Longtemps perçue comme une sentence d’infécondité ou un péril mortel, la grossesse chez la femme drépanocytaire trouve désormais des réponses scientifiques concrètes.
Dans les couloirs de la maternité de l’Hôpital Central de Yaoundé (HCY), le silence du matin est soudainement percé par un double vagissement, vigoureux et cristallin. Ce sont des jumeaux. Pour n’importe quelle famille, c’est une bénédiction ; pour Carine, 28 ans, c’est un miracle absolu. Carine est drépanocytaire SS. « On m’avait dit que je n’atteindrais pas l’âge adulte, et encore moins que je serais mère », confie-t-elle, les larmes aux yeux, serrant ses deux nourrissons contre son cœur. Comme elle, Marcelle, une autre patiente sortie d’affaire, contemple son bébé de quelques mois qui se porte à merveille : « Depuis que je suis suivie ici, mes crises ont drastiquement diminué. Mon enfant est sain, et j’ai enfin retrouvé ma dignité de femme. » Autrefois perçue comme une sentence d’infécondité ou de mort précoce, la grossesse chez la femme drépanocytaire en âge de procréer trouve désormais des réponses scientifiques concrètes. C’est tout l’enjeu du symposium scientifique mémorable qui s’est tenu ce 16 juin 2026 au sein de l’HCY, sous le thème vibrant : « Drépanocytose et grossesse à l’Hôpital Central de Yaoundé ».
Le grand orchestre de la multidisciplinarité
Face aux questions qui ont fusé de toutes parts dans la salle – notamment sur l’âge idéal pour tomber enceinte ou les risques de transmission, les experts ont apporté des réponses précises. Le ton a été donné par le Directeur de l’HCY, le Professeur Pierre Ongolo Zogo, qui a officié comme modérateur de cette grande messe médicale. Dans sa synthèse finale, il a martelé une vision claire : « La drépanocytose ne doit plus être gérée en vase clos à la maternité. Elle impose un parcours de soins standardisé, accessible à tous les soignants, pour savoir précisément à quel moment orienter la patiente. Nous devons créer notre propre standard de satisfaction fondé sur nos réalités africaines. »
Pour comprendre le mal afin de mieux le combattre, le Professeur Françoise Ngo Sack a minutieusement décortiqué la physiopathologie de la drépanocytose, expliquant comment la déformation des globules rouges en faucilles obstrue les vaisseaux sanguins, un phénomène qui s’accentue cruellement durant la gestation. Sur le plan clinique, le Professeur Félix Essiben a abordé les aspects obstétricaux. Il a rappelé qu’interdire aux femmes de donner la vie est une aberration des temps anciens : « Aujourd’hui, la qualité de vie des drépanocytaires s’est améliorée. La grossesse n’est pas interdite car il faut prolonger la vie, mais elle doit être mûrie. Il faut impérativement connaître le statut du partenaire et, surtout, bannir l’autogestion. Dès que le test est positif, il faut courir vers les professionnels. »
Du soulagement de la douleur au bouclier mental
L’un des moments forts de ce symposium a été l’intervention du Professeur E. Paul Owono, anesthésiste-réanimateur. Face à une maladie réputée pour ses crises vaso-occlusives d’une violence inouïe, sa recommandation majeure a résonné comme une directive capitale : « La consultation d’anesthésie doit être systématique au troisième trimestre de la grossesse. » Cette anticipation permet de préparer l’accouchement dans des conditions de sécurité optimales, d’évaluer les risques vasculaires et de planifier une gestion rigoureuse de la douleur pour la parturiente. Enfin, parce que le corps ne guérit pas sans l’esprit, le Docteur Basile Momnougui a apporté l’indispensable brique du soutien psychologique. Porter la vie tout en traînant une maladie chronique est une charge mentale herculéenne. Le suivi psychologique de la femme et de sa famille s’impose donc pour briser l’anxiété et armer la maman face aux défis de la maternité. Ce 16 juin 2026, l’Hôpital Central de Yaoundé a prouvé qu’en unissant l’hématologie, l’obstétrique, l’anesthésie et la psychologie, l’espoir d’enfanter n’est plus un rêve interdit pour les femmes drépanocytaires camerounaises, mais une réalité palpable, sécurisée et profondément humaine.







