L’Hôpital Jamot de Yaoundé est en pleine métamorphose. Le Dr Daniel Ekoua, son Directeur, revient sur les “innovations médicales” qui ont permis de faire exploser la fréquentation, passant de moins de 2 000 à plus de 7 800 patients par mois en l’espace de six mois, avec un taux de satisfaction de 98 %. Déterminé à briser la stigmatisation historique liée aux maladies mentales et à la tuberculose, le Dr Ekoua mise sur une gouvernance rigoureuse des faibles recettes (consultation à 600 FCFA), l’humanisation des soins et la disponibilité de spécialistes pour rendre l’établissement accessible à tous, 24h/24 et sans rendez-vous.
Docteur, au départ, l’Hôpital Jamot était connu pour la prise en charge des maladies mentales et de la tuberculose. Quelle est la place de ces deux pathologies aujourd’hui ?
Effectivement, ces maladies font partie de celles que nous prenons en charge, mais il n’y a pas qu’elles. C’est l’occasion de lutter contre la stigmatisation de l’hôpital. Certains gardent un traumatisme d’une époque révolue, lié à l’environnement ou aux aspects logistiques. La journée portes ouvertes nous permet de montrer que l’Hôpital Jamot offre bien plus que ces deux grands pôles.
Vous avez été à l’hôpital de Biyem-Assi avant de venir ici. Quel est votre secret pour cette transformation ?
Notre secret, c’est notre engagement, notre volonté, et surtout le plaisir d’accompagner le Chef de l’État dans la mise en œuvre de sa vision sanitaire, à travers les orientations du ministre de la Santé publique.
Une chose est d’être engagé, une autre est d’avoir les moyens. Le ministère vous en donne-t-il assez ?
Dans le cadre de la santé, le plus grand pourvoyeur de moyens, c’est la population, le patient. Toutes les innovations que nous avons amorcées ici sont possibles grâce aux recouvrements des coûts, à la contribution de la communauté. Certes, elle est modique (600 FCFA la consultation), mais avec une bonne gouvernance, nous exploitons ces ressources pour innover. La preuve : en 6-7 mois, la fréquentation est passée de moins de 2 000 patients avant mars 2025 à plus de 7 800 par mois. Par exemple, à l’urgence médicale, nous sommes passés de 165 patients en octobre 2024 à 388 en octobre 2025, soit une augmentation de plus de 300%. Une enquête de satisfaction quotidienne donne un taux de satisfaction d’environ 98%. Le ministère contribue aussi, notamment par des dotations en équipement, comme récemment avec des extracteurs essentiels pour les pathologies respiratoires.
L’accueil est la vitrine d’un hôpital. Avec des frais de consultation de 600 FCFA, la prise en charge est-elle vraiment immédiate ?
L’un de nos grands succès est d’avoir formaté la mentalité du personnel à mettre le patient au cœur de nos préoccupations, dans le respect de sa dignité. Nous veillons à réduire au maximum le temps d’attente. Aujourd’hui, notre politique est axée sur l’humanisation des soins : à l’accueil, dans la prise en charge, dans l’administration des soins. Par exemple, une patiente est récemment arrivée avec une tension très élevée et sans argent ; nous lui avons donné gratuitement ses médicaments. Touchée, elle a posté un témoignage de remerciement sur les réseaux sociaux. Ce respect de la dignité humaine s’étend même aux services post-mortem, avec la réhabilitation de la morgue pour des conditions décentes.
Quelles sont les conditions pour venir à l’Hôpital Jamot ?
Il n’y a pas de conditions particulières. On ne prend pas de rendez-vous. Vous voulez un cardiologue ? Venez le lundi matin. Un neurologue ? Vous serez reçu. Nous avons réussi à faire en sorte que les spécialistes soient plus présents ici que dans certaines structures privées. Vous trouverez des médecins qui consultent jusqu’à 18h. Que ce soit en urgence ou non, vous serez reçu. Vous pouvez même payer par voie électronique. L’hôpital est accessible 24h/24.
Le 26 novembre marque le lancement officiel de vos journées portes ouvertes. Quel est votre message phare ?
Nous invitons la population à venir nombreux découvrir le nouveau visage de l’Hôpital Jamot et à bénéficier de consultations de spécialistes gratuitement, de soins à coût très réduit, de dépistages de cancers (en prolongement d’Octobre rose et Novembre bleu), et d’examens comme le scanner à 50 000 FCFA au lieu de 90 000-100 000 FCFA ailleurs. C’est une opportunité de soutenir le septennat des grandes ambitions, où chaque Camerounais doit avoir une santé lui permettant de contribuer au développement du pays.
Propos recueillis par Elvis Serge NSAA










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