L’Afrique refuse désormais d’être le continent le plus vulnérable face aux crises sanitaires. 70% de médicaments et 99% de ses vaccins importés.
L’équation est implacable : l’Afrique représente plus de 24% de la charge mondiale de morbidité, mais ne dispose que de 3% du personnel de santé mondial et de moins de 5% des dépenses de santé mondiales. Une disproportion alarmante qui se traduit par des millions de vies perdues faute d’accès équitable aux soins.
À cette fragilité structurelle s’ajoute une dépendance jugée « inacceptable » : plus de 70% des médicaments, jusqu’à 99% des vaccins et une large part des dispositifs médicaux utilisés en Afrique sont importés. Une situation qui expose le continent à des pénuries, à des coûts élevés, et à un risque accru de médicaments falsifiés – comme l’a révélée la crise du COVID-19.
Un engagement continental pour produire, financer et innover en Afrique
Face à ce constat, les signataires de la Déclaration rappellent que la souveraineté sanitaire n’est plus un slogan, mais un impératif stratégique pour la sécurité, la stabilité et la résilience du continent.
Ils s’engagent d’abord à accélérer la production locale de vaccins, médicaments, tests de diagnostic et technologies médicales essentielles. Cela passera par la mise en place de zones économiques spécialisées dédiées à l’industrie pharmaceutique, par la création d’un Fonds Africain pour l’Innovation en Santé, ainsi que par la valorisation des savoirs et pratiques médicales endogènes, appuyées par la recherche scientifique.
Sur le volet financier, les États africains réaffirment leur engagement à consacrer 15% de leurs budgets nationaux à la santé, conformément à la Déclaration d’Abuja. Ils prévoient également de développer des mécanismes de financement innovants tels que des taxes solidaires, des obligations santé, des partenariats public-privé, ou encore la mobilisation de la diaspora. L’objectif annoncé est clair : garantir un financement durable, pérenne et souverain du secteur de la santé.
Renforcer les ressources humaines et la gouvernance sanitaire
La Déclaration insiste par ailleurs sur la nécessité de renforcer les ressources humaines en santé. Elle prévoit des plans de carrière attractifs pour retenir les talents médicaux sur le continent, des programmes de formation continue, ainsi que des initiatives de leadership destinées aux jeunes et aux femmes. Le renforcement de l’Agence Africaine des Médicaments (AMA) comme régulateur continental indépendant constitue un autre pilier essentiel pour assurer qualité, sécurité et transparence dans l’écosystème pharmaceutique africain.
Garantir l’accès universel aux soins
Dans la perspective d’une Afrique où la souveraineté sanitaire rime avec équité, les signataires réaffirment le principe d’accès universel aux soins de santé. La Déclaration recommande l’intégration systématique de la souveraineté sanitaire dans les politiques nationales de Couverture Santé Universelle (CSU). Elle met également l’accent sur le renforcement de la chaîne logistique médicale pour atteindre les communautés jusqu’au dernier kilomètre, ainsi que sur des mesures visant à protéger les ménages des dépenses de santé catastrophiques.
Jeunes et femmes au cœur de la transformation
Fait notable, la Déclaration consacre un rôle central aux jeunes et aux femmes, moteurs reconnus de l’innovation et du changement social sur le continent. Elle fixe un seuil d’au moins 30% de représentation des jeunes et des femmes dans les instances de gouvernance en santé. Des incubateurs d’entreprises, des bourses dédiées et des dispositifs d’accompagnement sont également prévus pour soutenir l’innovation locale portée par ces groupes stratégiques.
Une redevabilité annuelle pour un engagement durable
Pour garantir la concrétisation de ces engagements, le Forum Galien Afrique devient la plateforme annuelle d’évaluation des progrès réalisés. Les résultats feront l’objet d’un rapport présenté à l’Union Africaine et aux institutions régionales, instaurant ainsi une redevabilité collective et continue.
Une nouvelle ère pour la santé africaine ?
Avec cette Déclaration adoptée « solennellement », Dakar envoie un message fort : l’Afrique entend maîtriser son destin sanitaire, transformer ses systèmes de santé, et faire de l’innovation locale un levier de souveraineté et de dignité. Reste maintenant à traduire ces engagements en investissements réels, en infrastructures solides et en volonté politique durable.
L’histoire dira si 2025 fut l’année où le continent africain a décidé, enfin, de reprendre pleinement en main sa santé et son avenir.
Mireille Siapje, retour de Dakar














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