Face aux pénuries chroniques d’eau potable qui meurtrissent les populations urbaines et rurales, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a octroyé une enveloppe de 8,5 milliards de francs CFA aux communes pour renforcer l’accès à l’or bleu.
Dans les méandres des quartiers périphériques de Yaoundé comme dans les contrées reculées du Noun, une même complainte s’élève chaque matin avant même que le soleil n’embrase l’horizon. Des silhouettes féminines, des enfants aux pieds nus, parfois des hommes au regard fatigué, s’élancent sur des pistes poussiéreuses, bidons vides ballottant au rythme de leur marche harassante. Ils parcourent des kilomètres, à Nsimeyong, à Damas, à Obobogo, là où les perturbations dans la distribution ont transformé l’eau en un trésor rare. Ceux qui ont les moyens s’offrent le luxe d’un forage privé, d’une eau minérale achetée au prix fort. Les autres, les plus démunis, s’en remettent à la générosité incertaine d’un puits, quand ils ne boivent pas une eau souillée qui promet diarrhées, choléra ou paludisme, car l’eau non potable est un poison lent qui ronge les corps et les espoirs.
Car l’eau est vie, certes, mais l’eau sale est une menace silencieuse, un ennemi invisible qui se glisse dans les foyers et sème la maladie là où elle devrait apporter la santé. Ce calvaire quotidien, des milliers de Camerounais le vivent comme une fatalité, une injustice silencieuse qui grève leur santé, leur dignité et leur avenir. Pourtant, ce 7 août 2026, à Batchenga, dans le département de la Lékié, région du Centre-Cameroun, un vent d’espoir a soufflé sur la 15ᵉ édition de la Journée Africaine de la Décentralisation et du Développement Local (JADDL). Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a apporté une réponse concrète à cette détresse qui n’en finit pas.
Entouré des ministres en charge de la Décentralisation et du Développement local, de l’Habitat et du Développement urbain, ainsi que des autorités administratives et municipales, il a annoncé une décision d’une portée historique : une enveloppe colossale de 8,5 milliards de francs CFA a été transférée à 121 communes en 2026 pour l’alimentation en eau potable. Une dotation qui vient concrétiser la vision d’un État résolument engagé dans la décentralisation et la promotion d’une gouvernance locale au service des populations.
Ce choix de Batchenga pour cette annonce solennelle n’est pas le fruit du hasard. La localité est le berceau du Projet d’Alimentation en Eau Potable de la ville de Yaoundé et de ses environs à partir du fleuve Sanaga (PAEPYS), un ouvrage structurant d’une capacité de production de 300 000 mètres cubes d’eau potable par jour, extensible à 400 000 mètres cubes. Ce projet, véritable prouesse technique, illustre la volonté du
gouvernement de moderniser les infrastructures hydrauliques et de faire de l’eau un droit accessible à tous, en ville comme en campagne. Il est le symbole d’une ambition nationale : transformer l’or bleu en un levier de développement durable et d’équité sociale.
Les chiffres livrés par le ministre sont éloquents. Le taux d’accès à l’eau potable atteint 80 % au niveau national, mais il chute à 60 % en milieu rural, tandis que le taux d’accès aux services d’assainissement améliorés plafonne à 37 %. Des écarts criants qui creusent les inégalités et fragilisent les populations les plus vulnérables. À l’horizon 2030, la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30) ambitionne respectivement 90 % et 75 %. L’urgence est donc impérieuse, et les 8,5 milliards de francs CFA transférés aux communes constituent un levier essentiel pour combler ce retard et offrir à chaque Camerounais une eau saine et accessible. Cette dynamique est également portée par le projet SEWASH, qui prévoit la construction de 103 mini-réseaux d’alimentation en eau potable et de 2 900 latrines institutionnelles dans les régions septentrionales, une bouffée d’espoir pour les populations les plus isolées. Les communes deviennent désormais les actrices de leur propre destin, capables de répondre aux besoins réels de leurs populations et de construire un avenir où l’eau coulera à flots dans les robinets, rendant obsolètes les longues marches et les bidons vides.










Comments are closed