Le Centre hospitalier régional de Ngaoundéré (CHRN) organise, du 20 au 25 octobre 2026, une campagne humanitaire de chirurgie gratuite de la cataracte au profit de patients démunis. Financée par l’organisation Islamic Help, cette initiative vise à opérer 100 cataractes afin de réduire la cécité évitable et d’améliorer l’accès des populations à la chirurgie oculaire.
Portée par la direction du Centre hospitalier régional de Ngaoundéré (CHRN), l’initiative veut redonner le sourire et l’autonomie à des personnes dont la vision s’est progressivement dégradée. Pour beaucoup de patients venus de Ngaoundéré, des régions voisines ou de pays voisins, le coût de l’intervention constitue souvent un obstacle majeur. La gratuité des soins ouvre ainsi une perspective concrète de guérison à des ménages qui auraient différé, voire abandonné, leur traitement.L’équipe chirurgicale est composée du Dr Mbogos Cédric et du Pr Bilong Yannick, chirurgiens principaux, ainsi que du Dr Bimbai Stéphane et du Dr Sohnagou, intervenant comme chirurgiens apprenants et aides opératoires sous la supervision des chirurgiens principaux.
Le Pr Yannick Bilong, président de la Société camerounaise d’ophtalmologie, apporte également son appui à la campagne.La cataracte se caractérise, selon le personnel médical, par l’opacification progressive du cristallin, la lentille naturelle de l’œil. Elle provoque une baisse de la vision, une sensibilité accrue à la lumière et, à un stade avancé, une cécité fonctionnelle. Bien qu’elle touche principalement les personnes âgées, elle peut également survenir chez des adultes plus jeunes, notamment en cas de diabète, de traumatisme oculaire ou de facteurs héréditaires.
La cataracte demeure la première cause de cécité évitable. Selon des données citées par le ministère de la Santé publique, elle représente environ la moitié des causes de cécité dans le pays. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) rappelle toutefois que la chirurgie de la cataracte est l’une des interventions les plus efficaces et les plus abordables pour prévenir la cécité évitable, permettant à de nombreux patients de recouvrer rapidement la vue.Durant la campagne, les équipes du CHRN procèdent à un examen ophtalmologique complet afin de confirmer le diagnostic, d’évaluer la maturité de la cataracte et de vérifier l’aptitude du patient à subir l’opération.
Les cas retenus sont ensuite orientés vers le bloc opératoire. Cette technique permet, dans la majorité des cas, une récupération visuelle immédiate.Au-delà de l’acte chirurgical, l’initiative revêt une dimension sociale importante. La perte de la vue plonge souvent les patients dans une dépendance accrue, limite leurs activités génératrices de revenus et fragilise les familles. Redonner la vue, c’est également restaurer la dignité, l’indépendance et la capacité des bénéficiaires à reprendre une vie active.Au moment où nous quittions l’établissement, à 13 h, plus de 40 personnes étaient déjà confirmées pour subir l’opération.
Selon le Dr Fadimatou Altiné, directrice du Centre hospitalier régional, le quota de 100 personnes à opérer gratuitement pourra être largement dépassé. « Nous avons des patients qui viennent de partout, des localités voisines de Ngaoundéré, d’autres régions et même de pays voisins. Cette campagne revêt aussi un caractère social, car elle va alléger les charges des familles », indique la directrice du CHRN. Pour les patients, c’est un ouf de soulagement. « Cette campagne est une manne tombée du ciel. J’ai été reçu et j’ai été opéré de l’œil droit. Je vais pouvoir reprendre mes activités normalement », explique un patient, visiblement satisfait.
Un microscope opératoire sollicité pour renforcer la capacité chirurgicale
Pour atteindre l’objectif de 100 interventions dans de bonnes conditions de qualité et de sécurité, le CHRN a sollicité la mise à disposition temporaire d’un microscope opératoire fonctionnel auprès du Programme national de lutte contre la cécité. Cet équipement viendrait compléter celui dont dispose déjà l’établissement, portant à deux le nombre de microscopes disponibles et permettant le fonctionnement de deux postes de chirurgie. Le CHRN s’engage à prendre en charge le transport aller et retour, à assurer la sécurité et la bonne conservation de l’appareil, à veiller à son utilisation par un personnel qualifié et à le restituer en bon état de fonctionnement, avec tous ses accessoires, à l’issue de la campagne. Un état contradictoire du matériel sera établi à la réception et à la restitution. Les rapports de la campagne seront ensuite transmis au Programme national de lutte contre la cécité.
Cette campagne illustre la volonté de l’établissement de rapprocher les soins spécialisés des populations de l’Adamaoua. Elle constitue également un appel à la mobilisation des partenaires sanitaires, des collectivités et des personnes de bonne volonté pour soutenir la lutte contre la cécité évitable dans la région.
REACTIONS : « Les cas retenus sont ensuite orientés vers le bloc opératoire »

Nous formons l’équipe technique locale à prendre en main ce merveilleux centre et service d’ophtalmologie, développé pour les populations. Tout commence avant le bloc opératoire. Nous faisons cette campagne de prise en charge de la première cause de cécité curable : dans ce cadre, on ne traite que la cataracte. Nous formons l’équipe technique locale à prendre en main ce centre et ce service d’ophtalmologie.
Tout commence avant le bloc opératoire : on sélectionne le patient, on évalue et on juge les critères de réussite de la chirurgie, on sensibilise le patient, on calcule l’implant artificiel que nous allons introduire dans l’œil une fois que nous aurons enlevé l’obstacle qu’est le cristallin, devenu opaque. Pendant la chirurgie, comme vous le voyez, l’intervention est réalisée sous anesthésie loco-régionale. Le patient est conscient, on peut discuter avec lui ; il ne ressent pas de douleur. L’intervention dure 15 minutes en moyenne, et jusqu’à 30 minutes dans certains cas spécifiques. Tout se déroule, comme vous le voyez, dans la bonne humeur.
Le patient ressort en ayant vécu une belle expérience. Il n’a pas mal. Le lendemain, nous ouvrons le pansement et nous prodiguons des conseils et des soins. Nous profitons aussi de ce moment pour éduquer la famille, car ce patient doit retourner dans la communauté et être un témoin de ce que les services publics peuvent apporter. Après l’opération, le patient doit respecter les consignes du médecin et ne pas se laisser influencer par la famille, même affectueuse. Il faut appliquer régulièrement les médicaments, en respectant les fréquences prescrites. Il faut éviter les endroits poussiéreux pendant quelques jours.
D’autres consignes plus techniques concernent l’hygiène à respecter durant les deux à trois premiers jours. Le suivi s’étale sur un mois et demi, avec des contrôles après une semaine, puis après un mois. Au bout d’un mois, le patient est totalement guéri. Il s’agit de la guérison de la plaie, qui doit évoluer jusqu’à ce que tout soit stable, afin que cet œil redevienne solide comme avant. L’intervention consiste à ouvrir l’œil, à enlever le cristallin et à le remplacer. Il y a donc une blessure, mais l’œil est fonctionnel. Dans les 24 à 48 heures, le patient est rétabli ; la vision s’améliore avec le temps. Au bout d’un mois et demi, tout est consolidé. Le patient pourra ensuite porter des lunettes, s’il peut se le permettre, pour voir de loin ou de près et pour lire.
« L’objectif est atteint »

« Nous sommes satisfaits des résultats atteints jusque-là. On peut dire que l’objectif est atteint, parce que l’engouement, vous avez pu le constater, est réel : vous avez vu tout ce monde présent ici. Les familles ont beaucoup d’espoir et attendent beaucoup de cette campagne. Vous savez, un œil réparé, c’est-à-dire un œil qui voit de nouveau, permettra à la personne de vaquer à ses occupations, d’être plus productive et aussi de libérer la personne qui était chargée de l’accompagner au quotidien. C’est aussi une satisfaction de voir que les gens sont venus de loin, des zones rurales. Nous avons déjà, disons, presque une trentaine de patients en cours d’opération. Le dépistage continue : il s’agit de confirmer les cas dépistés dans les départements, les arrondissements, les villes et les régions voisines, de confirmer le diagnostic et de s’assurer qu’ils sont vraiment éligibles. Tous ceux qui sont éligibles, dans la limite des 100 cas, seront opérés ou bénéficieront de cette intervention gratuite. Pour ceux qui ne seront pas éligibles, ils bénéficieront au moins d’une consultation et d’une prescription médicale. Un répertoire est également constitué pour les prochaines éditions ou, si besoin, pour les orienter vers d’autres sites de campagne éventuels. C’est une première édition du genre, mais nous renouvelerons ce type d’expérience. Ce fut, disons, un essai, bien que les objectifs soient atteints. Les prochaines fois, nous pensons pouvoir aller au-delà des 100 cas, nous y prendre plus tôt et peut-être même décentraliser le dépistage pour que seuls ceux qui sont éligibles puissent faire le déplacement. »









