Son histoire est celle de milliers de jeunes pris au piège de l’addiction, mais aussi celle d’une rédemption inspirante. Nous avons rencontré Anicet, dont le parcours illustre la force de la résilience et l’importance du soutien dans la lutte contre la dépendance.
En 2016, la vie d’Anicet bascule. « La perte de mon père fut un choc terrible, » confie-t-il, la voix empreinte d’émotion. Traumatisé par cet événement, il plonge dans l’univers sombre de la drogue, une échappatoire illusoire qui le mènera à travers un véritable chemin de croix, parsemé de villes et de substances diverses.
Son périple débute après avoir traversé la frontière, lorsqu’il arrive à Garoua Boulai. Là, il consomme de la colle 110, imbibée sur un tissu. Et si la colle manquait, il se rabattait sur le carburant, qu’il tirait directement d’une bouteille. Par la suite, son chemin le conduit à Bertoua, où il découvre le « Mbanga ». Puis, en arrivant à Yaoundé, la consommation s’intensifie. Anicet atteint alors un niveau supérieur, touchant au “taf” et aux “cailloux” – le crack. Cette escalade a des conséquences dévastatrices : « Cela m’a profondément affecté ; je sentais que je régressais, que je n’avançais plus. » Pire encore, cette dépendance le pousse à commettre des actes répréhensibles, le forçant à voler et à agresser pour assouvir ses besoins.
Heureusement, un jour, la prise de conscience s’impose, tel un éclair dans l’obscurité. « J’ai pris conscience de la nécessité d’arrêter, » explique-t-il. C’est ainsi que, grâce au Centre la Vie de l’Hôpital Central de Yaoundé, il entame son long mais gratifiant chemin vers la rémission. Durant six mois de thérapie intensive, il reçoit des médicaments et des conseils précieux qui l’aident à se libérer de l’emprise de la drogue.
Aujourd’hui, la vie d’Anicet a radicalement changé. Il a fondé une famille, s’est marié et a définitivement quitté la rue. « Je ressens une immense joie et je profite de cette occasion pour conseiller mes frères qui sont encore dans la rue : prenez conscience, construisez votre propre foyer et quittez ce mode de vie, » lance-t-il, un message d’espoir vibrant.
Pour se procurer ces substances, Anicet était souvent contraint à la délinquance. « Des pensées intrusives me venaient de toute part, m’incitant à agresser ou à voler, » se souvient-il. Le “taf”, par exemple, nécessitait un budget conséquent : « Il coûtait au minimum 2 000 francs CFA pour un petit effet, et 5 000 francs CFA pour une satisfaction plus importante. C’était donc cher. » D’autres substances, comme les “mbanga” (cannabis), se vendaient à 100 francs le pochon, parfois mélangées à la chicha.
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L’effet des drogues était paradoxal. D’une part, dès que l’envie montait, « cela me poussait à agresser ou à voler. » D’autre part, paradoxalement, « cela pouvait même me donner le courage de travailler. » Cependant, l’argent qu’il gagnait, peu importe sa provenance, finissait toujours par être entièrement dépensé dans la consommation, le plongeant dans un cercle vicieux.
Désormais, la vie d’Anicet est stable et apaisée. Il s’est totalement éloigné de son ancien milieu. « Je n’ai plus d’amis consommateurs et je ne fréquente plus les lieux que je fréquentais auparavant, » affirme-t-il. Aujourd’hui, sa priorité est sa famille : « Une fois mon travail terminé, je rentre directement chez moi pour retrouver ma famille, ce précieux cadeau de Dieu. »
Il exprime sa gratitude envers le Centre la Vie : « Je tiens à remercier sincèrement le Centre la Vie. Ce centre m’a véritablement aidé à devenir autonome et responsable. » Le témoignage d’Anicet est une preuve vivante que la guérison est possible et qu’une nouvelle vie, pleine de sens, attend ceux qui osent demander de l’aide.
E.S.N












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