Avec plus de 50 000 cas répertoriés dans les États du Nord, le Noma connaît une hausse préoccupante de son incidence au Nigeria. Face à ce constat épidémiologique alarmant, le gouvernement nigérian tire la sonnette d’alarme et renforce les capacités hospitalières à Sokoto et Abuja pour stopper cette maladie évitable.
Le Nigeria fait face à une recrudescence du Noma. Infection gangreneuse sévère de la bouche et du visage, qui détruit rapidement et de manière fulgurante les tissus mous et les os, le Noma est favorisé par la malnutrition. Récemment inscrit sur la liste des maladies tropicales négligées par l’OMS, il affiche un taux de mortalité dévastateur pouvant atteindre 90 % en l’absence de traitement. Au Nigeria, le Noma met directement en cause la santé des enfants les plus vulnérables du pays, principalement âgés de 2 à 6 ans. Souffrant de dénutrition sévère et évoluant dans une extrême précarité, ces jeunes patients constituent le cœur des victimes. Face à ce drame, la riposte réunit le gouvernement nigérian, à travers son ministère de la Santé, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ainsi que des acteurs humanitaires internationaux de premier plan comme Médecins Sans Frontières (MSF).
Une recrudescence alarmante
Une étude récente publiée dans la revue The Lancet Global Health, s’appuyant sur les données de l’hôpital de Sokoto, a recensé plus de 50 000 cas de Noma dans 12 États du nord du Nigeria entre 1999 et 2024. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Nigeria signale davantage de cas que d’autres pays en raison de la taille de sa population, de la présence de structures spécialisées et d’un meilleur recensement, bien que le pays ne compte que deux hôpitaux spécialisés dans la prise en charge (dont un nouvel établissement ouvert à Abuja en 2023). D’autre part, le pays note une accélération marquée et préoccupante de l’incidence observée sur la période 2020-2024. L’urgence est aujourd’hui immédiate, car la saturation des services spécialisés impose une intervention dès les premiers jours d’apparition de la maladie
pour éviter des dégâts irréversibles.
Trois leviers stratégiques complémentaires pour riposter
Pour endiguer le Noma, le gouvernement nigérian et ses partenaires misent sur une stratégie qui s’articule autour de trois leviers complémentaires. En amont, la prévention et le dépistage précoce reposent sur la sensibilisation des villages, l’amélioration de l’hygiène bucco-dentaire et le contrôle systématique des gencives lors des consultations nutritionnelles. Sur le plan médical, les cas naissants sont rapidement traités par des antibiotiques et un soutien nutritionnel. Enfin, pour les enfants arrivés à un stade avancé de destruction faciale, la riposte inclut de lourdes opérations de chirurgie reconstructrice, prises en charge gratuitement par les équipes humanitaires.
Cette flambée épidémique ne relève pas du hasard. Dans le nord du pays, particulièrement affecté par les difficultés économiques et les violences armées, les professionnels de santé constatent davantage de cas. Beaucoup d’enfants arrivent dans les structures spécialisées à un stade avancé de la maladie, notamment en raison d’un manque d’information sur ses premiers symptômes. De plus, la malnutrition infantile aiguë en est le premier déclencheur, affaiblissant l’immunité des enfants et permettant aux bactéries buccales de devenir destructrices.
En rappel, le Noma débute par une simple inflammation ou un petit ulcère douloureux des gencives (gingivite). Sans intervention rapide, l’infection s’étend en quelques jours aux joues, aux lèvres, au nez ou aux yeux. En intensifiant ses mesures, le gouvernement nigérian entend ainsi sauver de nombreuses vies face à cette maladie évitable.










