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LA GRANDE INTERVIEW

Dr Clarisse KINGUÈ-EKOLLO, gynécologue obstétricienne : « Nous voulons qu’il y ait un maximum de stagiaires venant du Cameroun ou d’autres pays d’Afrique»

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Dans cette entrevue, la présidente de l’Association Afcasame annonce les couleurs du 6è congrès conjoint de l’association dont elle à la charge, en partenariat avec les associations sœurs et dresse également un bilan de leur activité depuis 2007.

L’association Franco Camerounaise pour la santé de la mère et de l’enfant (Afcasame), dont vous êtes la présidente fondatrice prépare son 6è congrès en juin 2024. Quel est le thème de cette édition ?

Nous avons quatre thèmes principaux, présentés sous le versant français et camerounais. La mortalité maternelle : son évolution au Cameroun et en France depuis notre premier congrès en 2007, comment la diminuer par la surveillance échographique de la grossesse ; L’inégalité d’accès aux soins au Cameroun, et particulièrement la problématique des retenues dans les maternités après un accouchement par manque de moyens financiers. Qu’en est-il de la Santé Maternelle et Couverture Santé Universelle ? Quelles sont les actions de la coopération française dans le domaine Mère- Enfant au Cameroun ? Qu’en est-il de l’inégalité d’accès aux soins en France ? Au-delà de ces interrogations, nous allons également nous appesantir sur L’infertilité du couple, en insistant particulièrement sur l’infertilité d’origine masculine. Nous donnerons également une place particulière à la relation médecin-patient et aux risques médicaux- légaux pendant la grossesse et en salle de naissance, y compris en anesthésie-réanimation : comment les prévenir, et s’ils arrivent, comment y faire face. Signalons également que nous avons également prévu un espace dédié uniquement aux échanges entre les sages-femmes.  Enfin, nous conclurons cette semaine de travail par un programme social le dimanche 9 juin avec un déjeuner croisière visite de Paris en bateau mouche.

Quels sont les axes sur lesquels vont s’appesantir les membres de l’Afcasame ?

Les stages d’observation du lundi 3 au Vendredi 7 juin 2024 en immersion dans les centres hospitaliers français sont une originalité de nos journées franco-camerounaises de gynécologie obstétrique. On peut apprendre beaucoup en une semaine si on a bien choisi le secteur d’activité dans lequel on voudrait s’améliorer (salle de naissance, réanimation néonatale, techniques d’anesthésie réanimation, chirurgie endoscopique ou voie basse, échographie, procréation médicalement assistée, pédiatrie, colposcopie, etc…). Les stages sont gratuits mais avec une inscription obligatoire au plus tard le 15 mars 2024.

Quels sont vos attentes ?

Nous voulons qu’il y ait un maximum de stagiaires, venant du Cameroun ou d’autres pays d’Afrique. Notre congrès s’intitule certes « franco-camerounais », mais nous pourrions tout à fait parler de « franco-africain ». En effet, depuis la première édition en 2007, nous avons toujours eu le grand plaisir d’accueillir de nombreux participants venant d’autres pays d’Afrique, avec la présence de la Société Africaine de Gynécologie Obstétrique (SAGO) et leurs présidents successifs. Espérons que nous aurons moins de problème d’attribution de visas d’entrée par rapport au congrès en France en 2014.

Quels sont les objectifs de cette 6è édition ?

Pour la 1ère fois, tous ceux qui prennent en charge la santé de la femme et de l’enfant vont travailler ensemble pour organiser un congrès, d’où le terme de «congrès conjoint» : les Gynécologues Obstétriciens bien sûr, les médecins généralistes et spécialistes (infectiologues, pédiatres, anesthésistes réanimateurs, etc…), des sage- femmes, Directeurs d’hôpital, etc… appartenant à des sociétés savantes telles que l’Association Franco-Camerounaise pour la Santé de la Mère et de l’Enfant (Afcasame- Dr Clarisse Kingue-Ekollo), la Société des Gynécologues et obstétriciens du Cameroun (Sogoc – Pr Émile Mboudou), la Cameroon Fertility Soceity (CFS- Dr Ernestine Gwet-Bell), l’association des médecins et professionnels de santé d’origine camerounaise en France (Medcam France – Dr Clarisse Kingue- Ekollo), la Société Camerounaise d’Anesthésie Réanimation (SCAR- Dr David Ebosse), la Société de Médecine Périnatale du Cameroun (SMCP- Pr Anne Esther Njom Nlend), la Fédération des Associations de sages-femmes d’Afrique Francophone (Mme Annie Atchoumi). Sous l’égide du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (Cngof Pr Joëlle Belaisch-Allart, Dr Estelle Wafo). Sous le Haut Patronage de SEM le Ministre de la Santé Publique du Cameroun, avec le Parrainage de l’Ambassade du Cameroun en France, l’Ambassade de France au Cameroun, la Municipalité de Goussainville.

Quel est le bilan des deux dernières éditions de ce Congrès ?

En dehors des ateliers de formation toujours très sollicités, nous avions décidé d’organiser une Campagne de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus. Le cancer du col de l’utérus est le 2e cancer le plus mortel chez la femme, après le cancer du sein. En 2020, 342 000 cas de décès par cancer du col de l’utérus ont été recensés dans le monde, dont 90% dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Or si le diagnostic est fait précocement par un frottis de dépistage, les chances de guérison sont importantes car on pourra diagnostiquer et traiter les lésions précancéreuses, c’est-à-dire avant qu’elles ne deviennent cancéreuses.

Bien sûr les campagnes de dépistage du cancer du col de l’utérus sont régulièrement organisées au Cameroun, mais avec des techniques différentes de celles utilisées dans les pays occidentaux dont la France. La femme camerounaise qui a les moyens financiers peut avoir ce type de frottis qui est envoyé en France pour analyse.

L’Afcasame voulait faire une campagne de dépistage du cancer du col de l’utérus au Cameroun, mais avec les techniques de prélèvement et d’analyse utilisées dans les pays occidentaux, c’est-à-dire qu’avec le même prélèvement, on peut non seulement analyser les cellules, mais également rechercher le papillomavirus responsable d’anomalies au niveau du col de l’utérus qui peuvent évoluer dans certains cas vers le cancer. Mais les anatomopathologistes n’avaient ni la formation, ni le matériel pour faire cette analyse des frottis en milieu liquide. Or ce sont les anatomo-pathologistes qui analysent les prélèvements et disent s’il y a une anomalie ou non, notamment s’il y a une lésion précancéreuse ou un cancer avéré. Bien sûr nous aurions pu venir, faire les prélèvements et rentrer en France. Mais nous avons choisi de mettre en place une action qui pourra continuer après les quelques jours de campagne médiatisée.

Nous avons donc commencé par travailler par la base : Formation avec stage d’un anatomo pathologiste en 2018 au Centre Hospitalier de Beauvais en France pendant un mois dans le service du Dr  Sif Bendjaballah ;  Formation par 6 visioconférences ouvertes à tous les anatomo- pathologistes du Cameroun avec près de 20 connexions à chaque fois ;  Équipement des laboratoires de Hgoped et Laquintinie de matériel dont les microscopes avec cameras grâce à la collaboration avec l’association Pathologie Cytologie Développement (PCD) présidée par le Professeur Alain Gaulier.

Enfin, quand les conditions préalables étaient remplies, organisation de la campagne de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus du 7 au 14 octobre 2022 dans cinq structures de santé : hôpital Laquintinie, Hgoped, Hôpitaux de district de Bonassama et de Dibombari, Clinique Odyssée à Bonapriso, touchant ainsi toutes les catégories sociales avec plus de 1500 femmes examinées. Analyse de tous les prélèvements à l’hôpital Laquintinie et Hgoped.

En résumé, par l’action de l’Afcasame, les laboratoires d’anatomo pathologie de Laquintinie et de Hgoped ont la compétence pour analyser les frottis en milieux liquides comme dans les pays occidentaux et sont donc des hôpitaux de référence pour cette technique. Soulignons que cette collaboration des anatomo pathologistes de France et du Cameroun va se poursuivre sous la coordination du Dr Bendjaballah et sera utile pour le dépistage et diagnostic non seulement des cancers gynécologiques, mais également de cancers de toutes origines. Notre association étant franco-camerounaise, nous avons également effectué des actions en France à Goussainville Grand Paris en 2022 et en 2023, avec notamment la participation à Octobre rose avec formation des femmes à la technique d’autopalpation pour le dépistage du cancer du sein, information sur la pratique du dépistage du cancer du col de l’utérus, sur la vaccination contre le papillomavirus, participation à l’ information sur la vie amoureuse et sexuelle des adolescents dans le lycée et collèges de Goussainville.

Pourquoi ce congrès  se tient 2 ans après celui de 2022, au lieu de 3-4 ans après, comme pour les éditions précédentes ?

À l’origine, il était prévu d’organiser un congrès tous les 2 ans, en alternance entre le Cameroun et la France. Mais avec les impératifs de planning des uns et des autres, ce rythme n’a pas été respecté. Le premier et le 2e congrès ont eu lieu en 2007 et 2010 au Palais des Congrès de Yaoundé, le 3e congrès en 2014 à Amiens avec la semaine de stage dans les hôpitaux français, notamment au CHU d’Amiens et de Lille. Succès certes, mais pas à la hauteur de nos attentes car plusieurs refus de visas pour les sages-femmes. Puis retour au Cameroun pour les 4e et 5e congrès en 2019 et 2022. (Initialement prévu en 2021, mais repoussé en 2022 en raison de la pandémie à Covid 19 en 2020 et 2021 et l’annulation de toutes les réunions en présentiel). Le 6e congrès prévu en juin 2023, avec toujours cette particularité de stages en immersion dans services hospitaliers français.

Quel est le but de votre association ?

Entr’aide, échange et formation en matière de gynécologie – obstétrique préventive et thérapeutique, notamment pour le développement d’actions concernant la santé de la femme et l’enfant au Cameroun, en vue de contribuer à la réduction de la mortalité maternelle et infantile. Organisation de congrès et ateliers de formation, campagnes de dépistage du cancer du sein et col et de l’utérus, information dans les établissements scolaires sur la vie affective et la prévention des grossesses non désirées et les maladies sexuellement transmissibles dont le Vih sida, etc.

Combien de membre compte l’Afcasame ?

Nous avons une soixantaine de membres, répartis dans les deux pays, y compris pour les membres du bureau. C’est ainsi par exemple que nous avons deux vice- présidents : la gynéco-obstétricienne Dr Ernestine Gwet Bell, également coordinatrice de l’Afcasame au Cameroun, et l’interniste Dr Jean-Jacques Pik en France. De plus, les membres ne sont pas obligatoirement professionnels de santé, et appartiennent à tous les corps de métier (directeur d’hôpital, journaliste, etc.)

Pourquoi avez-vous décidé de créer cette association ?

C’est en 2006, à la suite de discussion avec nos collègues rentrés au Cameroun sur les actions que nous pouvions faire ensemble. Leur réponse : au-delà du don de lits et autres matériels, le plus important pour eux était la formation continue, sous forme de congrès avec atelier de formation, stages, etc. Nous avons alors opté pour l’organisation d’un congrès au Palais des Congrès à Yaoundé, avec mise en valeur de l’énorme travail abattu par nos collègues au Cameroun.

Nous avons alors sollicité et obtenu les soutiens du Dr Gilles Dauptain, alors chef de service de gynécologie à l’hôpital de Gonesse en région parisienne, du Pr Jacques Lansac, Président du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (Cngof), du professeur Robert Leke, Président de la Sogoc.

C’était vraiment une très grande marque de confiance à notre égard, car nous n’avions pas un centime pour organiser un congrès, et de surcroit au Palais des Congrès de Yaoundé ! Nous avons commencé à travailler, main dans la main, au Cameroun et en France : ensemble, nous avons créé l’association franco-camerounaise pour la santé de la mère et de l’enfant (Afcasame), ensemble nous avons recherché les financements, tristes en cas de réponse négative, contents si réponse positive, très heureux le 7 octobre 2007 pour notre premier congrès au Palais des Congrès à Yaoundé avec plus de 500 participants, en présence de l’ancien  Ministre de la Santé André Mama Fouda, avec le parrainage de l’Ambassade du Cameroun en France et l’Ambassade de France au Cameroun. Nous profitons de cette occasion pour rendre un vibrant hommage à l’immense Pr Jacques Lansac, dont la présence à Yaoundé en 2007 en tant que président du prestigieux Cngof a donné une envergure particulière à notre 1er congrès.

En plus d’être présidente de l’Afcasame, vous êtes également depuis avril 2023, présidente de l’association des médecins et professionnels de santé d’origine camerounaise en France (Medcam France), comment parvenez-vous à gérer votre emploi du temps ?

L’association des médecins et professionnels de Santé (Medcam France) a eu son premier bureau installé en 2013 par le Dr Guy Sandjon, alors Président de l’Ordre National des Médecins du Cameroun (Onmc), avec comme Président-Fondateur le Dr Dieudonné Kenmogne, et moi comme Vice-présidente. Depuis avril 2023 j’ai le privilège d’être présidente de Medcam France, avec un Conseil d’administration toujours très dynamique. Pour l’instant, tout va bien.

Le premier Congrès de l’Afcasame s’est tenu en 2007  en partenariat avec la société des gynécologues et obstétriciens du Cameroun et le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français, avec comme thème principal la diminution de la mortalité maternelle, au regard des recommandations formulées au cours de cette rencontre, avez-vous l’impression que les choses ont évolué ?

Lors de notre 1er congrès qui s’est tenu en 2007 au Palais des Congrès de Yaoundé, les éminents spécialistes de la gynécologie française autour de notre regretté Pr Jacques Lansac, Président du Cngof, et ceux de la gynécologie camerounaise autour du Professeur Robert Leke, Président de la Sogoc, se sont penchés sur la problématique de la mortalité maternelle qui était aux environs de 669 sur 100 000 femmes qui accouchaient au Cameroun, contre 10,25 femmes sur 100 000 femmes en France. Parmi les principales causes évoquées, en dehors de la « règle des 3 Retards » (retard à la prise de décision pour le recours à un établissement de santé, retard pour y arriver, retard pour recevoir les soins adaptés) figurait l’absence des écoles de sages-femmes.

Lors de notre 2e congrès en 2010, nous avons eu le privilège de l’annonce par le Ministère de la Santé Publique du Cameroun de la réouverture des écoles de sages-femmes au Cameroun. Qu’en est-il depuis 2007 ? En 2022, les taux de mortalité sont estimés à 438 pour 100 000 au Cameroun et de 8,2 pour 100 000 en France, donc en baisse par rapport à 2007. Ce bilan sera justement détaillé le 8 juin 2024 par le Président de notre 6e Congrès par le Pr Émile Mboudou, Directeur de l’hôpital Gynéco-pédiatrique de Douala et Président de la Sogoc.

Quelle la situation actuellement  en France et au Cameroun en particulier ?

La mortalité maternelle est toujours très redoutée dans toutes les maternités, que ce soit en France, au Cameroun ou dans tout autre pays du monde, car perdre la vie lors d’un évènement censé être heureux est toujours une catastrophe. Chaque pays se mobiliser pour mettre en place des mécanismes pour pouvoir la diminuer avec un mot : Anticiper.

Anticiper pendant la grossesse par une surveillance adéquate avec détection des facteurs de risques (hypertension artérielle, diabète, santé mentale, etc.) pour orientation éventuelle dans une structure bien adaptée pour l’accouchement ; Anticiper pendant l’accouchement par une surveillance de la mère et de l’enfant par les sages-femmes qui doivent appeler rapidement le gynéco obstétricien, anesthésiste, pédiatre pour toute anomalie nécessitant une prise en charge adaptée en cas d’urgence (personnel présent, bloc opératoire disponible pour une éventuelle césarienne, etc.) ; Anticiper après l’accouchement pour détecter une hémorragie du postpartum, première cause de mortalité maternelle (sang pour transfusion à disposition, anesthésistes pour réanimation, etc.) ; Anticiper le transfert dans une structure plus adaptée à la prise en charge de la complication en cours avant toute dégradation de la situation avec augmentation du risque de décès de la mère et/ou de l’enfant. Malheureusement, malgré toutes les précautions prises, aucun pays au monde n’a un taux de mortalité maternelle nul, l’objectif étant de tout faire pour le diminuer à son strict minimum.

Autres ajouts ?

Un grand Merci au prestigieux journal Echos Santé pour cet interview qui, je l’espère, permettra de mobiliser les uns et les autres pour la réussite de cette semaine de rencontre et d’échanges entre experts en santé de la femme et de l’enfant pour une prise en charge optimale respectant les règles de bonnes pratiques internationales.

Propos recueillis par Ghislaine DEUDJUI

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📰 Dernière parution : Echos santé n°1393 du vendredi 24 avril 2026

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