencontré une centaine d’enfants en consultation externe, ainsi que ceux hospitalisés.
Combien de personnes avez-vous reçues lors des consultations gratuites ?Au total, nous avons reçu environ 600 personnes à l’hôpital central de Yaoundé, et environ 300 personnes à la Fondation Chantal Biya. Ces consultations gratuites ont permis de faire un état des lieux de la santé bucco-dentaire des participants, de poser des diagnostics, d’offrir des soins d’urgence et d’orienter ceux qui nécessitaient des traitements plus complexes. Toutes les tranches d’âge étaient représentées : enfants, adultes, personnes âgées, hommes et femmes. Nous n’avons pas encore établi le rapport définitif, mais nous pouvons d’ores et déjà dire que la mobilisation a été très satisfaisante.
Quels professionnels ont été mobilisés pour mener à bien cette opération ?
Nous avons mobilisé une équipe pluridisciplinaire composée de médecins bucco-dentaires du service, de techniciens dentaires, de personnels d’appui, d’agents de santé communautaire (AVS) et de stagiaires. Cette diversité de compétences nous a permis d’assurer une prise en charge complète et adaptée, tout en offrant un encadrement pédagogique aux jeunes en formation.
Avez-vous rencontré des difficultés dans l’organisation ?
Nous avons eu quelques petites difficultés logistiques, comme c’est souvent le cas pour ce genre d’événements. Mais je tiens à remercier sincèrement la direction de l’hôpital central, en particulier son directeur, pour son accompagnement constant. Ces difficultés n’ont pas eu d’impact significatif sur la campagne. Nous tirerons les leçons nécessaires pour mieux anticiper et renforcer la coordination logistique lors des prochaines éditions.
Vous venez de bénéficier de nouveaux équipements dans votre service. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Oui, nous avons la joie d’avoir reçu une radiovisiographie, un équipement d’imagerie numérique qui améliore considérablement la précision diagnostique. Cela permet de détecter les pathologies à un stade précoce, de mieux planifier les traitements et d’éviter certaines complications thérapeutiques. Nous disposons également de nouveaux équipements pour les soins endocanaux, ce qui nous permet de suivre les standards internationaux en matière de soins dentaires. Notre service s’est également doté d’un laboratoire de prothèse dentaire, ce qui nous permet d’assurer la réhabilitation fonctionnelle et esthétique des patients. Avec une équipe de huit médecins bucco-dentaires aux spécialités variées (chirurgie buccale, orthodontie, prothèse, etc.), nous offrons désormais une prise en charge globale de qualité.
Quel message aimeriez-vous adresser à l’Association nationale des chirurgiens-dentistes du Cameroun et quelles sont vos perspectives pour les prochaines années ?
Nous adressons nos sincères remerciements à l’Association nationale des chirurgiens-dentistes du Cameroun pour son appui constant. Elle œuvre non seulement pour le perfectionnement scientifique des praticiens, mais aussi pour la promotion de la santé bucco-dentaire auprès des populations, en collaboration avec le ministère de la Santé publique. Pour les prochaines années, notre ambition est de ne pas nous limiter à la seule Journée mondiale de la santé bucco-dentaire. Nous souhaitons organiser des actions de sensibilisation tout au long de l’année, élargir notre public cible et renforcer nos activités éducatives dans les écoles, les lieux de travail et les communautés vulnérables.
L’objectif est de faire de la santé bucco-dentaire une priorité de santé publique accessible à tous, dans une dynamique d’amélioration continue.Un dernier mot pour conclure, Professeure ?Je voudrais simplement rappeler que « une bouche saine pour un corps heureux » n’est pas qu’un slogan, c’est une réalité scientifique. Prendre soin de sa bouche, c’est prendre soin de sa santé générale.
Nous invitons donc l’ensemble de la population à consulter régulièrement un chirurgien-dentiste, au moins une fois par an, et à adopter les gestes simples d’hygiène bucco-dentaire. Merci à vous, et merci à toute l’équipe de l’hôpital central de Yaoundé pour leur engagement.












